Calcium, protéine et santé osseuse chez l'enfant et l'adulte

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La minéralisation osseuse, dont le rôle est primordial dans l'acquisition et la préservation du capital osseux, est influencée par de nombreux facteurs environnementaux comme l'activité physique, les apports nutritionnels en vitamines (D,K,A), en minéraux (calcium, phosphates, magnésium, ...), en protéines, etc. Parmi ces nutriments, le calcium est un élément minéral essentiel pour l'organisme.

Calcium et Santé osseuse « Calcium, protéine et santé osseuse chez l’enfant et l’adulte » - Crédit photo : etudiant.univ-mlv.fr Le calcium est l’élément clé pour l’édification du squelette, l’acquistion et le maintien du capital osseux tout au long de la vie : 99 % du calcium corporel est en effet contenu dans les os. A la naissance, le squelette contient 30 g de calcium ; il en contient près de 400 g au début de l’adolescence ; environ 1 kg à l’âge adulte.

De ce fait, les apports recommandés en calcium (ANC) suivent cette logique de construction osseuse : 500 mg/j entre 1 et 4 ans ; 700 mg/j entre 4 et 6 ans ; 900 mg/j entre 7 et 9 ans ; 1 200 mg/j entre 10 et 19 ans. Chez l’adulte, cet apport représente encore 900 mg/j et doit atteindre 1 200 mg/j chez les seniors, afin de compenser la perte de la masse minérale osseuse post-ménopausique et/ou liée à l’âge.

Optimiser le capital osseux doit être considéré comme un objectif majeur dans la prévention des altérations osseuses. Ces altérations sont la conséquence d’un défaut de minéralisation qui peut toucher :

  • soit le cartilage de croissance se traduisant par des signes de rachitismes (déformations des membres inférieurs, des côtes) ou d’ostéomalacie chez l’adulte,
  • soit la matrice osseuse s’exprimant par des fractures ou/et une diminution de la densité minérale osseuse appelée ostéopénie, voire d’ostéoporose selon le degré de sévérité.

Consommation calcique, qu’en est-il en France ?

Les études sur la consommation de calcium menées en France montrent qu’elle est globalement insuffisante (sauf chez les enfants en bas âge). On estime en effet que près de 50 % des adolescents (12-17 ans) et près de 60 % des femmes entre 55 et 74 ans consomment moins des deux tiers des apports recommandés !

Le calcium doit être apporté par l’alimentation. Les aliments les plus riches en calcium sont les produits laitiers : 30 g de gruyère apporte 200 mg de calcium ; 1 yaourt, 100 à 150 mg ; 1 bol de lait, 300 mg. La consommation de lait et de ses dérivés parait donc la solution optimale pour atteindre les ANC.

Or, parmi les enfants/adolescents ne couvrant pas les ANC, 50% d’entre eux sont des non et des petits consommateurs de produits laitiers (< 1,5 portion/jour, Etude Nationale Nutrition Santé 2006, CCAF 2007). Une autre étude effectuée chez des adolescentes Françaises a mis en évidence que la diminution de consommation d’un produit laitier comme le fromage n’était pas compensée par la consommation d’un autre dérivé du lait (lait, yaourt, fromage blanc) et affectait ainsi les apports calciques totaux.

La consommation de produits laitiers et notamment de fromages, bons pourvoyeurs en calcium, est donc à encourager.

Faut-il apporter une supplémentation en calcium ?

L’effet bénéfique d’une supplémentation sur la croissance et la minéralisation osseuse pendant l’enfance et l’adolescence a été démontré lorsque les apports spontanés sont inférieurs à 800 mg/j. Un gain de masse osseuse et de croissance en taille est obtenu au niveau des os longs si l’apport se fait avant la puberté, et un bénéfice au niveau de la minéralisation de l’os trabéculaire au niveau des vertèbres lombaires et de la hanche, si l’apport se fait après la puberté. Des études rétrospectives suggèrent que la densité minérale osseuse à l’âge adulte est corrélée aux apports calciques pendant l’enfance.

Ainsi, 2 études (Kalkwarf 2003, Teengarden 2004) ont montré une minéralisation osseuse plus faible de la hanche et du radius avec une consommation faible de lait lors de l’adolescence et 1 étude (Kalkwarf 2003) conclut que la non prise de lait pendant l’enfance augmente le risque de fractures non ostéoporotiques chez la femme de plus de 50 ans. En revanche, aucun impact osseux d’un défaut d’apport n’a été mis en évidence chez l’adulte sain. Mais chez la femme ménopausée et le sujet âgé, la perte osseuse peut être prévenue par une supplémentation calcique associée à de la vitamine D.

Concernant cette supplémentation, des études d’intervention suggèrent un impact supérieur sur la croissance et la minéralisation osseuse d’un apport calcique des produits laitiers, par rapport à un apport comparable de calcium sous forme de carbonate ou de citrate/malate.

Une des hypothèses avancée pour expliquer ce fait, serait que les bienfaits des produits laitiers sur la croissance ne s’arrêtent pas à l’apport de calcium.

Les produits laitiers : des bénéfices osseux au-delà du calcium

Le lait apporte d’autres nutriments bénéfiques à la croissance osseuse comme les protéines. Les protéines laitières semblent avoir un effet propre sur le capital osseux. Pendant la croissance, elles sont spécifiquement associées avec les marqueurs du métabolisme osseux (IGF-1) et à la densité minérale osseuse. Chez la personne âgée, il a été démontré que la consommation de protéines est associée à une augmentation du contenu minéral osseux et en conséquence une diminution du risque de fractures.

Les protéines d’origine laitière présentent un intérêt supérieur à celles d’origine végétale : leur teneur plus élevée en acides aminés indispensables, leur grande digestibilité en font des arguments de choix.

Les produits laitiers contiennent également d’autres éléments qui pourraient avoir un rôle non négligeable pour la santé osseuse : phosphates, magnésium, zinc, lactoferrine, vitamine K (dont les fromages sont particulièrement riches)... d’autres bénéfices à découvrir.

Les produits laitiers tiennent une place importante dans la santé osseuse: notamment par leur richesse en calcium et leur teneur en protéines. Les bénéfices indéniables démontrés sur l’acquisition et la prévention du capital osseux en font un aliment essentiel, tout particulièrement lorsque les besoins sont intenses, c’est à dire pendant la croissance et chez les femmes de plus de 55 ans et personnes âgées. Leur consommation, notamment celle de fromage, est donc à encourager d’autant que d’autres nutriments comme la vitamine K et la lactoferrine pourraient également favoriser la santé osseuse.

(Dr Laure Esterle, Hôpital Saint-Vincent de Paul - Paris)

SOURCE : Institut Fromages & Santé

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