Cancer : le point sur les facteurs de risques et de protection reconnus

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Depuis près de 40 ans, de très nombreux travaux ont cherché à identifier et préciser le rôle de certains facteurs nutritionnels susceptibles d'intervenir comme facteurs de risque ou au contraire, de protection, dans le développement des cancers. Certaines relations sont aujourd'hui reconnues comme probables, voire convaincantes, et conduisent à des recommandations pour la prévention primaire des cancers [1]. Certains aliments les favorisent-ils ? Si oui, lesquels ? Existe-t-il au contraire des modes d'alimentation qui réduisent le risque de développer un cancer ? Le point sur les données scientifiquement documentées quant aux liens entre alimentation et risques de survenue de cancers avec le Pr Dominique Maraninchi, Président de l'INCa, Institut National du Cancer.

L'excès peut faire le risque

« Cancer : le point sur les facteurs de risques et de protection reconnus - Crédit photo : aicr.convio.net Parmi les facteurs nutritionnels aujourd'hui reconnus comme augmentant les risques de cancer, on retrouve les boissons alcoolisées, le sel et les aliments salés, les viandes rouges et charcuteries, ainsi que les compléments alimentaires à base de béta-carotène, dès lors que leurs consommations sont excessives. Le surpoids et l’obésité sont également des facteurs de risque de cancer. "La consommation d'alcool est associée à une augmentation du risque de cancer de la bouche, du pharynx, du larynx, de l'oesophage, du côlon-rectum, du sein et du foie", précise le Pr Dominique Maraninchi, Président de l'INCa, Institut National du Cancer. Le risque, significatif dès une consommation moyenne d'un verre d’alcool par jour, augmente avec la quantité globale d'alcool absorbée.

Le sel et les aliments salés augmenteraient quant à eux le risque de cancer de l'estomac, et les viandes rouges et charcuteries, celui de cancer colorectal. "En France, deux tiers des hommes et un quart des femmes ont des apports en sel supérieurs à 8 g par jour ; il est important d'inciter ces forts consommateurs à réduire leur consommation. En ce qui concerne les viandes rouges et la charcuterie, la majorité des citoyens respectent les recommandations. Néanmoins, plus d'un quart des adultes, et principalement des hommes, consomment plus de 500 g de viandes rouges par semaine et plus de 50 g de charcuterie par jour ; il convient d'inciter ces forts consommateurs à réduire leur consommation", indique le Pr Maraninchi.

Le surpoids et l'obésité sont aussi associés à un risque plus important de plusieurs cancers : oesophage, endomètre, rein, côlon-rectum, pancréas, sein (après la ménopause) et vésicule biliaire, alors que le surpoids touche environ un tiers de la population adulte en France et l’obésité 15 %. Concernant enfin les compléments alimentaires, les études montrent que, chez les sujets exposés à des agents cancérogènes (fumeurs par exemple), la consommation au long cours de compléments à base de bêta-carotène à doses supra-nutritionnelles (20 à 30 mg/jour, alors que les apports journaliers recommandés sont de 2,1 mg) augmente significativement le risque de cancer du poumon. "Sauf cas particuliers de déficience, et sous contrôle médical, la consommation de compléments alimentaires n'est donc pas conseillée. Il est conseillé de satisfaire les besoins nutritionnels par une alimentation équilibrée et diversifiée", recommande le Pr Dominique Maraninchi.

Facteurs de protection

A contrario, d'autres aliments et modes de vie diminueraient les risques de cancer. "La consommation de fruits et légumes réduirait les risques de cancer de la bouche, du pharynx, du larynx, de l'oesophage, de l'estomac et, pour les fruits seulement, du poumon", indique en premier lieu le spécialiste. Des progrès restent à faire en France pour optimiser ce facteur de protection : on estime que seuls 43 % de la population adulte consomment au moins cinq fruits et légumes par jour. L'activité physique est également associée à une diminution du risque de cancers du côlon, du sein (après la ménopause) et de l'endomètre. "Il est donc recommandé de limiter les activités sédentaires et, pour les adultes, de pratiquer, au moins cinq jours par semaine, au minimum 30 minutes d'activité physique d'intensité modérée, comme la marche rapide, ou de pratiquer, trois jours par semaine, 20 minutes d'activité physique d'intensité élevée, comme le jogging", rapporte le Pr Maraninchi.

Enfin, l'allaitement est aujourd'hui reconnu comme un facteur de protection face au cancer du sein chez la mère, avant et après la ménopause. La France est sur la bonne voie : le pourcentage de mères qui allaitent leur enfant à la sortie de la maternité est passé de 53 % en 1998 à 63 % en 2003. "Il reste encore inférieur à celui d'autres pays européens : plus de 90 % dans les pays nordiques et 75 % en Italie", souligne toutefois le spécialiste.

Recommandations pour la prévention primaire des cancers

Activité physique :
  • Limiter les activités sédentaires (ordinateur, télévision...).
  • Chez l’adulte, pratiquer au moins 5 jours par semaine au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée comparable à la marche rapide ou pratiquer 3 jours par semaine 20 minutes d’activité physique d’intensité élevée comparable au jogging.
  • Chez l’enfant et l’adolescent, pratiquer un minimum de 60 minutes par jour d’activité physique d’intensité modérée à élevée, sous forme de jeux, d’activités de la vie quotidienne ou de sport.

