Biodiversité : notre garde-manger s'appauvrit

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Selon l'Organisation des Nations unies pour l'alimentation et l'agriculture, l'essentiel de notre alimentation repose aujourd'hui sur 12 espèces végétales et 14 espèces animales. Moins d'espèces, moins de diversité génétique et moins de modes de production : quelque chose ne tourne vraiment pas rond dans l'assiette de l'humanité...

« Biodiversité : notre garde-manger s'appauvrit » - Crédit photo : www.bioconsomacteurs.org En effet, quatre plantes (le blé, le riz, le maïs et la pomme de terre) fournissent à elles seules 60 % des calories consommées par les humains, signe manifeste que la diversité du garde-manger planétaire s'appauvrit. En cette Année internationale de la biodiversité, l'AELIES, en collaboration avec la Faculté de sciences de l’agriculture et de l’alimentation, l’Institut EDS et Univert Laval, a jugé opportun de présenter, le 18 février, une table ronde pour faire le point sur l'érosion de la biodiversité alimentaire et ses répercussions sur la sécurité des approvisionnements.

François Belzile, professeur au Département de phytologie, a reconnu d'emblée le problème de la diminution du nombre d'espèces sur lesquelles repose notre alimentation. Les trois quarts de la diversité génétique des plantes cultivées ont été perdus au cours du dernier siècle et des centaines de races animales sont à risque d’extinction. Cette perte de diversité survient au sein même de certaines espèces cultivées, notamment la banane.

« Dans les années 1940, la variété Gros Michel était la plus cultivée au monde jusqu'à ce qu'une maladie fongique qui attaque les racines des bananiers la frappe durement. Elle a été remplacée par la variété Cavendish, qui occupe maintenant presque tout le marché, ce qui n'est pas sans risque ». Ce n'est toutefois pas le cas de toutes les plantes cultivées, a-t-il précisé. « Le maïs, par exemple, a conservé une grande diversité génétique. En fait, il y a plus de différence génétique entre les variétés de maïs qu'entre l'homme et le chimpanzé. Par contre, chez la plupart des plantes cultivées, les caractères d'intérêt agronomique ont une diversité génétique restreinte ».

L'agriculture se nourrit de biodiversité et elle la consomme comme une ressource non renouvelable, estime pour sa part Guy Debailleul, professeur au Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation. « L'agriculture est l'histoire de la domestication de la biodiversité, résume-t-il. C'est aussi 10 000 ans de progrès agricoles entremêlés de famine. À elle seule, la Chine aurait connu 1 900 famines au cours des deux derniers millénaires ». Aujourd'hui, plus d'un milliard de personnes ne mangent pas à leur faim sur la planète.

D'ici 2050, il faudra accroître la production agricole de 70 % pour parvenir à nourrir les 9 milliards de personnes qu'elle comptera alors. « Cette augmentation devra provenir d'une hausse des rendements parce qu'il n'y aura pas davantage de sols consacrés à l'agriculture », souligne le professeur Debailleul. Déjà, le modèle agricole des pays du Nord engendre d'importants impacts dans les pays du Sud où il est appliqué. Les modes de production traditionnels sont abandonnés et les cultures d'exportation font concurrence aux cultures vivrières, ce qui menace la sécurité alimentaire locale.

La production, dans les pays du Sud, de plantes servant à la production d'agrocarburants destinés aux pays du Nord constitue le nec plus ultra de ce détournement de terres, estime Charles-Eugène Bergeron, un militant membre du Conseil national de Développement et Paix. « Les biocarburants, ça fait joli, ça fait vert, mais ce n'est qu'une partie de l'histoire. On détourne des terres qui servaient à la production de nourriture pour les populations locales afin de satisfaire des besoins non alimentaires - nourrir nos autos - dans le Nord ». La solution, croit-il, réside dans la multifonctionnalité des systèmes paysans.

Il ne faut pas trop compter sur le droit international actuel pour redresser la situation. « Le droit à l'alimentation n'existe pas encore dans les textes internationaux, souligne Geneviève Parent, professeure à la Faculté de droit. On parle plutôt d'un droit à une nourriture suffisante. Il n'y a rien non plus pour protéger les modes de production agricole traditionnels ou différents. Des pays comme Haïti et l'Inde ont inclus le droit à l'alimentation dans leur constitution, mais encore faut-il être en mesure de faire respecter ce droit ».

(Par Jean Hamann - Journal de la communauté universitaire - Volume 45, numéro 23 - 04 mars 2010)

SOURCE : Université Laval

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