Comment prendre en compte l'environnement urbain pour changer les comportements alimentaires ?

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Depuis peu, il est admis que les comportements alimentaires et d’activité physique sont multi-factoriels et que ces comportements ne sont pas uniquement une question de choix individuels mais qu’ils sont influencés par une combinaison complexe d’interactions entre des facteurs individuels et des facteurs environnementaux (sociaux, construits). Un intérêt croissant est accordé à l’influence de l’environnement alimentaire et en lien avec l’activité physique sur ces comportements individuels.

Face au système complexe d’interelations nécessaire à la compréhension des comportements nutritionnels et des pathologies associées, nos conceptions se doivent d’évoluer pour devenir plus globales, dans le sens des modèles socio-écologiques des déterminants des comportements de santé. Dès lors, s’interroger sur l’impact des caractéristiques environnementales (physiques, sociales) et mieux connaître les interactions entre espace urbain, environnement de vie et comportement alimentaire constituent des leviers pour améliorer la compréhension des processus de changement de ces comportements.

Dans la littérature relative à la nutrition, le terme d’environnement alimentaire regroupe les caractéristiques (social, construit) des environnements de vie (domicile, travail, déplacement quotidien) incluant la répartition géographique de l’offre alimentaire (commerces, restaurants, fast foods). Des travaux de recherche notamment britanniques, australiens et américains ont analysé l’influence de l’accessibilité spatiale à certains types de commerces d’alimentation sur les habitudes alimentaires et le statut pondéral en fonction des caractéristiques socio-économiques des quartiers. En France, l’analyse des relations entre comportement nutritionnel et environnement est un domaine de recherche émergent (projet de recherche pluri-disciplinaire ELIANE, Etude des Liens entre Activité physique, Nutrition et Environnement, coord. Pr. JM. Oppert).

Différentes revues de la littérature insistent sur l’hétérogénéité des relations entre environnement alimentaire, comportement et statut pondéral en fonction des contextes géographiques, des échelles d’analyses, des populations visées, des mesures de l’environnement utilisées… Par exemple, des études ont montré qu’une plus grande accessibilité à des restaurants de type fast-food était significativement associée à des risques plus élevés d’obésité et de surpoids tant chez les enfants que chez les adultes. D’autres n’observent pas de relation significative entre accessibilité/proximité à l’offre, comportements alimentaires et statut pondéral. Cependant, la notion d’accessibilité ne se réduit pas à la seule dimension géographique (proximité). L’accessibilité recouvre un ensemble de dimensions en lien avec l’aspect financier ou encore avec la disponibilité de l’offre, dimensions qui peuvent aussi influencer les comportements. Tout comme les représentations que les individus ont de l’accessibilité à l’offre (distance perçue) ou plus largement de leur environnement de vie.

Au-delà des différentes relations mises en évidence dans les travaux de recherche et des enjeux méthodologiques pour évaluer les interactions entre environnement de vie et comportement individuel, des rapports et des travaux récents montrent la nécessité de mettre aujourd’hui en oeuvre des projets de recherche-action pour évaluer l’impact de modification de l’environnement ou de perception de cet environnement sur les comportements alimentaires. De nouvelles interventions ne pouvant être efficaces sans cibler à la fois l’individu et son environnement de vie afin que les choix sains soient plus faciles.

(Par Hélène Charreire, géographe de la santé, maître de conférences à l’Université Paris-Est Créteil (UPEC), chercheur au sein du Lab-Urba, laboratoire de l’Institut d’Urbanisme de Paris (IUP) et chercheur associée à l’UREN (unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle). - Colloque FFAS « Comportement alimentaire : les leviers du changement » du 18 décembre 2012)

Source : Fonds Français pour l’alimentation et la santé (FFAS)

SOURCE : Fonds Français pour l’alimentation et la santé

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