Cancer et chimiothérapie : qualité de vie et alimentation

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Une enquête originale (*) sur l'alimentation de patient(e)s traité(e)s pour un cancer révèle que 84% des personnes interrogées revendiquent le plaisir de manger pour mieux accepter la maladie et les effets secondaires ou indésirables de leurs traitements.

La fréquence des troubles alimentaires comme les nausées, la perte de goût, la mauvaise perception des odeurs expliquent que 32% des malades redoutent le moment du repas et 70% d’entre eux ressentent une modification du goût des aliments.

L’enquête montre aussi que certains aliments sont plus recherchés par ces patients que d’autres, en particulier les produits laitiers, les potages et les soupes, ou encore les fruits, les féculents ou le poisson. A l’inverse le sel, les viandes rouges, la charcuterie ou la friture sont instinctivement rejetés.

Ce travail original a aussi été l’occasion d’offrir la parole à des patient(e)s et a pu démontrer que l’on pouvait influer favorablement sur ces effets secondaires :

  • Sur la perte d’appétit : « On a appris à reprendre goût à aller dans notre cuisine, à cuisiner sans odeurs …. On a appris à fractionner nos repas, à cuisiner des petites quantités très rapidement au micro-ondes parce qu’on est fatigué »… ; « On apprend à utiliser des herbes et des épices…. Dans la purée on rajoute des oeufs, du fromage rappé, de la crème pour enrichir l’alimentation… »
  • Sur les mauvais goûts en bouche : « Pour remanger de la viande, on nous a dit de mettre du fromage dedans, ça enlève le goût métallique… ».
  • Sur les problèmes de mastication et de déglutition: « Je suis allée vers les fromages blancs, les crèmes sucrées, c’est très onctueux, ça glisse tout seul et ça cale… ».
  • Sur les troubles de l’odorat : « Les odeurs nous écoeurent, c’est affreux. On nous a appris à cuisiner sans odeur, par exemple on enferme le poulet dans un petit sachet qu’on met au four…. On ne savait pas. Il n’y a pas d’odeur, c’est super ». Cette enquête, qui a révélé que 84% des personnes interrogées revendiquent le plaisir de manger pour mieux accepter la maladie et les effets secondaires ou indésirables des traitements, s’est concrétisée par la mise en place d’ateliers culinaires à LaSalle Beauvais. Dans ses ateliers ont été élaborés des recettes adaptées et validées par les patientes elles-mêmes.

Une enquête unique

L’enquête initiale de 2010 menée auprès de 160 patients traités pour un cancer a montré que 32% des malades redoutent le moment du repas, quand ils ne le trouvent pas insupportable (14%). Les malades désertent leur cuisine et l’alimentation de toute la cellule familiale en est profondément perturbée lorsque le malade est une femme.

Cette inquiétude est liée aux effets indésirables des traitements, qui modifient souvent les habitudes et comportements alimentaires :

  • 67% préfèrent des aliments mixés ou hachés plus faciles à mâcher et à avaler en raison d’une irritation buccale, d’une bouche desséchée ou de fatigue.
  • 65% des personnes ont une capacité gustative diminuée
  • 50% ont une diminution de l’appétit
  • 43% perçoivent un mauvais goût en bouche en lien avec le traitement, qui peut persister plusieurs semaines après l’arrêt de celui-ci. Il s’agit souvent d’un goût métallique qui détourne le patient de la viande rouge.
  • 39% ont plus soif qu’avant
  • 38% sont plus sensibles à la température des aliments
  • 35% ont une attirance plus marquée pour le sucré
Mais l’enquête montre aussi que certains aliments sont recherchés par ces patients, en particulier les produits laitiers. Les potages et soupes, ou encore les fruits, les féculents et le poisson sont également des produits vers lesquels les malades se tournent instinctivement. Au contraire, le sel, les viandes rouges, la charcuterie ou la friture sont rejetés.

Pour en comprendre les raisons, une enquête complémentaire a porté plus spécifiquement sur les comportements et motivations des patients vis-à-vis des produits laitiers, leur mode de consommation et leur utilisation en cuisine :

  • 72% des consommateurs de lait continuent à en consommer autant, sinon plus. Il est considéré comme une boisson « naturelle » mais surtout utilisé comme ingrédient culinaire.
  • 84,5% continuent à manger des yaourts (57,5%) autant ou plus (27%) qu’avant, se tournant préférentiellement vers des produits plus sucrés ou crémeux, au cours ou en dehors des repas.
  • 69% mangent autant (57%) ou plus (12%) de fromage qu’avant. La nature des fromages choisis évolue en lien avec les effets secondaires des traitements : les fromages frais et les fromages à pâte molle sont privilégiés ; les fromages à pâte dure sont plutôt utilisés dans les préparations culinaires.
  • 65% des consommateurs de beurre en consomment autant qu’avant ; le beurre est surtout utilisé et apprécié cru, sur des tartines, des légumes ou dans des plats. Il est peu utilisé en cuisine, tout comme l’huile, car les odeurs de friture dérangent et ont tendance à provoquer des nausées.
  • Quant à la crème, les habitudes de consommation ne sont globalement pas modifiées lors du traitement. Elle est surtout ajoutée dans les plats pour en augmenter la richesse et l’onctuosité.
Cette enquête spécifique a concerné 43 patients (25% d’hommes, 75% de femmes) traités pour un cancer (cancer du sein dans 60% des cas) depuis 2 ans en moyenne, d’âge moyen 56 ans.

Température, consistance et aspect constituent les 3 principaux critères de choix d’un aliment chez les patients traités pour un cancer. Dans ce contexte, les produits laitiers ont des spécificités intéressantes : ils peuvent être consommés « nature » ou dans des préparations pour lier des ingrédients et jouer avec les textures des plats que l’on peut manger chauds, tièdes ou froids en fonction des circonstances.

IIs peuvent aider aussi à enrichir l’alimentation en énergie et en protéines, ce qui est particulièrement apprécié des patients (qui contrairement à la population bien portante, ne se focalise pas que sur le calcium). Ainsi contribueront-ils au plaisir de manger que revendiquent 84% des personnes interrogées pour mieux accepter la maladie et les effets secondaires des traitements.

L'Institut LaSalle Beauvais et l'Hôpital de Beauvais ont mené une enquête sur les perceptions et comportements alimentaires de patients traités pour un cancer et mis en place des ateliers culinaires pour les aider à mieux gérer les effets indésirables de la chimiothérapie.

Le témoignage d’Agnès Garmigny, patiente

(*) Enquête réalisée par LaSalle Beauvais portant sur 160 patients de l’Hôpital de Beauvais traités pour un cancer, dont un volet réalisé sur 43 patients porte spécifiquement sur les comportements et motivations des patients vis-à-vis des produits laitiers, leur consommation et leur usage en cuisine.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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