Comment (faire) adopter un comportement alimentaire plus sain ? La piste de la théorie de l'engagement !

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Le 19 juin dernier, lors de la présentation des orientations du projet de loi de santé, la Ministre Marisol Touraine s’est prononcée pour un outil permettant de rendre compréhensible l'information nutritionnelle qui est proposée sur les emballages des produits alimentaires. Nous, les Français, avons encore aujourd'hui des difficultés à comprendre ces informations nutritionnelles. Cela est indéniable. Mais est-ce le bon outil ?

Le magazine 60 millions de consommateurs a récemment testé le nouveau système simplifié d'information nutritionnelle qui pourrait voir le jour en établissant un étiquetage en cinq couleurs pour une centaine de produits. Le vert pour les produits dont la qualité nutritionnelle est la meilleure et le rouge pour ceux de moins bonne vertu. Les autres couleurs sont le jaune, l'orange et le rose. Plusieurs systèmes sont en compétition. Par exemple, une note synthétique ou des étoiles. À titre indicatif un système similaire est disponible en France depuis déjà plusieurs années (2012). Il s'agit de Noteo (www.noteo.info). Outre, l'impact sur la santé, Noteo évalue également le bilan environnemental, social et, chose importante, pour le consommateur le prix relatif du produit (prix par rapport à des produits équivalents).

Cette classification donne l'impression de découvrir que certains produits, comme les mueslis, qu'ils considéraient peut-être comme de possibles porteurs de la pastille verte sont en fait d'une qualité nutritionnelle plus faible. Certains produits ne sont donc pas à la hauteur de leur réputation générale. Certes ! Ils révèlent également que les pizzas aux quatre fromages sont moins bien notées que les pizzas végétariennes (les quatre saisons). Cela me semble être une belle évidence ! Les français, l'ignorent-ils ?

Que faut-il penser d'un tel système ? Depuis de nombreuses années, les consommateurs disposent déjà d'un système d'information nutritionnelle de bonne qualité et suffisamment complet pour éclairer leurs choix. Alors, pourquoi changer le système d'information ? Les Français ne savent pas bien l'utiliser. Nos gouvernants pensent que nos concitoyens n'en font pas l'usage qu'ils souhaiteraient qu'ils en fassent. C'est ce point qui motive un étiquetage nutritionnel encore plus simple. Et s'il ne marche pas, quelle sera la prochaine étape ?

Pour décrypter une étiquette et bien utiliser les informations qu'elle procure, le consommateur a besoin d'un minimum d'éducation à la nutrition. Nos gouvernants semblent oublier que lorsque l'on propose un système d'information de qualité, il faut aussi livrer les moyens de bien l'utiliser. Cela s'appelle l'éducation nutritionnelle. Il ne faut pas la confondre avec l'information nutritionnelle (celle des étiquettes par exemple). Il me semble que la responsabilité du gouvernement est d'éduquer le mangeur. Le rôle des industriels est d'informer nos concitoyens sur les caractéristiques nutritionnelles de leurs produits. Lorsque l'un n'est pas capable d'assumer son rôle, alors il impose aux autres d'abaisser le niveau des informations.

La mise en place d'un nouveau système d'étiquetage est-elle le signe de l'abandon par le gouvernement de toute volonté de rendre les Français un petit peu plus intelligent dans le domaine de la nutrition ? Il est difficile de ne pas le penser ! Toujours aller au plus simple. Voilà la doctrine pédagogique du moment. Elle contraste avec celle des Finlandais. On y pratique, parait-il, l'économie familiale. Le mot important dans cette phrase est le verbe « pratiquer ». Constituer un repas équilibré tout en contrôlant son budget... C'est surtout une question de pratique, une école de la vie. Ce n'est pas une uniquement une question d'information.

Il m'arrive d'interroger des jeunes gens vis-à-vis des recommandations alimentaires du PNSS. Vous pouvez faire le test auprès des personnes de votre entourage. Presque 100% des personnes interrogées connaissent le slogan "Pour votre santé, mangez cinq fruits et légumes par jour". Le message est simple... On ne peut pas faire plus simple ! Il faut manger des fruits et des légumes. Quel est le pourcentage des personnes qui consomment effectivement cinq portions de fruits et légumes par jour (ou qui simplement en consomment plus qu'avant) ? Les résultats me semblent bien maigres (moins de 30% des jeunes gens interrogés déclarent suivre plus ou moins cette règle). Un message simple qui n'est pas suivi d'effet ! Toujours la même conclusion : on ne change pas les habitudes uniquement en informant. Ici aussi, le point faible est l'éducation.

Je trouve au système des feux tricolores (ou à un système à cinq feux) un autre inconvénient potentiel. (J'espère me tromper). Comment s'intéresser encore à la santé par l'alimentation avec un tel système ? Il nous adresse des injonctions : ne mange pas ci, ne mange pas ça ! C'est le genre d'injonctions que l'on entend fréquemment à proximité des bacs à sable des aires de jeu lorsque le comportement d'un enfant n'est pas conforme aux attentes de celui qui en a la garde. La fonction fait l'organe. Lorsque l'on dispose d'un tel système, pourquoi alors prendre quelques minutes pour mieux appréhender le rôle de la vitamine A, celui des sucres ou bien encore des fibres dans la santé par l'alimentation? J'ai l'impression qu'avec ce système nous nous donnons le moyen d'éloigner définitivement un grand nombre de nos concitoyens d'une culture minimale de la santé par l'alimentation. Une décision ne s'apprécie que par les effets qu'elle produit. Tous les effets ! Pas uniquement, ceux sur lesquels on aurait fixé ses désirs.

Les activités périscolaires ne sont-elles pas l'occasion de redonner à sa place à un regard pratique de la bonne alimentation ?

L'éducation, ne serait-ce pas ça la solution ? Certes, cette méthode est exigeante et probablement difficile à mettre en œuvre avec de maigres moyens. Mais, c'est le seul moyen qui permettrait aux Français de prendre de bonnes décisions alimentaires tout en les élevant dans la connaissance, celle de la nutrition, de l'alimentation et de la santé.”

(Par Olivier Fourcadet, Professeur de management stratégique à l'Ecole Supérieure des Sciences Economiques et Commerciales (ESSEC), Co-titulaire de la Chaire Européenne Filière d'Excellence Alimentaire de l'ESSEC, qui dirige et co-rédige avec Fanny Bénard, consultante, diplômée de l'AgroParisTech et de l'ESSEC, le blog Nouvelles Perspectives en Agroalimentaire)

SOURCE : ESSEC

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