Cocktail chimique dangereux dans l'assiette de nos enfants ?

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Aujourd’hui, un homme sur 2 et une femme sur 3 est ou sera touchés par le cancer en France. Nous sommes donc tous et toutes concernés par cette terrible maladie, et plus particulièrement chez l'enfant et l'adolescent avec une tendance nette à l'augmentation de l'incidence du cancer depuis plusieurs décennies [1]. Face à cette épidémie, Générations Futures et HEAL, en partenariat avec le WWF France et le RES, ont décidé de lancer une campagne sur Environnement et Cancer, en commençant par l'alimentation.

« Cocktail chimique dangereux dans l'assiette de nos enfants ? » - Crédit photo : www.20minutes.fr D'après la dernière enquête européenne sur la perception par les consommateurs des risques alimentaires [2], 80% des français sont inquiets des résidus de pesticides présents dans les fruits, les légumes ou les céréales. Ils sont autant soucieux (80%) des contaminants que peuvent contenir le poisson ou la viande. Près d'un Français sur deux (48%) estime à ce sujet que les autorités publiques de l'Union européenne n'entreprennent pas suffisamment d'actions pour protéger les consommateurs de ce risque.

C’est parce que nous nous en inquiétons aussi que nous avons souhaité faire cette enquête. Depuis que nous travaillons sur le sujet de l'alimentation et de la contamination des aliments, notamment par les pesticides, nous n'avons de cesse de nous interroger sur l'exposition alimentaire « réelle » à laquelle une personne, particulièrement un enfant, est soumise durant une journée.

A combien de substances chimiques différents sommes nous exposés dans une journée par notre alimentation ? A quel type de substances ? Les seuils fixés par les agences officielles sont-ils respectés ? Combien de substances soupçonnées d'être cancérigènes et/ou perturbant le système endocrinien ingérons nous de manière quotidienne ?

Afin de dissiper toute confusion, il est utile de rappeler ici la base de la toxicologie : le risque en soit n'existe pas. C'est la résultante d'un danger, parfaitement identifié par les toxicologues pour toutes les substances connues, multiplié par l'exposition au produit étudié, c'est-à-dire, dans le cas de l'alimentation, la quantité ingérée (souvent journalière) par un individu ou une population spécifique, en tenant compte des cas les plus extrêmes.

A partir de ces données, les experts scientifiques des instances réglementaires établissent au final une Dose Journalière Admissible (DJA) pour chaque substance, pouvant être révisée en fonction des avancées scientifiques, bénéficiant d'une marge de sécurité très importante (de l'ordre de 100, parfois plus), garantissant ainsi qu'en dessous de ce seuil de consommation, il n'y a AUCUN risque pour la santé, et ce, pour une consommation durant la vie entière.

Concernant certaines substances (comme les pesticides), sont plutôt évoquées les limites maximales de résidus (L.M.R.), qui correspondent aux quantités maximales attendues établies à partir des bonnes pratiques agricoles fixées lors de l'autorisation de mise sur le marché du produit phytosanitaire.

Ainsi les discordances entre les différents partis (scientifiques experts et associations de défense ou de protection) proviennent surtout d'une part de l'estimation du facteur d'exposition réel aux substances chimiques, qui détermine in fine le risque réel, et d'autre part qu'il n'existe à ce jour aucune étude permettant de préciser l'impact santé de l'exposition simultanée à de multiples substances potentiellement délétères, phénomène appelé souvent "effet cocktail".

Le 1er volet de cette campagne Environnement et Cancer est donc cette enquête sur l’exposition de la population, en particulier chez les enfants, par l’alimentation, à des substances chimiques suspectées d’être cancérigènes. Entre juillet et septembre 2010, Générations Futures a acheté dans divers supermarchés de l’Oise et à Paris, des aliments non bio composant les repas types d’une journée d’un enfant d’une dizaine d’années.

Ainsi 4 repas et un encas ont ainsi été élaborés en suivant les recommandations du Ministère de la Santé. Ainsi 5 fruits et légumes frais par jour ont été inclus dans la journée, de même qu’au moins 3 produits laitiers et un litre et demi d’eau. Sans faire manger trop gras, trop salé ou trop sucré l’enfant, nous n’avons pu faire l’économie de quelques friandises qui entrent régulièrement dans les rations alimentaires des enfants.

Substances. Diverses substances chimiques ont été recherchées par plusieurs laboratoires accrédités, spécialisés dans des analyses alimentaires : des plastifiants dont du Bisphénol A (BPA) et des phtalates, des retardateurs de flamme bromés (PBDE),des dioxines, furanes, PCB et autres Polluants Organiques Persistants (POPs), des pesticides ou encore des métaux lourds... Nous avons aussi repéré sur les étiquettes les divers additifs entrant dans la composition des produits transformés. Au-delà de l’analyse des aliments, nous nous sommes aussi penchés sur les substances chimiques qui pouvaient se transférer dans la nourriture, notamment lorsque l’on fait chauffer son plat en plastique au micro-onde ou bien son eau dans une bouilloire en plastique.

Les analyses de cette enquête montrent qu’en 24h, un enfant est susceptible d’être exposé, uniquement par son alimentation, à des dizaines de molécules chimiques soupçonnées d’être cancérigènes ou encore soupçonnées d’être des perturbateurs endocriniens par des instances sanitaires européennes ou américaines !

=> 128 résidus chimiques dans la journée qui représentent 81 substances chimiques différentes dont 36 pesticides différents ingérés en une seule journée !

=> 47 substances cancérigènes différentes suspectées et 37 perturbateurs endocriniens suspectés en une seule journée!

« Notre but est de faire prendre conscience aux citoyens et aux responsables publics de la part importante que représentent les facteurs de risque environnementaux parmi les causes de cancers et ainsi de les inciter à agir et prendre les mesures qui s’imposent. » déclare François Veillerette, porte parole de Générations Futures (ex-MDRGF).

Pour de plus amples informations, consulter :

[1] Steliarova-Foucher E et al Geographical patterns and time trends of cancer incidence and survival among children and adolescents in Europe since the 1970s (the ACCISproject): an epidemiological study.Lancet. 2004, 11, 364(9451):2097-105.

[2] Eurobaromètre 354 Food related risk Nov. 2010

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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