Café et affections digestives : pas si coupable que cela !

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On a souvent associé le café et l'apparition de troubles digestifs. Or, de nombreuses études sur les effets du café sur le système digestif et ses troubles concluent à l'absence de relation avec affections digestives.

« Café et affections digestives: pas si coupable que cela ! » - Crédit photo : www.pmministries.com Les deux tiers des personnes souffrant de reflux gastro-oesophagien (RGO) voient dans le café un élément déclencheur. Ce fait n’est pas clairement établi. Certaines études ont suggéré que la consommation de café ordinaire favoriserait le reflux gastrique, alors que ce phénomène serait moindre lors de la consommation de café décaféiné. Cependant, l’élément causal ne semble pas être la caféine car lors de l’administration orale d’une solution de caféine, aucun effet significatif n’a été observé.

Une étude menée aux Pays-bas par Boekema et al. a montré que le café n’avait pas d’effet important chez les personnes souffrant de reflux et pas d’effet du tout chez les personnes saines. Le RGO serait surtout lié à un mode de vie malsain. Selon une étude norvégienne, le tabac serait en tête des éléments favorables au développement du reflux, suivi par une consommation excessive de sel.

Dans cette étude, une fois encore, aucun rapport n’a pu être établi entre le reflux et la consommation de café. Une autre étude réalisée par Zheng et al. et datant de 2007, a confirmé le rapport entre le mode de vie et l’apparition du reflux. La surcharge pondérale, la consommation de tabac et une activité professionnelle physiquement lourde constitueraient les principaux facteurs de développement d’un RGO. Le stress psychologique ainsi que les maladies psychiatriques interviendraient également mais dans une moindre mesure.

Dans cette étude, le café avait un impact plutôt positif chez les hommes et n’avait aucun impact chez les femmes non tabagiques et ne présentant pas de surcharge pondérale.

Dyspepsie : le café montré du doigt, et pourtant ...

Le café est considéré par beaucoup de personnes comme n’étant pas un aliment sain. Il leur est donc facile d’attribuer la cause de leurs maux au café. Plus d’un tiers des personnes souffrant de dyspepsie rapportent des douleurs après avoir consommé du café. Pourtant, aucune relation n’a pu être mise en évidence. La surcharge pondérale semble également jouer un rôle important. En effet, dans l’étude réalisée par Shirlow et al., lorsque les résultats étaient corrigés pour la surcharge pondérale, le rapport entre ingestion de caféine et dyspepsie disparaissait.

Les patients atteints de dyspepsie réagissent à de nombreux aliments et boissons, les symptômes peuvent donc être liés à une autre boisson que le café. Le psychisme de ces personnes est également un facteur non négligeable. Les patients présentant une psychopathologie, de la dépression ou des plaintes somatiques seraient davantage enclins à rechercher dans des prétextes imaginaires la cause de leurs problèmes. Par rapport à des individus sains,elles se souviendraient donc plus spécifiquement de leur consommation de café.

Quel impact sur l’estomac ?

Le café ne semble pas avoir un réel impact sur la bactérie Helicobacter pylori, responsable de la plupart des ulcères. La consommation de café, quel que soit son niveau, ne serait pas corrélée non plus avec le développement d’un ulcère de l’estomac, selon l’étude réalisée par Rosenstock et al. Par contre, une autre étude montre que c’est le sucre que l’on met dans son café et non le café lui-même, qui pourrait constituer un facteur de risque dans le développement d’un ulcère. La surcharge pondérale et la consommation excessive de thé représenteraient également des facteurs de risque.

Les consommateurs de café auraient également une perméabilité plus importante de la muqueuse gastrique. Ce phénomène ne serait cependant pas permanent, la muqueuse retrouvant son état initial lors de la suspension temporaire de la consommation de café. Enfin, l’effet du café sur le temps de vidange gastrique est, quant à lui, bien établi. Il serait cependant variable d’une personne à l’autre tantôt l’accélérant, tantôt le ralentissant. Une étude prospective réalisée par Aldoori et coll. montre qu’il n’existe aucun rapport entre la consommation de café ou de boissons à base de caféine et le développement d’un ulcère duodénal. Il est possible que la cause soit d’ordre psychologique et/ou émotionnel. Les personnes diminuent souvent leur consommation de café en cas d’ulcère duodénal mais aucune relation n’a été établie entre le fait de boire du café et les plaintes observées.

Un moteur pour le côlon ?

Le café pourrait avoir un effet stimulant sur la motilité colique. Dans une étude menée par Brown et ses associés, près d’un tiers des participants ont présenté une amélioration de leur transit intestinal suite à l’ingestion de café. Il s’avère que tant le café « normal » que le café décaféiné, augmenteraient la motilité colique des personnes présentant cet effet positif. Une autre étude menée par Rao et al. suggère qu’une tasse de café de 240 ml aurait le même effet sur la motilité du côlon que l’ingestion d’un repas de 1.000 kcal, un effet 60% supérieur à celui procuré par l’ingestion d’eau et 23% supérieur à celui du café décaféiné.

On a pensé que le café aurait également un rôle dans le syndrome du côlon irritable. Une méta-analyse réalisée par Dapoigny et al. montre que le café ordinaire, tout comme le décaféiné, stimulerait l’activité motrice du côlon et du rectum mais cela ne suffit pas à l’incriminer. Des études ont également été menées afin de voir si le café avait un quelconque impact sur les troubles du côlon spastique ou sur le développement d’ulcères du gros intestin. Ces relations n’ont cependant pas pu être établies.

Ce n’est pas le fruit défendu !

Comme tout autre composant d’une alimentation équilibrée, l’impact du café sur la santé varie avec la dose. Paracelse ne disait-il pas : « Tout est poison, rien n’est poison, seule la dose fait le poison » ? On constate, selon les études actuellement publiées, qu’une consommation raisonnable de café ne présente aucun effet délétère mesurable sur les facteurs influençant la santé. Au contraire, certains avantages pourraient être observés, au vu des études citées précédemment.

(" HEALTH & FOOD " n°90 - Septembre 2008)

SOURCE : Health and Food

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