Comment les mères nourrissent-elles leurs petits ?

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Tous les 8 ans depuis 1981, le Secteur français des aliments de l’enfance (SFAE) mène une enquête sur l’alimentation des tout-petits dans un échantillon représentatif de la population française. En 2013, près de 1200 mamans d’enfants âgés de 15 jours à 3 ans ont renseigné les enquêteurs sur leurs faits et gestes alimentaires. Pour les experts, il y a des progrès notables, mais aussi quelques « pourraient mieux faire »…

Côté allaitement, la France est encore loin de l’Europe du Nord, où 90 % des enfants font connaissance avec le sein maternel. Mais tout de même : entre 15 jours et 3 mois, 46 % des petits Français sont allaités. Entre 8 et 11 mois, ce pourcentage tombe à 16 %.

La durée moyenne de l’allaitement maternel en France est d’un peu plus de 4 mois. Sans qu’on puisse parler de record, la tendance est à la hausse.

D’ailleurs, allaitement ou pas, tout va plutôt bien jusqu’à ce que bébé atteigne l’âge de 1 an.

Jusqu’à l’âge de 1 an tout va plutôt bien

Les recommandations nutritionnelles sont plutôt suivies avec constance. On ne donne pas d’autre aliment que le lait avant l’âge de 4 mois. On met en place progressivement la diversification alimentaire entre 4 et 6 mois. Les parents commencent à donner à bébé des petits morceaux en moyenne vers 12 mois. Petite amélioration à préconiser : ils pourraient le faire un peu plus tôt, à partir de 9 mois. Ce serait un moyen d’élargir la palette alimentaire des enfants et de les rendre moins difficiles…

Petit bémol aussi : le lait est trop souvent réchauffé au micro-ondes (dans 66 % des cas). Une pratique déconseillée par l’ANSES (*). Outre un risque de brûlures (du fait d’une mauvaise répartition de la température dans le biberon), on peut craindre une détérioration de certains composants du lait comme les vitamines.

La consommation de jus végétaux en lieu et place du lait reste, quant à elle, heureusement très marginale. L’ANSES rappelle que ces prétendus « laits » (d’amande, de châtaigne, de coco…) ne doivent surtout pas être utilisés, même partiellement, chez les moins de 1 an.

L’enfant doit manger en famille, pas comme la famille…

Mais le risque principal est ailleurs : c’est celui de considérer l’enfant comme un adulte en miniature. A partir de l’âge de 1 an, la tendance – observée dans environ 60 % des foyers – est de faire manger l’enfant comme le reste de la famille. Si on lui donne du lait de vache, 9 fois sur 10 il est demi-écrémé : ce qui prive l’enfant de 50 % de l’apport lipidique dont il a besoin ! Par contre, certains parents mettent au menu de l’enfant des fritures, qui restent déconseillée par l’ANSES jusqu’à l’âge de 3 ans… Et pour un tiers des enfants de 8 à 11 mois, on trouve déjà au menu, au moins une fois par semaine, des produits à base de pommes de terre frites !

Sans parler des boissons sucrées de toutes sortes. Jusqu’à 12 mois, la consommation de jus de fruits reste épisodique. Mais après 1 an, 21 % des enfants en consomment. Et au total 36 % des moins de3 ans. Les sodas sont connus de 40 % des enfants de moins de 2 ans et 23 % en boivent au moins une fois par semaine. Quant aux sirops et boissons aromatisées non lactées, ils sont consommés tous les jours chez 8 % des enfants de 1 an et 13 % des enfants de 3 ans. Outre le risque de carie, les pédiatres redoutent que les enfants prennent trop l’habitude du goût sucré, voire le chemin du surpoids…

Des mamans plus cool et plus tolérantes

Il n’empêche : les parents sont loin d’avoir tout faux. Sur plusieurs points, ils s’améliorent de génération en génération. Le sociologue Jean-Pierre Corbeau observe que les mamans sont devenues plus cool, plus tolérantes en réponse aux désirs de leur bébé. Face à l’alimentation, elles dédramatisent beaucoup plus que naguère. Et quand l’enfant refuse un aliment nouveau, elles savent qu’il ne faut pas le forcer ni en faire une histoire. Mais lui représenter régulièrement et patiemment le même aliment, sous des formes différentes, autant de fois qu’il le faut…

De même, de plus en plus de parents ont tendance à faire manger leur bébé avec le reste de la famille. Et 64 % des enfants mangent régulièrement en même temps que leurs parents. Si l’on met à part le problème du menu identique pour tous, c’est une évolution positive. « L’enfant profite de ce moment privilégié et structurant », note Jean-Pierre Corbeau. Un repas pris en famille, dans un climat serein, propice aux échanges, est pour lui une occasion de découvertes.

Reste que pour des raisons liées au mode de vie, aux activités professionnelles, aux transports et aux retours tardifs à la maison, 17 % des enfants de 1 à 2 ans ne mangent jamais avec leurs parents.

Un âge où mieux vaut être privé de télé

Plus préoccupant sans doute : 15 % des bébés de 15 jours à 3 mois mangent déjà devant la télévision ou devant un écran. Et ce pourcentage ne cesse d’augmenter avec l’âge : entre la naissance et 3 ans, il concerne 29 % des enfants ! Sur le plan nutritionnel, la principale conséquence est une disposition à manger machinalement, sans conscience des quantités, et donc à avaler des rations plus importantes que nécessaire. Sur le plan psychologique, c’est un moment que l’enfant passe sans communication, sans partage et sans échange. Donc le contraire d’un vrai repas. Mieux vaut donc tenir l’enfant à l’écart des écrans !

(*) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail. D’après l’étude Nutri-Bébé SFAE 2013.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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