Bien connaître le contenu en gras des aliments n'est pas garant de bonnes habitudes alimentaires

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Une étude comparative entre la France, les États-Unis et le Québec touchant les connaissances sur les gras alimentaires arrive à une étonnante conclusion. C'est aux États-Unis que les citoyens sont les mieux informés sur le sujet, mais c'est aussi là que le taux d'obésité est le plus élevé. À l'inverse, les Français, qui affichent un taux national d'obésité presque trois fois plus bas que les Américains, sont les moins instruits à ce sujet. Ces résultats ont de quoi alimenter un nouveau paradoxe nutritionnel français, mais ils soulèvent aussi de sérieuses questions sur la pertinence de tabler sur l'information nutritionnelle pour favoriser l'adoption de bons comportements alimentaires.

Maurice Doyon, du Département d'économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l'Université Laval, et ses collègues Laure Saulais, Bernard Ruffieux (France) et Harry Kaiser (États-Unis) ont soumis plus de 300 consommateurs français, québécois et américains, interceptés à la sortie d'épiceries, à un questionnaire visant à évaluer leurs connaissances sur les gras alimentaires. Les questions portaient sur l'abondance et le type de gras contenus dans divers aliments et sur les recommandations nutritionnelles touchant ces gras. À noter que, pour chaque question, les participants pouvaient choisir la réponse « je ne sais pas » plutôt que de donner une réponse au hasard.

Premier constat, les Français ont avoué ne pas savoir la réponse à 43 % des questions, alors que ce taux s'établissait à 13 % au Québec et à 4 % aux États-Unis, rapportent les chercheurs dans l'article qu'ils signent sur le sujet dans le British Food Journal. Ainsi, 55 % des répondants français disaient ignorer le pourcentage de gras contenu dans le lait entier, contre seulement 5 % au Québec et 4 % aux États-Unis. La même tendance a été observée pour le contenu en gras du beurre, de la margarine et des huiles végétales. Second constat, lorsque les participants tentaient une réponse, le taux de bonnes réponses était le plus élevé chez les Américains, suivi des Québécois puis des Français. Enfin, 6 % des Québécois, 9 % des Américains et 17 % des Français ignoraient dans quel sens allaient les recommandations touchant la consommation de gras saturés et insaturés dans une diète santé.

« L'écart entre les connaissances des répondants des trois pays s'explique essentiellement par le fait que les Français ne se soucient pas des nutriments contenus dans les aliments qu'ils consomment, estime Maurice Doyon. Ces informations figurent sur les emballages, mais ils ne les lisent pas. »

Le niveau de connaissances nutritionnelles contraste avec les taux d'obésité observés en France (12 %), au Canada (23 %) et aux États-Unis (35 %) et suggère qu'une stratégie d'information nutritionnelle qui repose sur le contenu en nutriments des aliments ne garantit pas l'adoption de comportements alimentaires sains.

« Il se peut que les Américains soient davantage exposés aux messages nutritionnels en raison de la prévalence de l'obésité dans leur pays, reconnaît le chercheur. On leur présente une information décortiquée des aliments. Cette approche, qui conduit les consommateurs à considérer les aliments en fonction de leur contenu en gras, en glucides et en calories, risque de leur faire perdre de vue le portrait d'ensemble. Il faudrait peut-être recentrer l'information sur ce qu'est un repas sain, complet et équilibré. »

(Par Jean Hamann - Le journal de la communauté universitaire - Volume 47 - numéro 26 - 29 mars 2012)

SOURCE : Université Laval

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