Catéchines du thé vert et contrôle du poids

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En janvier 2008, le 1er Symphosium Européen sur les catéchines, ces flavonoïdes aux propriétés antioxydantes, avait mis l'accent sur des résultats de recherche montrant que la consommation de thé, riche en catéchines, pourrait combattre l'insulinorésistance chez les personnes en surpoids et en syndrome métabolique, agirait également sur la répartition des graisses corporelles et, en augmentant la combustion des graisses, pourrait participer à la régulation du poids. Ces travaux ont été repris et présentés lors d'une table ronde aux derniers Entretiens de Bichat.

« Catéchines du thé vert et contrôle du poids » Le thé est une source de polyphénols de type flavonoïdes. La forme prédominante des flavonoïdes contenus dans le thé sont les catéchines. Les quatre principales catéchines retrouvées dans le thé vert sont l’épicatéchine (EC), l’épicatéchine-3-gallate (ECG), l’épigallocatéchine (EGC) et l’épigallocatéchine-3-gallate (EGCG). Les effets « Santé » du thé vert sont en grande partie attribués à sa richesse en catéchines [1, 2] et au pouvoir antioxydant de ces composés polyphénoliques [3].

Au-delà de leurs propriétés de piégeurs de radicaux libres, les catéchines du thé seraient également bénéfiques via de nom- breux autres mécanismes complémentaires de l’effet antioxydant. Ainsi, des travaux récents rapportent que les catéchines pourraient être des constituants de notre alimentation participant au contrôle du poids :

  • En améliorant la sensibilité à l’insuline.
  • En augmentant la thermogénèse et l’oxydation des graisses.
  • En diminuant l’obésité intraviscérale et en modifiant la répartition des graisses.

Catéchines du thé vert et sensibilité à l’insuline

Le syndrome métabolique, dont la prévalence augmente dans tous les pays industrialisés, se caractérise par un ensemble d’altérations biologiques dont l’insulinorésistance est le facteur principal et le commun dénominateur [4].

La cause majeure de l’insulinorésistance observée dans le syndrome métabolique est l’obésité, plus particulièrement l’obésité due à l’accumulation des graisses viscérales. Insulinorésistance et obésité viscérale exposent les sujets atteints de syndrome métabolique à un risque accru de maladies cardiovasculaires et de diabètes [5].

Compte tenu de la baisse de la sensibilité à l’insuline et du stress oxydant qui se développent dans cette pathologie, les facteurs nutritionnels qui améliorent l’efficacité de l’insuline et ont, de surcroît, un fort pouvoir antioxydant, pourraient prévenir le risque de syndrome métabolique, réduire les altérations métaboliques qui y sont associées et diminuer l’incidence du diabète et de ses complications chez ces patients.

Le thé vert et les extraits de thé pourraient faire partie de ces nutriments car ils sont, grâce à leur richesse en épigallocatechine gallate (EGCG) à la fois poten- tialisateurs de l’insuline [6, 7] et antioxydants [8]

Études animales

Plusieurs publications récentes ont montré que, dans un modèle animal de syndrome métabolique induit nutritionnellement par un régime très riche en fructose (60 p. cent), l’insulinémie, la glycémie et les triglycérides sont modifiés. En parallèle, la consommation de thé vert augmente l’insulinosensibilité, active la cascade de signalisation de l’insuline et l’expression des gènes codant pour les récepteurs à l’insuline et les transporteurs du glucose [9].

Le thé vert exerce également un effet anti-inflammatoire en augmentant la synthèse d’une protéine anti-inflammatoire, la tristetrapolin, et, en inhibant des facteurs pro-inflammatoires dont le TNF-a qui altère la sensibilité à l’insuline [10]. Dans un autre modèle de syndrome métabolique, le rat hypertendu SHR, l’administration d’EGCG améliore également la sensibilité à l’insuline et la fonction endothéliale, réduit l’hypertension et protège le tissu myocardique [11].

Etudes cliniques

Chez l’homme adulte sain, la tolérance au glucose après épreuve de charge, est améliorée lorsque les sujets ingèrent la charge de glucose en présence de thé vert (75 g de glucose plus 1,5 g de thé vert) [12]. Chez de jeunes sportifs recevant trois capsules d’extraits de thé vert (340 mg de catéchines), la réponse au test de charge en glucose est diminuée de 15 p. cent et la sensibilité à l’insuline augmentée de 13 p. cent [13].

Dans un autre essai récent étudiant l’effet de l’ingestion de catéchines du thé vert (456 mg/j) chez 66 patients de 32 à 73 ans en syndrome métabolique, après deux mois d’intervention, le HOMA, indice de mesure de la sensibilité à l’insuline, et l’HbAlC, hémoglobine glycosylée, sont significativement diminués [14].

Enfin, une étude japonaise de suivi au long cours de l’incidence du diabète de type 2 en fonction de la consommation de thé vert, montre que la consommation de thé vert diminue l’incidence du diabète de type 2 chez la femme de 34 p. cent pour une consommation de 2 tasses de thé par jour et de 53 p. cent pour celle de 6 tasses par jour ou plus [15]. Cette consommation correspond à un apport important de catéchines et souligne l’intérêt nutritionnel potentiel d’un thé riche en catéchines.

Catéchines du thé vert et thermogenèse

Dans ce domaine, des données et des résultats ont été obtenus chez l’homme lors d’études épidémiologiques ou d’intervention. En parallèle, la recherche fondamentale utilisant des modèles cellulaires et animaux a également progressé dans la connaissance des mécanismes qui sous-tendent les effets « Santé » des catéchines du thé vert [16].

