Comment les Français voient l’alimentation « durable »

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A partir de 79 enquêtes d’opinion publiées depuis moins de 5 ans, les chercheurs du centre d’études et de prospective du ministère de l’agriculture montrent comment les Français conçoivent aujourd’hui les pratiques alimentaires durables. Face à la crise, les préoccupations environnementales déclinent un peu. Les choix alimentaires sont plus influencés par le pouvoir d’achat et la recherche du bien-être. La production locale et les circuits courts sont de plus en plus appréciés. C’est de leur environnement proche et de leur santé que les Français s’inquiètent le plus.

Consommer des produits plus respectueux de l’environnement… Ce souci reste présent chez les Français. Mais dans un contexte de crise économique, il a tendance à faiblir.

Au moment de l’achat, les logos environnementaux ne sont regardés qu’en 13e position, derrière le lieu de production.

De même pour le logo AB, qui identifie les produits issus de l’agriculture biologique : il n’est regardé qu’en 12e position, même si 76% des consommateurs connaissent son existence.


Un certain attrait pour le bio et les produits « naturels »

D’après les enquêtes, presque trois quarts des Français font confiance aux produits bio, plus de la moitié pensent qu’ils sont meilleurs pour la santé, 45% qu’ils sont meilleurs pour l’environnement. Pourtant, les pourcentages de consommateurs restent relativement stables depuis une dizaine d’années. En 2012, 43% des Français disaient en consommer au moins une fois par mois, et 35% jamais. Le bio ne représentait que 2,4% du marché alimentaire total. A peu près moitié moins en 2007. Mais ce doublement observé en 5 ans est dû surtout à l’augmentation de la valeur du panier moyen, selon les chercheurs. On constate cependant une tendance à rechercher plus de produits dits « naturels ». C’est-à-dire, dans l’esprit des consommateurs, « sans produit chimique », pesticide ou polluant environnemental : 60 % pensent que de tels produits naturels sont bons pour la santé, 56 % qu’ils ont un goût authentique…

La consommation équitable reste faible

Du côté des enjeux éthiques, la consommation de produits issus du commerce équitable reste faible. En dépit de la notoriété importante de ce commerce (56% le connaissent), ils ne sont que 22%à en consommer seulement une fois par mois ou à peine… Par contre, les achats d’aliments locaux et nationaux sont en augmentation : d’après les enquêtes, 73% des Français privilégient le « made in France » (un label supérieur aux garanties écologiques et au commerce équitable) et 69% pensent même qu’à qualité équivalente on devrait privilégier les produits alimentaires français, quitte à les payer plus cher…

Le « made in France » et les produits locaux sont privilégiés

Pareillement, les Français sont attachés au local : 55% estiment qu’un produit de « consommation responsable » doit être fabriqué localement. Les AOC recueillent toutes les faveurs. Les labels sont associés à une image de qualité, de protection de l’environnement et de garantie de la santé. La production locale est jugée naturelle, sans effet nuisible sur l’environnement. On note un intérêt croissant pour les produits issus de circuits courts et de proximité. On porte attention aux distances parcourues, on privilégie les produits de saison et locaux pour éviter les émissions de CO2 dues aux transports, on souhaite favoriser l’économie locale. Les produits proches sont perçus comme meilleurs pour le goût et la qualité, plus respectueux de l’environnement et plus authentiques, plus naturels, fabriqués dans de meilleures conditions d’hygiène et de sécurité alimentaire, et de plus moins chers.

Souci éthique et/ou recherche du bien-être ?

Le souci du durable s’accompagne aussi d’une recherche d’équité, avec un plus grand respect pour la nourriture et ceux qui la font, une plus grande attention portée aux achats et la traque du gaspillage. Pour 40 à 50% des Français, une certaine frugalité définit la consommation responsable : acheter le strict nécessaire et jeter le moins possible. Mais les consommateurs ont rarement l’impression qu’ils sont eux-mêmes responsables du gaspillage. Le « gaspi », c’est surtout chez les autres.

La consommation durable peut bien sûr être une revendication éthique et politique, mais elle est de plus en plus reliée à un certain individualisme : le souci de la santé. C’est la motivation première chez près de la moitié des consommateurs de bio. Le bien-être personnel semble préoccuper tout de même un peu plus que l’avenir de la planète. Les produits durables, bio ou équitables, ont une bonne image sociale mais restent des consommations de niche. En somme, manger durable en temps de crise, c’est peut-être surtout privilégier les produits locaux et tenter de préserver son environnement proche.

(Consommation et pratiques alimentaires durables : analyse de données nationales issues d’enquêtes d’opinion. Analyse n° 69, mai 2014. Centre d’études et de prospective. Ministère de l’agriculture, de l’agroalimentaire et de la forêt.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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