Bien vieillir : nutrition, cholestérol et santé

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Combien d'études, combien de conférences, combien de combats faudra-t-il mener pour que demain, enfin, chacun soit informé de l'importance de nos apports alimentaires dans la prévention des maladies cardio-vasculaires, des maladies inflammatoires, des maladies auto-immunes et du cancer ? On sent depuis quelques années un net regain d'intérêt pour la nutrition préventive et à raison. Cette méthode dérange par sa simplicité, car elle montre du doigt en dehors des dogmes, les bases de notre existence : « nous sommes ce que nous mangeons ».

« Bien vieillir : nutrition, cholestérol et santé » - Crédit photo : www.sofmmaa.org En France, la cause de décès de 45 ans à 64 ans est principalement le cancer (plus de 50% chez la femme). Après 65 ans, la principale cause de mortalité est cardio-vasculaire, sauf depuis cette année ou nous récoltons les fruits de notre laxité sur notre environnement, le cancer est devenu la première cause de mortalité et les statistiques demeurent très pessimistes car plus d’une personne sur deux décédera d’un cancer dans les prochaines années.

Il a fallu attendre seulement 1970 (étude de Ancel key) pour qu’enfin une première observation des habitudes alimentaires démontre le rôle essentiel de la qualité de nos nutriments sur notre santé. En 1980, les premiers résultats publiés de cette étude d’observation épidémiologique, sur les comportements alimentaires ( dit étude des sept pays : la Yougoslavie, l’Italie, la Grèce, la Finlande, les Pays-Bas, les États-Unis et le Japon) montre un gradient de mortalité coronarienne plus élevé dans les pays nordiques, en Finlande et en Hollande ainsi que dans les pays à forte industrialisation (Etats-Unis), et moyennement élevé dans les pays méditerranéens (Italie), d’autant plus si les pays méditerranéens sont éloignés du mode occidental alimentaire : Yougoslavie et Crète.

Le Japon montre également une mortalité cardiovasculaire basse ; ce pays n’a pas une alimentation de type méditerranéenne, mais c’est le pays qui consomme le plus faible taux de graisses saturées par jour. Parmi toutes ces constations, la Crète sort aisément du lot avec une mortalité coronarienne très basse et une mortalité toutes causes confondues deux fois moins importantes que dans les pays industrialisés. Cette étude montre sensiblement les mêmes résultats que les études fournies par l’OMS en 1987.

Le cholestérol est-il aussi important qu’on le dit ?

En 1986 aux Etats-Unis, l’étude MRFIT montre une mortalité coronarienne, ainsi qu’une mortalité globale, très augmentées quand le taux de cholestérol est élevé. Aussitôt, les laboratoires pharmaceutiques, relayés par les médias, insistent sur l’importance du taux de cholestérol dans le sang, en oubliant pendant 30 ans le rôle des triglycérides (les autres graisses importantes dans le sang). Pourtant les crétois qui ont le même taux moyen de cholestérol que les autres pays méditerranéens, ont 15 fois moins de mortalité cardio-vasculaire.

En fait, pour un même taux de cholestérol, c’est la qualité des acides gras consommés, le facteur essentiel, qui influence la mortalité cardio-vasculaire. Deux faits viennent encore atténuer le rôle du cholestérol :

  • la Finlande a la plus forte mortalité, la crête a la plus faible mortalité, pourtant le cholestérol sérique est devenu pratiquement identique.
  • le taux moyen de cholestérol à Toulouse est identique aux taux moyens de cholestérol de la population Finlandaise, pourtant la mortalité coronarienne, est 5 fois plus élevée pour les finlandais.

Le cholestérol n’est donc pas le seul facteur de risque. On a sous estimé depuis longtemps l’importance des graisses alimentaires notamment les acides gras et pour cause, quand on parle de graisses alimentaires, on parle d’alimentation et il est évident que si des notions « miraculeuses » de prévention de notre santé était avérées et mises à jour, cela engendrerait un « catastrophisme » industriel pour certains lobbing pharmaceutiques; la première dépense de santé est aujourd’hui le traitement par les statines du cholestérol... !

Actuellement, parmi les 22 pays les plus industrialisés au monde, seule la mortalité coronarienne de la Grèce augmente :

  • la consommation de beurre y a doublé en 10 ans.
  • la consommation des produits laitiers y a augmenté de plus de 20%.

