Cancers : Mangez des fruits et légumes !

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L’étude SU.VI.MAX, étude épidémiologique menée en France durant huit ans sous la houlette du Pr Serge Hercberg, fournit des données encourageantes soutenant la consommation d’aliments riches en antioxydants pour la prévention des cancers. Des résultats que le chercheur vient de rappeler à l'occasion des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition, organisées par l'Institut Danone.

« Cancers : Mangez des fruits et légumes ! » - Crédit photo : aicr.convio.net Etablir un lien de cause à effet entre un apport bas en nutriments antioxydants et le risque de cancer ou de cardiopathie ischémique : tel était l'objectif principal de SU.VI.MAX, étude épidémiologique longitudinale avec un essai contrôlé (essai randomisé en double aveugle), ayant testé, sur des sujets présumés sains, l'impact d'un apport quotidien d’antioxydants à des doses nutritionnelles accessibles par l’alimentation (bêta-carotène : 6 mg, vitamine C : 120 mg, vitamine E : 30 mg, sélénium : 100 μg et zinc : 20 mg), sur l'incidence des cardiopathies ischémiques et des cancers, et sur la mortalité.

La cohorte SU.VI.MAX était composée de 13 017 sujets : 7 886 femmes âgées de 35 à 60 ans et 5 141 hommes de 45 à 60 ans. Ces sujets ont été randomisés (répartis aléatoirement) en deux groupes égaux : l'un a reçu l'association de vitamines et minéraux antioxydants à doses nutritionnelles (n = 6 481), l'autre, un placebo (n = 6 536). L'attribution du type de capsules ("vitamines et minéraux antioxydants" ou "placebo") a été fait, en double insu (sans que le participant, ni les équipes médicales qui le suivent, ne sachent à quel groupe il appartient), par tirage au sort individuel, stratifié sur le sexe, la classe d'âge, le tabagisme et le lieu de résidence. Les sujets ont été suivis pendant une durée moyenne de 7,5 ans.

Moins de bêta-carotène, plus de cancer chez les hommes

"Durant la période de suivi, 174 décès (103 hommes et 71 femmes) ont été enregistrés ; 271 sujets (50 femmes et 221 hommes) ont développé une cardiopathie ischémique et 562 (350 femmes et 212 hommes), un cancer, détaillait le Pr Serge Hercberg (INSERM U557, U1125 INRA, Université Paris 13 et Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne Bobigny), lors des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition, organisées par l'Institut Danone. Les cancers représentent la principale cause de décès (47 chez les femmes et 56 chez les hommes), tandis que 5 femmes et 28 hommes sont morts de maladies cardiovasculaires et 12 femmes et 12 hommes sont morts de cause violente ou d’accidents."

Chez les hommes du groupe placebo, les niveaux initiaux des taux sanguins de bêta-carotène ont été associés au risque de cancers : plus le niveau initial du bêta-carotène sanguin était bas, plus on retrouvait un risque élevé de développer un cancer. Néanmoins, cette relation n’est retrouvée que chez un nombre important d’hommes présentant des taux relativement bas ; elle n’est pas retrouvée chez les femmes dont les taux sanguins sont plus élevés, vraisemblablement du fait d'une consommation supérieure en fruits et légumes. Les niveaux sanguins de bêta-carotène sont corrélés positivement à la consommation de fruits et légumes (r = 0,20 ; p<0001), ce qui signifie que les petits consommateurs de fruits et légumes ont les niveaux sanguins de bêta-carotène les plus faibles et réciproquement.

31 % de cancers en moins chez les hommes ayant reçu les antioxydants

Un nombre de cancers significativement moins important a été observé dans le groupe des hommes qui ont reçu les antioxydants, à doses nutritionnelles, par rapport au groupe placebo : 124 hommes dans le groupe "placebo" ont développé un cancer contre 88 hommes dans le groupe "antioxydants". La différence entre les deux groupes est observée pour la plupart des types de cancers, principalement digestifs, ORL, respiratoires et de la peau. Le risque de développer un cancer (toutes localisations confondues) a ainsi été réduit de 31 % dans le groupe "antioxydants".

Cet effet n’a pas été retrouvé chez les femmes : 171 femmes dans le groupe "placebo" ont développé un cancer et 179 femmes dans le groupe "antioxydants" (pas de différence statistiquement significative). L’absence d’effet chez les femmes ne semble pas pouvoir s’expliquer par la répartition différente des cancers qui les affectent. Elle semble plutôt résulter de leur meilleur statut nutritionnel en ce qui concerne les antioxydants.

