Comment convaincre les enfants de manger des fruits et légumes ? Les leçons d'un programme scolaire anglais

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Quoi de plus attendrissant que d'observer l'expression émerveillée d'un enfant qui mange une fraise directement sur pied ou un petit pois dans sa cosse. Pourtant, pour de nombreux enfants, manger des fruits et légumes frais reste encore une expérience inhabituelle. Ainsi au Royaume-Uni, des recherches ont révélé que certains enfants ne mangent aucun fruit ni légume durant une semaine normale et d'autres si peu, qu'ils compromettent leur santé présente et future.

« Comment convaincre les enfants de manger des fruits et légumes ? Les leçons d’un programme scolaire anglais » - Crédits photo : www.ville-romainville.fr Les fruits et légumes offrent toute une gamme de nutriments et de substances bio-actives qui jouent un rôle important dans le maintien de la santé des enfants et la prévention des maladies. Ces aliments végétaux sont pauvres en matières grasses et remplacent ceux à forte teneur calorique, prévenant ainsi la survenue de l’obésité - maladie de plus en plus fréquente chez les enfants du Royaume-Uni. Ils représentent également une bonne source de fibres indispensables au bon fonctionnement de notre système digestif.

SFVS : Sa plus grande intervention au niveau de l’alimentation des enfants anglais

Le programme national "5 PAR JOUR" a été introduit en Angleterre pour encourager la consommation quotidienne de 5 portions de fruits et légumes dans le cadre d’une alimentation saine et agréable. Le projet "fruits et légumes à l’école" (SFVS = school fruit and vegetable scheme) fait partie de ce programme. SFVS représente la plus grande intervention au niveau de l’alimentation des enfants anglais depuis l’introduction du lait gratuit à l’école en 1946.

Depuis Novembre 2004, une portion de fruit ou de légume a été offerte gratuitement aux enfants âgés de quatre à six ans, chaque jour de classe. Objectif de ce programme : distribuer chaque année 440 millions de morceaux de fruits et légumes à plus de deux millions d’enfants dans 18 000 écoles. Ce programme a coûté £42 millions au démarrage et a reçu un financement supplémentaire de £77 millions du Ministère de la Santé.

En offrant ainsi gratuitement des fruits et légumes aux écoliers, on espère que la consommation globale des fruits et légumes augmente d’une portion par jour, améliorant ainsi l’apport en nutriments.

Une évaluation rigoureuse des résultats

Nous avons été mandatés pour évaluer l’impact de cette intervention sur la consommation de fruits et légumes et de nutriments clés chez les enfants. Cette étude a été menée selon un procédé de contrôle non-randomisé. Deux échantillons ont été choisis au hasard parmi les écoles primaires anglaises (50 écoles du Nord Est pour le groupe d’intervention et 45 écoles du Yorkshire et d’Humberside pour le groupe de contrôle). Au total, l’échantillon englobait 3703 enfants âgés de quatre à six ans (maternelle, CP1, CP2).

L’alimentation des enfants a été évaluée avec l’outil CADET (Child And Diet Evaluation Tool), renseigné par un adulte pour son enfant, enregistrant la consommation alimentaire durant 24 heures.

L’alimentation a été évaluée au départ en Mars 2004, puis en Juin et Novembre 2004.

Un modèle d’analyse multivariée a été utilisé pour mesurer l’impact de SFVS sur l’alimentation. Ce type d’analyse statistique est important car il permet d’ajuster les résultats à tout facteur influençant la consommation de fruits et légumes des enfants au niveau de la classe, de l’école ou de l’administration locale.

Une augmentation significative de la consommation de fruits

Cette analyse a mise en évidence une association entre le SFVS et l’augmentation de la consommation de fruits, à la maternelle et en première année de CP, de 0,4 portions (Intervalle de Confiance à 95%, 0,2 à 0,5) et 0,6 portions (0,4 à 0,9), respectivement, à trois mois. Cette consommation est redescendue à 0,2 (0,1 à 0,4) et 0,3 (0,1 à 0,6) respectivement à 7 mois. En deuxième année, le programme était associé à une augmentation de 0,5 portions de fruits (0,2 à 0,7) à trois mois, qui a disparu (retour aux valeurs de départ) à la sortie des enfants du programme. Globalement, à 7 mois, il n’y avait aucun changement dans la consommation de légumes, aucune association entre le SFVS et les apports caloriques, en matières grasses et en sel, et de faibles modifications des apports de carotène et de vitamine C.

Mais pas forcément durable dans le temps...

Nous concluons que SFVS a entraîné à une augmentation de la consommation des fruits après 3 mois mais après 7 mois, l’impact restait significatif mais réduit. La consommation revient au niveau initial lorsque les élèves changent de classe et sortent du programme.

Suite à la publication de nos résultats cette année dans le Journal of Epidemiology and Community Health, des résultats similaires ont été publiés par les chercheurs de l’université de Nottingham dans l’International Journal of Epidemiology. Ils ont également conclu que le SFVS semblait être un moyen efficace d’augmenter la consommation de fruits chez les jeunes enfants tant qu’ils étaient inclus dans le programme, mais que, dès leur sortie, les bénéfices étaient perdus. De ces recherches il faut conclure que d’autres interventions sont nécessaires pour maintenir durablement la consommation de fruits et légumes chez les enfants.

Actuellement, nous recevons des fonds pour des recherches sur l’optimisation de l’impact du SFVS et du maintien de ses effets. Les résultats seront disponibles en 2008.

Sources et références :

  • Ransley JK, Greenwood DC, CadeJE, Blenkinsop S, Schagen I, Teeman D, Scott E, White G, Schagen S. Does the school fruit and vegetable scheme improve children’s diet? A non-randomised control-led trial. Journal of Epidemiology and Community Health 2007 ;61:699-703
  • Fogarty AW, Antoniak M, Venn Aj, Davies L, Goodwin A, Salfield N, Stocks J, Britton J and Lewis SA. Does participation in a population-based dietary intervention scheme hâve a lasting impact on fruit intake in young children? International Journal of Epidemiofogy 2007; 133:1-6

(Joan Ransley, Maître de conférences en Epidémiologie Nutritionnelle, Université de Leeds, UK - Equation Nutrition n°74 - Janvier 2008)

SOURCE : APRIFEL

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