Les propriétés thermogéniques du thé et sa capacité à augmenter les dépenses d’énergie et l’oxydation des graisses semblent dues non seulement à la présence de caféine mais surtout à celle des catéchines [17], comme le démontrait, dès 1999, l’étude de Dullo et coll [18]. Dans cette étude, de façon intéressante, l’augentation de la dépense énergétique correspond à une augmentation de l’oxydation des graisses.

Dans une autre étude, menée chez des sujets en surpoids, consommant quotidiennement un extrait de thé vert riche en catéchines (25 p. cent EGCG) pendant trois mois, le poids et le tour de taille sont également réduits. Le mécanisme de cet effet est dû à une augmentation de la thermogénèse et à une inhibition des lipases pancréatiques et gastriques [19]. Plus récemment, des équipes japonaises ont confirmé que la consommation d’un thé riche en catéchines (690 mg/jour) s’accompagnait d’une perte de poids et d’une réduction de la masse grasse [20, 21].

De plus, comme le montre l’étude réalisée chez des sujets modérément obèses ayant suivi un régime de perte de poids plus ou moins riche en caféine, la consommation de thé vert mais pas la caféine limite avec succès la reprise de poids pendant la phase de stabilisation [22].

La revue récente de Moon et coll. (2007) [23] rapporte les principales études supportant le rôle de l’épigallocatéchine gallate et ses mécanismes d’action dans la lutte contre l’obésité. Les mécanismes qui participeraient au contrôle de la répartition des graisses sont multiples : réduction de la différentiation et de la prolifération des adipocytes, baisse de la lipogenèse, diminution de l’absorption des graisses, augmentation de la sensibilité à l’insuline, et stimulation de l’oxydation des graisses.

Catéchines du thé vert, obésité abdominale et répartition des graisses

Plus que les graisses sous-cutanées, les graisses intraviscérales sont à l’origine d’un risque pour la Santé. L’accumulation des graisses viscérales et l’obésité abdominale contribuent à l’installation du syndrome métabolique [24] et s’accompagnent de triglycérides élevés, de cholestérol HDL abaissé, d’hypertension et d’une glycémie à jeun élevée [25]. La dysrégulation de la production des adipokines qui s’installe dans l’obésité abdominale entraîne, de plus, une réaction inflammatoire et un stress oxydant accrus [26].

L’obésité abdominale, et plus particulièrement l’obésité viscérale, jouent ainsi un rôle clef dans le risque de développer diabètes et maladies cardio-vasculaires [27]. L’adiposité viscérale est, par ailleurs, un facteur de risque indépendant d’athérosclérose [28] qui touche souvent les femmes post ménopausées [29].

Études expérimentales

Chez la souris [30] comme chez le rat [31, 32], l’ingestion de catéchines du thé vert réduit l’obésité viscérale et l’accumulation des graisses.

Études cliniques

Les études conduites chez l’homme confirment les travaux publiés chez l’animal. Plusieurs travaux s’accordent à rapporter qu’une diminution de la masse grasse intraviscérale serait associée à l’ingestion de catéchines du thé vert. Ainsi, l’ingestion, pendant trois mois, d’un thé riche en catéchines s’accompagne d’une perte de poids, d’une réduction du tour de taille (rapport taille/hanche diminué), d’une diminution de la masse grasse et d’une réduction de la graisse intraviscérale [33, 34].

L’effet des apports en catéchines sur la diminution de la graisse viscérale a été également récemment observé dans l’étude de la Shangai Medical School [35]. Dans cette étude, des sujets adultes (18-55 ans) sains ont ingéré respectivement, pendant 12 semaines, différents apports de catéchines (458 mg une fois par jour pour le groupe I ; 234 mg/ 2 fois par jour pour le groupe II; 443 mg/ 2 fois par jour pour le groupe III versus placebo). Le poids, la masse grasse, le pourcentage de graisse intra abdominale, et le tour de taille ont été mesurés à l’entrée dans l’étude puis après 4, 8 et 12 semaines de régimes.

Dans le groupe recevant deux fois par jour 443 mg de catéchines, on observe de façon très significative non seulement une réduction globale du poids, mais également celle du tour de taille, de la masse grasse et de la répartition des graisses intra-abdominales. Ainsi, les catéchines du thé vert, ingérées à doses élevées (entre 400 et 600 mg/j), modifient, la répartition des graisses et diminuent l’obésité abdominale.

En conclusion

Compte tenu de l’effet athérogène, diabétogène et pro-inflammatoire de l’accumulation de la graisse abdominale, l’effet bénéfique de la consommation de thé riche en catéchines passerait ainsi non seulement :
  • par l’amélioration de la sensibilité à l’insuline, la prévention du risque de syndrome métabolique et de diabètes,
  • l’augmentation de la dépense énergétique et de l’oxydation des graisses,
  • mais il se manifesterait également en réduisant l’obésité abdominale et intraviscérale.
Cet effet, qui doit être confirmé dans les populations occidentales, pourrait participer à une stratégie non seulement de contrôle global du poids mais aussi de lutte contre l’accumulation abdominale des graisses, facteur de risque cardiovasculaire.

Références

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(Professeur Anne-Marie Roussel, LBFA / INSERM U884, Université Joseph Fourier, Grenoble - Entretiens de Bichat Thérapeutiques, 8 septembre 2008)

SOURCE : Expansion Formation et Editions, 2008

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