"L’étude SU.VI.MAX est, au niveau mondial, le premier essai randomisé à démontrer qu’un apport adéquat en vitamines et minéraux antioxydants peut réduire l’incidence des cancers et la mortalité dans une population occidentale, explique le Pr Serge Hercberg. Toutefois, cette réduction ne concerne que les hommes, chez qui l’on constate également des apports nutritionnels moyens plus faibles en antioxydants. Chez les femmes, dont le statut initial en antioxydants est meilleur que celui des hommes, l’intervention ne se traduit pas par un effet décelable."

Les conséquences en termes de santé publique

"Il y a en France, chaque année, environ 49 000 nouveaux cancers qui surviennent chez les hommes de 45 à 65 ans, poursuit le Pr Serge Hercberg. En extrapolant les résultats de notre étude, si l’on prend la diminution minimale du risque observé de 9 %, c’est donc au minimum 4 400 nouveaux cancers qui pourraient, chaque année, être évités dans cette tranche d’âge. Rapportés à la population générale des hommes (tous âges confondus), il y a chaque année 135 000 nouveaux cas par an, c’est donc au minimum 12 000 cancers chaque année qui pourraient être évités, si l’on prend le niveau minimal de diminution du risque de 9 %."

Manger des fruits et légumes, et attention aux suppléments !

L’analyse par site (lorsque la puissance statistique le permet) met en évidence que l’incidence des cancers cutanés est plus élevée dans le groupe des femmes supplémentées par rapport aux femmes du groupe placebo. Chez les hommes dont le taux de PSA (Prostata Specific Antigen) initial était normal, on retrouve une réduction significative du risque de cancer de la prostate dans le groupe ayant reçu la supplémentation. Par contre, chez les hommes dont le taux de PSA est 3 ng/mL, le risque est plus élevé.

L’utilisation d’une capsule, dans notre étude, répond uniquement à des impératifs méthodologiques (permettant de maîtriser le niveau des apports, de donner un placebo, de respecter une approche en double insu,...). Nos résultats ne justifient pas l’utilisation de suppléments sous forme de « pilules miracles », dont on peut penser (indépendamment du fait que l’on ne peut envisager de consommer toute sa vie quotidiennement des pilules) que l’effet est moindre que celui des sources alimentaires d’antioxydants, notamment des fruits et légumes, qui apportent d’autres éléments protecteurs.

D’autre part, la prise de suppléments pourrait avoir des effets indirects pervers en détournant les consommateurs des fruits et légumes, dont les apports sont vraisemblablement plus bénéfiques que l’effet retrouvé par les simples capsules. En outre, les calories apportées par les fruits et légumes permettent de réduire la consommation de produits sucrés ou gras, dont l’excès peut être délétère. Enfin, il faut garder à l’esprit que la prise de suppléments médicamenteux (surtout au long cours et à fortes doses), chez des sujets qui n’en ont pas obligatoirement besoin, pourrait avoir des effets négatifs, contraires à ceux attendus. Ceci a été retrouvé dans plusieurs études, portant notamment sur des populations à haut risque de cancers.

Les recommandations qui en découlent sont d’encourager la consommation de fruits et légumes, de satisfaire les besoins nutritionnels uniquement par l’alimentation et de ne pas recourir aux suppléments vitaminiques (en dehors de rares indications médicales) qui peuvent être réellement délétères.

A propos du du Pr Serge Hercberg

Le Pr Serge Hercberg est Professeur de nutrition à la Faculté de médecine de Paris 13, directeur de l’Unité de recherche en épidémiologie nutritionnelle (UREN), de l’Unité de surveillance en épidémiologie nutritionnelle (USEN) et du Centre de recherche en nutrition humaine (CRNH) Ile-de-France (GIS). Président du comité de pilotage du PNNS 2006-2010, il est également l'investigateur principal de l'étude NutriNet-Santé menée auprès d'internautes, visant à mieux évaluer les relations entre la nutrition et la santé, et à comprendre les déterminants des comportements alimentaires.

Auteur de plus de 300 publications scientifiques internationales et de nombreux ouvrages, le Pr Serge Hercberg est lauréat du Prix de Recherche 1997 de l’Institut Français pour la Nutrition et Docteur Honoris Causa de l’Université de Gembloux (Belgique).

(D'après la conférence « Antioxydants et cancers : résultats récents de l'étude SU.VI.MAX. » par le Pr Serge Hercberg - INSERM U557, U1125 INRA, Université Paris 13 et Département de Santé Publique, Hôpital Avicenne Bobigny)

SOURCE : XVIIIèmes Rencontres scientifiques de nutrition de l'Institut Danone

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