Cancer du sein : le rôle de la nutrition

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Premier type de cancer chez la femme en France avec près de 11 000 décès par an, le cancer du sein comporte encore des zones d'ombres. En particulier, les facteurs alimentaires pouvant influer sur sa genèse, que ce soit par un effet protecteur ou au contraire par une augmentation du risque, demeurent mal connus, faute d'études scientifiques suffisamment étayées. Les XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition organisées par l'Institut Danone proposent donc un point sur le sujet, avec la présentation des résultats de l'étude E3N menée auprès de 100 000 femmes de la Mutuelle Générale de l'Education Nationale.

« Cancer du sein : le rôle de la nutrition » - Crédit photo : www.linternaute.com Avec près de 11 000 décès et 50 000 nouveaux cas par an en France (source : Institut de veille sanitaire, INVS, données 2005), le cancer du sein représente le premier type de cancer chez la femme dans l’hexagone et dans la plupart des pays industrialisés. Peu de facteurs alimentaires sont aujourd’hui associés de manière sûre au risque de cancer du sein, malgré l’abondance de la littérature, en partie du fait de la difficulté du recueil d’informations (questionnaires non validés, ou pauvres), de l’existence de biais potentiels dans la méthodologie (biais d’anamnèse [*] dans des études cas-témoins), ou dans leur analyse (mauvaise prise en compte de l’interaction entre un aliment et son apport énergétique, ou entre deux aliments), ou encore de la trop grande homogénéité des populations étudiées.

Une récente étude française, menée par l’équipe du Dr Françoise Clavel-Chapelon (Directrice de recherche Inserm, Institut Gustave Roussy, Villejuif), apporte toutefois des éléments de réponse sur les relations les plus discutées dans la littérature. Ces résultats sont présentés lors des XVIIIe Rencontres Scientifiques de Nutrition organisées par l’Institut Danone.

E3N : une étude sur 100 000 femmes françaises

E3N (Etude Epidémiologique auprès de femmes de la Mutuelle Générale de l’Education Nationale) est une cohorte de 100 000 femmes volontaires, nées entre 1925 et 1950 et suivies depuis 1990. Les principaux facteurs de risque étudiés concernent l’alimentation, les hormones, les facteurs reproductifs et leurs interactions. Les informations sont recueillies par auto-questionnaires et complétées par des données biologiques, obtenues à partir d’un prélèvement sanguin. Les questionnaires sont très détaillés : ils recueillent des données très sérieusement renseignées par les participantes, permettant de ce fait de renseigner les habitudes alimentaires qui, en France, ont une grande variabilité. Les participantes sont également interrogées sur l’évolution de leur état de santé, en particulier la survenue de cancer.

"A ce jour, près de 10 000 cas de cancer ont été enregistrés, la moitié environ étant des cancers du sein. S’agissant du cancer du sein, nous avons, à partir des données des questionnaires, analysé la relation avec la consommation de certains aliments ou boissons (viande, café, alcool) et de certains nutriments (lignanes, folates, carbohydrates), explique le Dr Françoise Clavel-Chapelon. A partir des données biologiques, nous avons étudié la teneur en acides gras des phospholipides du sérum. Plus globalement, nous avons étudié les typologies alimentaires. Nous avons également analysé le rôle du surpoids et de la dépense énergétique sur le risque de cancer du sein."

Les premiers résultats

Il ressort de cette étude que la consommation d’alcool augmente significativement le risque de cancer du sein invasif et ce, dès un verre d’alcool en plus par jour. Autre enseignement de l’étude : les lignanes (phyto-oestrogènes présents dans tous les aliments d’origine végétale, notamment la graine de lin, mais aussi les céréales complètes, les fruits, les légumes, le café, le thé, le vin), dont l’apport moyen des femmes françaises est de 1,1 mg/j, ne modifient pas le risque de cancer du sein pré-ménopausique. En revanche, ils réduisent de 17 % le risque de cancer du sein post-ménopausique.

Enfin, les résultats des chercheurs sont en accord avec ceux des études conduites dans les pays occidentaux concernant l’absence d’association entre les taux sanguins d’acides gras oméga-3 (dont les poissons gras représentent la principale source alimentaire) et le risque de cancer du sein. Si un effet protecteur des acides gras oméga-3 sur le risque de cancer du sein a clairement été montré dans les pays asiatiques, où la consommation de poissons est beaucoup plus importante qu’en Occident, cet effet protecteur n’est pas mesurable dans cette puissante étude française, probablement en raison d’une consommation trop faible de poissons.

"Nos travaux permettent, au-delà de l’amélioration des connaissances, d’envisager la mise en place de mesures de prévention adaptées à la population française, à partir de modèles permettant l’estimation des risques individuels de pathologie", conclut la chercheuse.

A propos du Dr Françoise Clavel-Chapelon

Epidémiologiste spécialiste des cancers (cancer du sein et cancers hormonaux dépendants, en particulier), Françoise Clavel-Chapelon a aussi développé une expertise largement reconnue sur les traitements hormonaux, les facteurs reproductifs et hormonaux, la nutrition et l’alcool (plus de 250 publications scientifiques référencées dans PubMed). Aujourd’hui directrice de l’ERI20 Inserm et de l’EA 4045 à l’université Paris XI, Françoise Clavel-Chapelon est aussi l’initiatrice de l’étude E3N, débutée en 1990 et devenue en 1993 la composante française de l’étude EPIC (European Prospective Investigation on Cancer and Nutrition), coordonnée par le Centre international de recherches sur le cancer (OMS, Lyon). Le Dr Françoise Clavel-Chapelon est par ailleurs membre de plusieurs expertises auprès de l’Inserm, de l’Afssaps et de l’Afssa, membre du groupe de recherche clinique de l’INCa sur le cancer du sein, membre du Steering Committee de l’European Prospective Investigation on Cancer et coresponsable du groupe de travail sur le cancer du sein.

[*] Erreurs lorsque ont été retracés les antécédents médicaux et l’historique de la maladie du patient.

(D’après la conférence « Cancer du sein et nutrition : résultats récents de la cohorte E3N » par le Dr Françoise Clavel-Chapelon, Directrice de recherche Inserm, Institut Gustave Roussy, Villejuif)

SOURCE : XVIIIèmes Rencontres scientifiques de nutrition de l’Institut Danone

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