Bisphénol A : confirmation de sa toxicité, en particulier chez les femmes enceintes

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Aboutissement de trois années de travail, l’Anses vient de publier les résultats de l’évaluation des risques sanitaires associés au bisphénol A. l’Anses met en évidence des situations à risques pour l’enfant à naître, liées à une exposition au bisphénol A pendant la grossesse et recommande la réduction de l’exposition par voie alimentaire et par manipulation de papiers thermiques.

Le bisphénol A est un composé chimique, fabriqué artificiellement, que l’on retrouve notamment dans certains emballages alimentaires et sur certains tickets de caisse. Il est en effet utilisé pour la fabrication de plastiques particuliers (polycarbonates) servant à la confection de bouteilles recyclables, de vaisselles, de conteneurs de stockage..., ainsi que de résines (résines époxy) servant de revêtement intérieur aux boites de conserves et aux cannettes. De ce fait, on peut actuellement le retrouver comme contaminant des denrées. Il est également utilisé pour d’autres usages, par exemple pour fabriquer le papier de certains tickets de caisse.

Interdit depuis le 1er janvier dernier pour les contenants alimentaires de denrées destinés aux enfants de moins de 3 ans, le bisphénol A le sera pour tous les contenants alimentaires à partir du 1er janvier 2015. Un décret est également en préparation pour rendre obligatoire l’étiquetage des contenants alimentaires fabriqué à partir de bisphénol A.

Le travail d'évaluation réalisé par l'anses a été réalisé dans le cadre d’une expertise collective, pluridisciplinaire et contradictoire, par un groupe de travail spécifiquement dédié aux perturbateurs endocriniens, avec l’appui de plusieurs collectifs d’experts de l’Agence. Il s’est basé sur une revue de toutes les études disponibles au plan international et sur le résultat de campagnes de mesure diligentées par l’Agence sur la présence de bisphénol A dans les différents milieux auxquels la population peut être exposée.

Ce travail est également accompagné de trois autres rapports : un état des lieux des alternatives potentielles au bisphénol A, une évaluation des dangers d’autres composés de la famille des bisphénols et un rapport sur les incertitudes entourant les perturbateurs endocriniens.

L’avis publié ce jour confirme les effets sanitaires du bisphénol A pointés par l’Agence en septembre 2011, en particulier pour la femme enceinte au regard des risques potentiels pour l’enfant à naître. Il prend en compte, pour la première fois, une estimation des expositions réelles de la population au bisphénol A par voie alimentaire, mais aussi par inhalation (via l’air ambiant) et par voie cutanée (au contact de produits de consommation).

L’alimentation contribue à plus de 80% de l’exposition de la population. Les principales sources d’exposition alimentaire sont les produits conditionnés en boîtes de conserve (*) qui représentent environ 50% de l’exposition alimentaire totale. L’Agence a également identifié l’eau distribuée en bonbonnes de polycarbonate comme une source conséquente d’exposition au bisphénol A. Les conclusions de l’évaluation des risques, réalisée sur la base des dangers identifiés à partir d’études conduites sur des animaux et de la caractérisation des expositions, montrent un risque potentiel pour l’enfant à naître des femmes enceintes exposées. Les effets identifiés portent sur une modification de la structure de la glande mammaire chez l’enfant à naître qui pourrait favoriser un développement tumoral ultérieur.

La mise en évidence de ces risques potentiels est néanmoins associée à un niveau de confiance qualifié de « modéré » par les experts au regard de l’état actuel des connaissances et des incertitudes. Par ailleurs, les travaux ont également conduit à identifier d’autres situations d’exposition, notamment liées à la manipulation de papiers thermiques (tickets de caisse, reçus de cartes bancaires, …), en particulier dans un cadre professionnel.

Les lacunes dans les connaissances relatives à d’autres populations sensibles, notamment les jeunes enfants, n’ont pas permis à l’Agence de mener à bien l’évaluation des risques pour ces populations.

Suite au précédent avis de l’Anses en septembre 2011, le Parlement a adopté en décembre 2012 une loi visant à la suspension de la fabrication, de l'importation, de l'exportation et de la mise sur le marché de tout conditionnement à vocation alimentaire contenant du bisphénol A. Cette nouvelle législation devrait conduire à une baisse très significative du niveau d’exposition au bisphénol A, dont il conviendra d’évaluer l’impact dans le temps et de s’assurer de l’innocuité des substituts mis en œuvre. En particulier, en l’absence de données scientifiques complémentaires, l’Agence n’encourage pas à utiliser d’autres bisphénols comme solution de substitution au bisphénol A.

L’Agence rappelle, par ailleurs, la pertinence des recommandations pour le consommateur émises dans ses avis précédents. Enfin, afin de lever les différentes incertitudes identifiées lors de ce travail, l’Agence formule également diverses recommandations pour améliorer l’état des connaissances : En matière de recherche, l’Anses recommande d’acquérir des données scientifiques nouvelles sur la toxicité du bisphénol A en particulier pour les populations les plus sensibles, et de mieux caractériser les expositions.

Au plan méthodologique, l’Agence recommande de revoir la pertinence de l’utilisation de valeurs toxicologiques de référence ou de dose journalière tolérable pour des substances pour lesquelles les périodes de vulnérabilité ne sont pas toujours connues, mais aussi d’intégrer de façon systématique une analyse interdisciplinaire des incertitudes dans la démarche d’évaluation des risques.

L’EFSA (l’autorité européenne de sécurité des aliments) a lancé une réévaluation complète des risques liés à l’exposition au bisphénol A, portant notamment sur l’exposition et les effets à faible dose du bisphénol A.

Pour en savoir plus, consulter :

(*) Sans distinction possible de la présence ou non d’un vernis susceptible de libérer du bisphénol A

SOURCE : Portail public de l'alimentation

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