Une certitude : les études épidémiologiques démontrent bien que le cholestérol est un élément complémentaire de la maladie cardio-vasculaire mais que la qualité et la quantité des acides gras est plus étroitement liées aux événements pathologiques cardiovasculaires. « Le miracle crétois ». Certains disent qu’il est lié à l’environnement, aux modes de vie et à l’hérédité.

Quand on regarde la courbe de migration des japonais, quand ceux-ci se déplacent à Hawaï, la mortalité coronarienne augmente de 70 % et de plus de 100 % quand ceux-ci se déplacent en Californie. La quantité d’acides gras saturés consommée est quadruple quand il passe aux Etats Unis.

Les études d’intervention nutritionnelle :

Le miracle Crétois et l’étude révélatrice. Après 15 ans de suivi, la mortalité coronarienne, cancer et toutes causes confondues, est de loin une des meilleures au monde (presque 3 fois mieux, avec environ 2 fois moins de cancers). Partant de cette constatation, une étude lyonnaise, en 1986, compare deux groupes de personnes ayant déjà fait un infarctus (crise cardiaque). Le premier groupe suit le régime prudent des cardiologues américains (American Heart Association). Le second groupe suit un régime et utilise une margarine spéciale (à base de d’huile de colza). Le régime donné pour cette étude est basé sur l’alimentation crétoise.

En regardant l’alimentation des crétois, on constate :

  • qu’il n’y a pas d’élevages bovins en Crète
  • qu’on y mange beaucoup de salade de pourpier, épinards, chou, noix (riches en acides gras insaturés).

D’autre part en comparant le sang des hollandais (à forte mortalité) et des crétois, on s’aperçoit que celui des crétois possède un taux de certains acides gras insaturés bien supérieur. Il est donc décidé de donner pour l’étude une margarine proche de l’huile d’olive, enrichie en ces acides gras insaturés, pour remplacer beurre et huiles.

Les principes alimentaires suivants sont donnés :

  • Utiliser plutôt du lait écrémé
  • Manger des fromages de chèvre et de brebis
  • Prendre les yaourts et fromages blancs pauvres en matières grasses
  • Manger davantage de pain et de céréales
  • Manger plus de légumes et de fruits
  • Un seul repas de viande ou de poisson par jour
  • Oter la graisse visible de la viande
  • Manger du poisson 2 fois par semaine
  • Manger 3 à 4 oeufs par semaine.

En fait, la margarine expérimentale donnée possède une composition en acide gras proche de l’huile de colza. Aujourd’hui, on préconise donc d’employer les deux huiles : colza et olive (premières pressions à froid). Début de l’étude en 1988. Lors de la première réunion du comité scientifique en mai 1991, les résultats dont déjà exceptionnels. En 1993. Elle montre une baisse de 70 % à 80 % des événements cardiovasculaires chez les personnes respectant le régime. L’étude est alors arrêtée pour des raisons d’éthique.

Le plus spectaculaire est que la protection est observée dans le groupe expérimentale à partir du 2ème mois. Cette étude venait confirmer une des premières impressions données par l’étude DART qui montrait qu’une consommation de 2 poissons gras par semaine diminuait de 30 % la mortalité totale.

2 autres études récentes notamment :

  • la « GISSI-PREVENZIONE » a montré qu’avec seulement 1 g par jour de EPA DHA ( omega 3 d’origine animale) une diminution de 30 % de la mortalité cardiovasculaire et des événements cardio vasculaires, résultats équivalent à toutes les études d’interventions concernant les statines.

  • l’étude indo-méditerranéenne qui montre des résultats statistiquement bien supérieurs à toutes les études d’intervention médicamenteuse sur la mortalité cardiovasculaire et totale.

Pour de plus amples informations sur ce sujet, consulter « Dites à votre médecin que le cholestérol est innocent il vous soignera sans médicament » et « Cholestérol, mensonges et propagande » de Michel de Lorgeril, cardiologue et chercheur au département des sciences de la vie du CNRS et à la Faculté de Médecine de Grenoble.<? $isbn=1; ?>

(Docteur Charles VITELLO, Médecin MMAA, Président d’Honneur SoFMMAA, Saint Etienne - IIème Congrès National de Médecine Morphologique et Anti-âge, Paris, 16-18 octobre 2008.)

SOURCE : Société Française de Médecine Morphologique et Anti-Age

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