Changer les habitudes alimentaires ?

lu 4445 fois

C’est aux Etats-Unis, à la fin du XIXème siècle, qu’est née l’ambition de “changer les habitudes alimentaires” d’une population pour maintenir celle-ci en bonne santé. Ces premières tentatives connurent des échecs cuisants...

Elles comportaient en effet une dimension fortement moralisatrice et, en outre, reposaient sur des postulats implicites dont les sciences sociales ont révélé le caractère erroné.

L’extraordinaire complexité des choix alimentaires

Au nombre de ces postulats figurait la croyance selon laquelle le mangeur était un sujet totalement libre de ses choix alimentaires.
Or, ceux-ci dépendent fortement des représentations (y compris symboliques) que nous nous faisons de l’alimentation, des différents aliments, de leurs rapports avec le corps et la santé… Ces représentations sont elles-mêmes largement déterminées par la culture et l’époque auxquelles nous appartenons. Par ailleurs, nos comportements alimentaires sont influencés par l’environnement social dans lequel chacun de nous évolue. Un autre présupposé consistait à considérer les décisions alimentaires comme simples et rationnelles.
Or, celles-ci présentent une extraordinaire complexité. Et la perception d’une éventuelle menace pour la santé n’est pas, loin s’en faut, le seul critère pris en compte par le mangeur (cela ne signifie pas pour autant qu’il soit “irrationnel” : il fait bel et bien preuve d’une certaine “logique”, mais celle-ci diffère de la rationalité scientifique des médecins, des nutritionnistes ou des spécialistes du risque alimentaire).

Le savoir ne suffit pas...

Sur un autre plan, on a longtemps pensé qu’il suffisait de fournir au mangeur des connaissances nutritionnelles pour qu’il modifie ses comportements inappropriés. Or, l’expérience a montré que ni l’acquisition et la compréhension de nouveaux savoirs par les individus, ni leur adhésion aux messages diffusés, ni même leur motivation réelle à rompre avec des “mauvaises” habitudes ne garantissaient à coup sûr le changement. L’explication est simple : si les connaissances et attitudes peuvent avoir un rôle directif sur les comportements (i.e. les influencer), elles n’ont pas d’effet causal. C’est l’interaction des savoirs et des motivations du sujet avec le contexte (l’environnement familial, social, socio-économique, culturel…) et avec les contraintes (réelles ou perçues) de sa situation qui, in fine, déterminent le comportement (comme l’illustrent, par exemple, les contradictions apparentes souvent observées entre l’excellente image santé des fruits et des légumes et les niveaux de consommation effectifs).

De "l’éducation nutritionnelle" à la promotion du… "bien-manger"

Pendant longtemps, l’éducation nutritionnelle a été fondée sur la diffusion d’un message unique (identique pour tous), unidirectionnel (de l’émetteur "savant" aux récepteurs "ignorants" et à "éduquer") et à contenu négatif, voire culpabilisant (si vous consommez trop de graisses animales, vous risquez d’être victime de maladies cardio -vasculaires).

La très faible efficacité de telles options doit aujourd’hui conduire à privilégier des approches... différenciées : adaptation des messages et actions aux caractéristiques spécifiques de la population visée (sexe, tranche d’âge, "équipement" intellectuel et culturel, éventuelle situation de précarité économique, etc) ; considérant l’environnement social dans lequel évoluent les individus ou les groupes ; reposant sur l’écoute, le dialogue et la participation : construire les argumentaires à partir des propres connaissances et représentations des groupes-cibles (y compris de leurs idées fausses et a priori), de leurs contraintes effectives ou ressenties ; reconnaître et valoriser leurs "bonnes" pratiques alimentaires; les doter de nouveaux savoir-faire (en termes d’achats et de conservation des produits, de pratiques culinaires, de recherche d’information et d’interprétation); faire appel à leur intelligence et leur… esprit critique ; valorisant les dimensions positives et poursuivant une visée globale : par exemple "consommer davantage de fruits, de légumes… pour assurer un état complet de bien-être physique, mental et social" (définition de la santé selon l’OMS).

En d’autres termes, il s’agit de promouvoir le bien-être, le plaisir, la dimension sociale du repas... et aussi les composantes culturelles, "traditionnelles" et symboliques de l’alimentation, en respectant les particularismes sociaux et locaux. L’enjeu tient en… deux mots : substituer à "l’éducation nutritionnelle" la "promotion du bien-manger".

SOURCE : APRIFEL

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s