Fruits et légumes :

  • Consommer chaque jour au moins 5 fruits et légumes variés (quelle que soit la forme : crus, cuits, frais, en conserve ou surgelés) pour atteindre au minimum 400 g par jour.
  • Consommer aussi chaque jour d’autres aliments contenant des fibres tels que les aliments céréaliers peu transformés et les légumes secs.
  • Satisfaire les besoins nutritionnels par une alimentation équilibrée et diversifiée sans recourir aux compléments alimentaires.

Allaitement :

  • Pour le bénéfice de la mère et de l’enfant, allaiter son enfant.
  • Allaiter si possible de façon exclusive et idéalement jusqu’à l’âge de 6 mois.

Boissons alcoolisées :

  • La consommation d’alcool est déconseillée, quel que soit le type de boisson alcoolisée (vin, bière, spiritueux...).
  • Ne pas inciter les personnes abstinentes à une consommation d’alcool régulière, même modérée, car toute consommation d’alcool régulière est à risque.
  • En cas de consommation d’alcool, afin de réduire le risque de cancers, limiter la consommation autant que possible, tant en termes de quantités consommées que de fréquence de consommation.
  • En cas de difficulté, envisager un accompagnement et éventuellement une prise en charge.
  • Les enfants et les femmes enceintes ne doivent pas consommer de boissons alcoolisées.

Surpoids et obésité :

  • Maintenir un poids normal (IMC entre 18,5 et 25 kg/m2).
  • Pour prévenir le surpoids et l’obésité :
    • pratiquer au moins 5 jours par semaine au moins 30 minutes d’activité physique d’intensité modérée comparable à la marche rapide ou pratiquer 3 jours par semaine 20 minutes d’activité physique d’intensité élevée comparable au jogging, et limiter les activités sédentaires (ordinateur, télévision...) ;
    • consommer peu d’aliments à forte densité énergétique et privilégier les aliments à faible densité énergétique tels que les fruits et légumes.
  • Surveiller le poids de façon régulière (une fois par mois).
  • Pour les sujets présentant un surpoids (IMC > 25 kg/m2), une obésité (IMC > 30 kg/m2) ou une prise de poids rapide et importante à l’âge adulte, un accompagnement et éventuellement une prise en charge sont à envisager.

Viandes rouges et charcuteries :

  • Limiter la consommation de viandes rouges à moins de 500 g par semaine. Pour compléter les apports en protéines, il est conseillé d’alterner avec des viandes blanches, du poisson, des oeufs et des légumineuses.
  • Limiter la consommation de charcuteries, en particulier celle des charcuteries très grasses et/ou très salées.
  • En cas de consommation de charcuteries, afin de diminuer le risque de cancers, réduire autant que possible la taille des portions et la fréquence de consommation.

Sel et aliments salés :

  • Limiter la consommation de sel en réduisant la consom mation d’aliments transformés salés (charcuteries, fromages...) et l’ajout de sel pendant la cuisson ou dans l’assiette.

Compléments alimentaires à base de bêta-carotène :

  • Ne pas consommer de compléments alimentaires à base de bêta-carotène.
  • Sauf cas particuliers de déficiences et sous le contrôle d’un médecin, la consommation de compléments alimentaires n’est pas recommandée. Il est conseillé de satisfaire les besoins nutritionnels par une alimentation équilibrée et diversifiée sans recourir aux compléments alimentaires.

A propos du Pr Dominique Maraninchi

Président de l’Institut National du Cancer (INCa) depuis septembre 2006, le Pr Dominique Maraninchi était auparavant président du Conseil scientifique international de l’INCa. Coordonnateur du cancéropôle PACA de 2003 à 2006, ex-interne des Hôpitaux de Paris et professeur de cancérologie à la Faculté de Médecine de Marseille, Dominique Maraninchi a dirigé l’Institut Paoli-Calmettes (Marseille) de 1990 à 2006.

Ancien conseiller permanent d’orientation de la Mission interministérielle pour la lutte contre le cancer, il a été membre de nombreuses commissions du ministère de la Santé et fut notamment l’auteur du rapport sur la thérapie cellulaire en France, remis au ministre de la Santé en 1995. Il a également été président de la Fédération nationale des centres de lutte contre le cancer de 2002 à 2004.

Dominique Maraninchi est l’auteur et le co-auteur de 275 publications indexées depuis 1977.

[1] La brochure « Nutrition et prévention des cancers : des connaissances scientifiques aux recommandations », publiée par l'Institut National du Cancer (INCa), et destinée aux professionnels de santé, propose un état des lieux des connaissances et recommandations sur le sujet.

(D'après la conférence « Prévenir et guérir les cancers : de l'analyse des facteurs de risque aux recommandations » par le Pr Dominique Maraninchi, Président de l'INCa, Institut National du Cancer)

SOURCE : XVIIIèmes Rencontres scientifiques de nutrition de l'Institut Danone

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