Ceux qui ne mangent pas à leur faim...

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On a de plus en plus recours à l’aide alimentaire en France. Plus de 3,5 millions de personnes en ont bénéficié en 2010, soit un quart de plus que deux ans auparavant ! Pas vraiment étonnant si l’on pense que 8 millions de personnes (13,5 % de la population) sont considérées comme pauvres en France. Médecins du monde a mené une enquête dans ses principaux centres d’accueil.

A Bordeaux, Lyon, Marseille, Nice, Paris, Saint-Denis et Strasbourg, près de 350 personnes ont répondu à un questionnaire détaillé. En français, mais aussi anglais, roumain, albanais ou bulgare…

Près de 97 % des participants, âgés en moyenne de 35 ans, étaient en effet d’origine étrangère, venant principalement d’Afrique subsaharienne, du Maghreb et d’Europe : 70% en situation irrégulière, 24 % en situation régulière et 6 % en demande d’asile. Seulement 5 % avaient un logement personnel, 63 % étaient hébergés par une famille ou un organisme, 13 % occupaient un logement ou un terrain sans droit et 18 % étaient sans domicile fixe. Moins d’un tiers des participants déclaraient avoir un travail (dans 9 cas sur 10 non déclaré). Les ressources moyennes des foyers étudiés étaient de 126 € par mois…

Deux euros par jour pour se nourrir

Pas surprenant donc que près de 78 % de ces foyers soient en insécurité alimentaire pour des raisons financières. C’est 6 fois plus que la moyenne nationale. Principales causes : en premier lieu le manque d’argent, mais aussi les conditions de logement (campements et squats), le manque de cuisine et d’équipement…

La dépense moyenne pour se nourrir est de 2,5 € par jour et par personne, et même de 2 € pour les SDF et les personnes vivant en campement ou en squat. Plus de la moitié des participants à l’enquête déclarent avoir souvent ou pas assez à manger. Seuls 20 % environ disent avoir assez, le dernier quart se plaignant de ne pas avoir tous les aliments souhaités. Ils sont aussi 17 % à recourir au glanage pour subvenir à leurs besoins.

Le nombre de leurs repas quotidiens est manifestement insuffisant : la veille de l’enquête, les adultes ont fait en moyenne 2 repas, les enfants 2,5. Seulement 13 % des enfants ont mangé 4 fois durant la journée. Chez les enfants et adolescents de 5 à 18 ans, 20 % ont passé au moins une journée entière sans manger au cours du mois précédent. Et les adultes sont 46 % dans ce cas.

On est bien loin des recommandations nutritionnelles

Les repas sont composés d’un plat unique dans la moitié des cas. Lors du repas principal pris la veille de l’enquête, 6 à 7 enquêtés sur dix ont consommé des protéines. Ils ne sont que 13 % à avoir mangé au moins 3 féculents. Et seulement 4,5 % des jeunes et 3,5 % des adultes ont mangé 3 produits laitiers. Pour les fruits et légumes (respectivement 0 et 0,3 %), les chiffres sont catastrophiques. Un quart des jeunes n’a mangé ni fruits et légumes ni laitages la veille de l’enquête. Et 40 % n’ont mangé ni viande ni poisson ni oeuf.

Seuls 4 foyers sur 10 ont bénéficié de l’aide alimentaire. Parmi les bénéficiaires, 44 % trouvent les colis pas assez variés et 22 % les trouvent insuffisants en quantité. Parmi ceux qui n’ont jamais bénéficié de l’aide alimentaire, 60 % ne connaissent pas le dispositif. Un autre point clé de l’enquête concerne l’accès à l’eau. Il est inexistant dans 30 % des foyers et 12 % d’entre eux s’approvisionnent aux bornes fontaines.

L’insécurité alimentaire détériore la santé

L’état de santé des participants à l’enquête a aussi été évalué. Un tiers des adultes disent avoir perdu du poids de manière imprévue les deux dernières semaines. Principalement ceux qui arrivent pour la première fois en France. Toutefois, 45 % des participants sont de poids normal, plus de la moitié des participants sont en surpoids ou obèses (19 % d’obèses chez les hommes et 31 % chez les femmes) et seulement 2,4 % ont un indice de masse corporelle (IMC) trop faible.

Leur alimentation est de toute manière inadéquate : pas assez régulière et souvent dépourvue d’aliments réellement nutritifs. Plus d’un tiers des enquêtés présentent des maladies en lien avec une alimentation inappropriée : 25 % de cas d’obésité, de troubles des lipides sanguins, de diabète ; 13 % de cas de gastrite, diarrhée, d’anémie… La santé bucco-dentaire est aussi affectée : 38 % des plus de 15 ans s’en plaignent et 40 % ont au moins 5 dents absentes.

L’une après l’autre, les enquêtes sur ces situations rencontrées en France témoignent de l’installation de la précarité dans un pays réputé riche, où théoriquement chacun devrait manger à sa faim. (Nutrinews hebdo)

(L’alimentation des personnes en situation de grande précarité en France. Quel impact sur leur état de santé ? Une enquête dans 7 centres d’accueil, de soins et d’orientation de Médecins du monde. Juin 2014.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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