Bientôt la fin de la chasse au gras ?

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L’AFSSA crée l’événement. En rendant publics les nouveaux apports nutritionnels conseillés pour les lipides, les experts de l’Agence française de sécurité sanitaire des aliments soulignent l’intérêt d’un groupe de nutriments longtemps désigné comme facteurs de risque de maladies cardiovasculaires. Oui, il nous faut des corps gras, et des corps gras variés ! Explications.

« Bientôt la fin de la chasse au gras ? » A force de répéter que l’on mange trop gras, on finirait par oublier que les lipides participent au fonctionnement de l’organisme et à la prévention des maladies. Sur la base des connaissances acquises depuis 2001 (date des précédentes recommandations), l’AFSSA redéfinit aujourd’hui les « apports adéquats » en corps gras, nécessaires aux besoins physiologiques et au maintien de la santé.

Ces apports peuvent aller jusqu’à 40 % des apports énergétiques. Et il n’y a aucun bénéfice à descendre en dessous de 35 % ! Pour le Pr Philippe Legrand (INRA, Rennes), qui a présidé le groupe de travail de l’AFSSA, c’est l’excès d’apports énergétiques, plus que l’excès de corps gras, qui est la principale source de pathologie. L’expérience montre que la diminution de la consommation de lipides est compensée par l’augmentation de la consommation de glucides. Et tout excès de sucre se transforme en graisse... Les Américains mangent moins gras que les Français et pourtant leur taux d’obésité et de maladies cardiovasculaires est supérieur ! La priorité des priorités reste l’équilibre entre les apports et les dépenses énergétiques.

Les nouveaux ANC soulignent aussi la grande variété des acides gras. La division entre poly-insaturés, mono-insaturés et saturés ne rend pas compte de la diversité de leurs fonctions. Parmi les acides gras indispensables (ceux que ne fabrique pas l’organisme), les oméga 6 devraient représenter 4 % des apports énergétiques totaux et les oméga 3 représenter 1 %. Les apports d’oméga 6 sont souvent trop importants par rapport à ceux d’oméga 3 (huiles de colza et de noix). Il faut aussi faire place aux acides gras oméga 3 à longue chaîne comme le DHA (250 mg/j sont utiles au développement et au fonctionnement cérébral) et l’EPA (250 mg/j sont utiles à la prévention des maladies cardiovasculaires). D’où l’intérêt de manger du poisson deux fois par semaine, dont une fois au moins du poisson gras, source presque exclusive de DHA et EPA.

Quant aux apports d’acides gras saturés alors qu’ils étaient limités à 8 % de l’apport énergétique total, ils peuvent aujourd’hui atteindre 12 %. Et sont donc loin d’être exclus de l’alimentation. Encore faut-il les distinguer. Les apports d’acide laurique, myristique et palmitique (huile de palme utilisée dans de nombreux produits manufacturés) ne devraient pas dépasser 8 % : l’excès - et lui seul - peut entraîner un risque. Mais certains acides gras saturés (notamment à chaîne courte ou moyenne que l’on trouve dans le beurre et le fromage) ont de leur côté des effets bénéfiques. Une revue récente des principales études montre d’ailleurs que le lien entre « saturés » et maladies cardiovasculaires est loin d’être établi...

Le message final des experts est « ni trop ni trop peu ». La variété des acides gras de l’alimentation est un atout nutritionnel. Leurs effets bénéfiques passent par la diversification des sources (animales et végétales), qui garantit l’équilibre entre les différents acides gras. Beurre, huile et poissons gras ont toute leur place dans notre alimentation.

(AFSSA, présentation du 16 mars 2010. - MEDEC 2010. Session d’actualité en nutrition : les nouvelles recommandations françaises pour les lipides.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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