Comment nos enfants deviennent-ils obèses ?

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Le manque d'activité physique, les habitudes alimentaires, ainsi que d'autres facteurs environnementaux, portent probablement une lourde responsabilité dans le développement d'une obésité chez l'enfant.

« Comment nos enfants deviennent-ils obèses ? » - Crédit photo : www.plusnews.fr La prévalence du surpoids chez l’enfant a augmenté dramatiquement dans le monde ces dernières décennies. L’étiologie de l’obésité infantile est multifactorielle (une nutrition inappropriée, une faible activité physique et une sédentarité...). Plusieurs études ont démontré que l’excès du poids et le développement d’une obésité ont un impact important sur la santé de l’enfant, non seulement à long terme, mais dès sa vie infantile. Et cela se corse depuis que des investigations ont constaté que durant la période infantile, l’adiposité une fois installée est stable et que les parents n’arrivent pas à identifier la corpulence de leur enfant.

Un sérieux état des lieux

Comme chez l’adulte, la distribution des graisses au niveau de l’abdomen de l’enfant, particulièrement celles déposées au niveau des viscères ou au niveau intra-abdominal, semble plus fortement liée à divers facteurs de risques cardiovasculaires et de diabètes que l’ensemble des graisses du corps. Très peu de données sont disponibles concernant les facteurs impliqués dans cette accumulation viscérale des graisses chez l’enfant.

Parmi plusieurs études américaines réalisées chez des jeunes en pré-puberté (âge moyen : 10 ans) et en puberté (âge moyen 13 ans), une seule avait montré une association négative entre les graisses viscérales chez l’enfant et des rapports d’activités physiques réalisés par des enfants eux-mêmes sur base d’un questionnaire. Des ajustements pour l’âge et pour la masse graisseuse totale ont toutefois permis de diminuer substantiellement la force de cette association.

D’autres données ont montré que le tour de taille était faible chez des jeunes enfants français âgés de 12 ans pratiquant des exercices physiques intenses. Et des enfants grecs âgés de 6 à 13 ans, obèses ou en surpoids, soumis à des exercices cardiorespiratoires intenses, présentaient de faibles niveau d’adiposité totale et centrale. La connaissance des facteurs responsables du dépôt de graisses au niveau des viscères chez les enfants pourrait aider à améliorer leur santé.

Une étude réalisée par Saelens et coll. a examiné, parmi des enfants âgés de 8 ans et à risques d’obésité, les associations possibles entre la distribution de la graisse viscérale au niveau de l’abdomen et différents facteurs : familiaux (BMI maternel), historique des facteurs liés au poids (poids à la naissance p. ex.), composition actuelle du corps et balance énergétique (activités physiques de l’enfant, habitudes alimentaires, ...). Il ressort de cette investigation que la graisse masse graisseuse totale est étroitement associée à l’adiposité tissulaire abdominale, que ce soit au niveau viscéral ou au niveau sous-cutané. Cependant, après le contrôle de cette graisse, une activité physique intense permettait de diminuer quelque peu la graisse viscérale, alors qu’elle n’influençait pas la masse graisseuse sous-cutanée chez ces enfants.

Plusieurs facteurs

Différentes études ont identifié dans le passé plusieurs facteurs intra personnels pouvant affecter la nutrition et l’activité physique. Parmi eux, il y a motivation, l’efficacité personnelle, la connaissance, les intensions, les préférences... Ces dernières années beaucoup de recherches se sont intéressées à l’influence des facteurs environnementaux sur les comportements alimentaires et ceux de la pratique sportive. Ceci a été facilité par la diffusion rapide des données scientifiques et par les avancées réalisées dans les approches méthodologiques et analytiques permettant d’évaluer plusieurs niveaux d’influence.

L’identification du « vrai » environnement agissant directement sur la nutrition n’est pas une mince affaire. Premièrement, le lieu de résidence et de travail des gens pourrait avoir un effet sur leurs comportements alimentaires et leurs pratiques physiques. De plus, plusieurs études supportent l’idée que la famille ou l’école peuvent également y exercer une influence. De même, d’autres investigations se sont intéressées au rôle du quartier ou du voisinage dans cette affectation. L’environnement physique ou naturel, social et culturel y sont également impliqués. A côté de cela, Plusieurs facteurs peuvent avoir un impact sur le choix de l’aliment. Le fait qu’un membre de la famille (un partenaire ou un enfant) soit végétarien constitue un facteur proximal. L’accès aux aliments frais produits localement représente un facteur intermédiaire. Et enfin, la législation émettant des taxes sur l’aliment est un facteur très distal.

Indicateurs de l’obésité

C’est bien connu que le développement de l’obésité résulte d’un déséquilibre fondamental chronique causé par un apport continu en énergie qui excède les dépenses de celle-ci. Les changements survenus dans la société et dans les comportements des gens ont considérablement augmenté la sédentarité et les mauvaises habitudes alimentaires. Une controverse subsiste quant au rôle des lipides et d’autres facteurs diététiques dans l’étiologie et la maintenance d’un excès de poids. Dans cette optique, une étude Belge réalisée par Duvigneaud et coll avait pour but d’investiguer les facteurs diététiques dans leur association avec le BMI ou IMC et le tour de taille et d’analyser comment l’apport alimentaire peut varier parmi les sujets pratiquant différentes sports.

Les résultats de cette investigation ont montré que chez les sujets obèses, les apports en énergie totale, en protéine et en lipides étaient significativement élevés. Le pourcentage d’énergie apporté par les lipides était significativement élevé chez les obèses par rapport à ceux ayant un poids ou un tour de taille normaux. En plus, le pourcentage d’énergie fournie par des carbohydrates et des fibres était négativement lié au BMI et au tour de taille, Tandis que chez les femmes, un apport élevé en carbohydrate et en fibres est lié positivement à l’obésité. Et enfin, la prise d’alcool chez les hommes était positivement associée à la tour de taille. Chez les participants qui pratiquent un sport, un apport élevé en carbohydrates et faible en lipides ont été reportés par rapport aux non pratiquants.

Sources et références

  • Ball K, Timperio AF, Crawford DA. Understanding environmental influences on nutrition and physical activity behaviors: where should we look and what should we count? Int J Behav Nutr Phys Act. 2006; 3 : 33.
  • Duvigneaud N, Wijndaele K, Matton L et al. Dietary factors associated with obesity indicators and level of sports participation in Flemish adults: a cross-sectional study. Nutr J. 2007; 6:26.
  • Hesketh K, Wake M, Waters E et al. Stability of body mass index in Australian children: a prospective cohort study across the middle childhood years. Public Health Nutr. 2004 ;7: 303-9.
  • Saelens BE, Seeley RJ, van Schaick K et al.Visceral abdominal fat is correlated with whole-body fat and physical activity among 8-y-old children at risk of obesity. Am J Clin Nutr. 2007; 85: 46 - 53

(" HEALTH & FOOD " n°88 - Juillet 2008)

SOURCE : Health and Food

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