Comment aborder l'approche scientifique du bien-être ?

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Le « bien-être », chacun de nous le ressent, à certains moments, sans trop pouvoir l’expliquer, se contentant de le goûter. Mais de quelle manière l’aborder pour un scientifique, le modéliser et comprendre notamment comment la nutrition, et en particulier certains nutriments, peut prévenir du développement de troubles de l’humeur et de la cognition, autrement dit de ce qu’on appelle le « mal être » qui s’avère être un excellent indicateur pour mesurer le « bien être » ?

« Comment aborder l'approche scientifique du bien-être ? » - Crédit photo : www.gout-nutrition-sante.com C'était le thème général du 5ème Congrès International Gout-Nutrition-Santé ®Vitagora « Aliment, Nutriment et Bien-Etre » et celui plus particulièrement de la conférence scientifique inaugurale du 23 mars 2010 « Comment aborder le "bien être" au sens scientifique » présentée par Sophie Layé, directeur de recherche à l’INRA. C’est en effet au sein de l’Unité Mixte de Recherche en Psychoneuroimmunologie « PsyNuGen » de l’INRA, à Bordeaux, l’équipe « Nutrition, cytokines et troubles psychiatriques » qu’elle dirige des travaux dans ce domaine qui intéressent tout particulièrement les industriels de la pharmacie et de l’agroalimentaire.

Agressé par un intrus, tel un virus ou une bactérie, un organisme réagit en produisant des signaux d’alarme, les cytokines, qui vont alors activer son immunité.

Parallèlement, ces signaux vont prévenir le cerveau, celui-ci développant alors une stratégie de défense qui va se traduire notamment par des troubles de l’humeur et du sommeil, des pertes de mémoire, un manque d’appétit et un repli sur soi. Or ces comportements, réversibles, sont commandés par l’action des mêmes cytokines qui agissent sur différentes structures cérébrales.

Cela dit, la synthèse de ces cytokines n’est pas toujours associée à un état de défense d’un organisme. Ainsi chez certaines personnes âgées dont le système immunitaire est déréglé ou encore des malades sous traitement, voire des personnes obèses, on observe une activation en faible proportion, mais prolongée, de ces signaux. Toxique pour les neurones, celle-ci peut alors conduire au développement de troubles de l’attention ou à des situations dépressives plus graves.

Comprendre le caractère anti-inflammatoire de certains micronutriments

Au sein de l’Unité Mixte de Recherche « PsyNuGen » qui compte trois équipes, l’équipe de Sophie Layé s’intéresse plus particulièrement au rôle préventif que joue la nutrition dans le développement de ces troubles de l’humeur et de la cognition, autant d’altérations caractéristiques d’un état de « mal-être ».

« Nous essayons de comprendre plus particulièrement comment certains micronutriments, qui ont été décrits pour leur activité anti-inflammatoire, peuvent contribuer à prévenir le développement de ces troubles », explique-t-elle. Ces chercheurs se sont penchés en particulier sur les acides gras poly-insaturés dont la teneur est élevée dans le cerveau. Il en existe deux formes, plus connues sous l’appellation d’oméga-3, présents notamment dans le poisson, les fruits de mer et l’huile de colza, et d’oméga-6, que l’on trouve en particulier dans l’huile de tournesol. Ils ont montré que de jeunes souris, soumise à un régime carencé en oméga-3, développent davantage de troubles de la mémoire et présentent des taux de cytokines inflammatoires plus élevés que les souris bénéficiant d’un régime équilibré.

Dans le cadre de COGINUT (1), un projet piloté par l’INSERM et financé par l’Agence Nationale de la Recherche (ANR) dont l’objectif est d’étudier l’impact du statut nutritionnel en acide gras poly-insaturés et anti-oxydants sur le vieillissement cérébral (démence, déclin cognitif, troubles de l’humeur) chez les personnes âgées, l’équipe bordelaise a travaillé dès 2006 sur des individus de 65 ans et plus dont les habitudes alimentaires sont connues.

« Les résultats obtenus indiquent que chez les chronique, le taux d’oméga-3 est plus faible. En outre, leur qualité de vie est plus altérée que chez les personnes n’ayant pas d’activité immunitaire », résume Sophie Layé. Ainsi les troubles de l’humeur chronique, observés chez les personnes âgées, pourraient résulter d’une production trop importante de cytokines, liée à une carence en oméga-3.

Intérêt grandissant des industriels

Après avoir montré chez l’animal qu’une nutrition riche en oméga-3, fournie sous la forme de chaînes courtes, donc plutôt issue du végétal, n’est pas suffisamment efficace pour prévenir le développement de la détérioration de l’immunité innée dans le cerveau, alors que l’utilisation de chaînes longues sur de courtes durées ont des effets positifs, l’équipe « Nutrition, cytokines et troubles psychiatriques » réalise aujourd’hui des tests sur des personnes âgées.

« La prévention nécessite que nous comprenions non seulement quel type de micronutriment il faut utiliser, mais sous quelle forme et, probablement, sous quelle combinaison nutritionnelle. Par exemple, peut-être faudra-t-il y associer des anti-oxydants afin d’accroître son efficacité ».

D’où l’intérêt grandissant des industriels des secteurs de la pharmacie et de l’agroalimentaire pour ces travaux qui pourraient, à plus ou moins long terme, déboucher sur un certain nombre de recommandations alimentaires, voire l’arrivée de produits spécifiques sur le marché. « Prenons l’exemple d’un diabétique traité médicalement pour ce trouble métabolique. Des recommandations nutritionnelles pourraient alors contribuer à l’amélioration des troubles de l’humeur qui accompagne de type de pathologie, troubles qui, aujourd’hui, ne sont pas traités », souligne Sophie Layé.

(1) Cognition, anti-Oxydants, acides Gras : approche Interdisciplinaire de la NUTrition dans le vieillissement cérébral

(Sophie Layé, Directeur de recherche - PhD - Laboratoire Nutrition et Génétique (PsyNuGen) - Université Bordeaux 2, 5ème Congrès International Goût-Nutrition-Santé « Aliment, Nutriment et Bien-Etre » - 23-25 mars 2010)

SOURCE : Congrès Internationl Goût-Nutrition-Santé Vitagora®

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