Comme une déferlante, l'alcool défonce !

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Binge drinking, biture express, cuite en trente minutes. Les conduites de consommation massive d'alcool, accompagnée ou non d'autres produits, suscitent un réel émoi, au moins dans certaines institutions, alors que l'opinion publique ne sait comment les aborder, les penser...

Paradoxes... Les chiffres globaux d'alcoolisation sont en baisse constante (les Français consomment 2 fois moins d'alcool qu'il y a 30 ans), la consommation des jeunes n'augmente pas mais les ivresses sont plus fréquentes et, surtout, plus précoces ; les alcoolémies routières diminuent, mais le nombre d'accidents mortels liés à l'alcool ne baisse pas. Ces ivresses frappent par leur intensité, leur répétition, l'âge de ceux qui y ont recours, les conséquences qui s'y attachent et par la tolérance ou l'ignorance dont elles bénéficient longtemps, notamment dans le champ familial. Quand arrive le temps où il n'est plus possible de « ne pas voir », où il faut « faire quelque chose », alors c'est le sentiment d'impuissance qui prévaut.

Les familles, les institutions scolaires et universitaires, les entreprises, les soignants, après avoir vainement tenté des parades (la répression, par exemple) se tournent vers les « spécialistes » : ceux qui sont supposés détenir les clés pour résoudre les problèmes. Intervenants du champ du soin ou de l'accompagnement des personnes dépendantes, nous sommes au premier chef interpellés : le soin n'est qu'une réponse partielle et tardive, mais en amont ? Et cette interpellation réunit de façon signifiante « ceux qui pensaient alcool et ceux qui pensaient drogues... ».

Le point commun, c'est la défonce, cette ivresse aiguë... Audelà d'un estompage d'un mal-être individuel, ou d'un rite d'appartenance à quelque sous-groupe, la défonce pourrait être la réponse de jeunes ou d'éternels adolescents à une injonction de notre société : « toujours plus vite, toujours plus intense, toujours plus nouveau ! ». Elle est une façon de se montrer fort, performant, capable de se lâcher dans des scénarios « intenses »... et ce dans un contexte où l'incitation à consommer de l'alcool s'affiche sans vergogne ; comme si les produits illicites étaient les seuls toxiques...

La réponse est à construire en offrant des cadres institutionnels qui tiennent la route et posent des limites, des institutions qui proposent des repères pour des parcours inévitablement chaotiques, des espaces de parole où ces usagers d'un nouveau type, ni alcooliques ni toxicomanes, peuvent élaborer d'un côté des alternatives à ces défonces et de l'autre conserver, retrouver ce à quoi ils aspirent : une maîtrise suffisante pour vivre leur vie.

(Patrick Fouilland, président de la F3A - Jean-Pierre Couteron, président de l'ANIT - Alcool Actualités n°36, décembre 2007)

SOURCE : INPES

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