Cancer de la prostate : ce qu’on sait vraiment du rôle de l’alimentation

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Cancer de la prostate : ce qu’on sait vraiment du rôle de l’alimentation

C’est le deuxième cancer dans le monde, et aussi la cinquième cause de décès par cancer. Depuis longtemps, on se demande si l’alimentation peut influer, en bien ou en mal, sur le risque de voir apparaître ou se développer un cancer de la prostate. Deux seules certitudes aujourd’hui. L’excès de poids peut être défavorable. Pour le reste, aucun aliment ou nutriment n’a un effet protecteur établi.

45000 nouveaux cas en France pour 2010, et dans la même année 11000 décès dus à ce cancer, dont les causes restent mal connues… On sait que les hormones masculines jouent un rôle essentiel, explique le Pr Stéphane Oudard (Hôpital européen Georges Pompidou, Paris), puisque les traitements anti-androgènes ont une efficacité contre la maladie à un stade avancé. On sait aussi que l’âge, l’ethnie (l’origine africaine notamment), les antécédents familiaux, la génétique font partie des facteurs de risque. Mais on n’en sait pas beaucoup plus.

Il n’y a pas d’aliments nettement « coupables »…

Comme souvent, l’alimentation a bon dos et on est tenté de chercher des coupables. En fait, comme en témoignent les conclusions du Fonds mondial de recherche contre le cancer (WCRF), reprise en France par l’Institut national du cancer (INCa), seule la surcharge pondérale est en relation établie avec le cancer de la prostate avancé.

Il n’empêche ! On a, par exemple, indique le Dr Jean-Michel Lecerf (Institut Pasteur de Lille), suspecté une consommation importante de viande rouge. Mis en cause le rôle du fer de la viande ou du mode de cuisson. On a aussi évoqué le poulet ou les oeufs. Les pesticides dans les fruits et légumes… Autant dire beaucoup d’aliments. Mais les études sont peu nombreuses et non concluantes.

Même constat pour les produits laitiers. D’après la synthèse du WCRF, les données ne sont pas assez convaincantes pour en tirer une conclusion ; de même que pour le calcium, qui avait été suspecté il y a quelques années.

D’où des expérimentations menées en laboratoire pour étudier la progression des tumeurs prostatiques chez des souris déjà atteintes par la maladie. Le lait seul n’a pas d’effet, confirme l’étude du Pr Gérard Friedlander (Université Paris Descartes). Si l’on augmente très fortement les apports de calcium sous forme de médicament chez ces animaux, les lésions progressent. Mais si l’on ajoute de la vitamine D, cet effet n’existe plus. Pour le Pr Friedlander, cette expérimentation suggère l’avantage d’un régime enrichi en vitamine D dans les cancers de la prostate déjà établis…

… Ni d’aliments nettement protecteurs !

Au total, les soupçons portant sur les aliments reposent sur un faible niveau de preuves. Il en est de même, à l’inverse, pour tout ce qui vise à attribuer des effets favorables à tel ou tel aliment ou nutriment. Le chou et les crucifères, le lycopène des tomates, le soja… Les quelques données obtenues en laboratoire ne sont pas solidement établies. On a pensé que le sélénium et la vitamine E étaient favorables, mais le niveau de preuve est insuffisant pour que l’on puisse se prononcer. Une seule preuve a été obtenue avec les micronutriments : contrairement à ce qui avait été suggéré, le bêta carotène n’a aucun effet protecteur. Et pour tout le reste des apports alimentaires, rien n’est concluant.

En France, résume le Dr Lecerf, l’INCa en a pris acte. Il classe les produits laitiers, consommés selon les recommandations du PNNS (3 par jour), parmi les aliments protecteurs (vis-à-vis du cancer colorectal). Pour ce qui est de la prostate, une alimentation variée et équilibrée et un poids dans les normes sont conseillés. Dans les cas de cancer avéré, quelques études suggèrent que l’excès de viande ou d’oeufs pourrait modifier l’évolution de la maladie dans un sens défavorable. Ou au contraire que le poisson et les crucifères pourraient être bénéfiques. Mais il est encore « beaucoup trop tôt pour émettre des conclusions »…

(« Alimentation et cancer de la prostate : démêler le vrai du faux ». Symposium CERIN du 9 décembre 2015 aux Journées francophones de nutrition SFN et SFNEP,Marseille, 9-11 décembre 2015)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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