Avec la crise, va-t-on manger moins… mais mieux ?

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C’est le Crédoc (1) qui l’annonce : en marge de la crise économique, voici venir les temps de la frugalité. Autrement dit, une diminution de la consommation. Pour ce qui est de l’alimentation, deux réalités se conjuguent : une contrainte économique réelle, liée à la diminution du pouvoir d’achat, et de plus en plus un souci écologique de préservation des ressources. Pour certains, la frugalité est sans doute un libre choix, pour d’autres une dure nécessité. Pour d’autres encore, un mélange des deux…

Au-delà des achats « malins », des promos, des comparatifs de prix, une nouvelle attitude est en train d’apparaître si l’on en croit le Crédoc : apprendre à se satisfaire de peu. Plus d’un Français sur trois (37 %) vit aujourd’hui la consommation avant tout comme une pure nécessité. En 2000, c’était un Français sur quatre (27 %).

Pour ce qui est de l’alimentation, les consommateurs se détournent du superflu : 19 % déclarent acheter moins souvent des produits alimentaires peu nécessaires et 16 % rognent sur les quantités. Et 35 % pensent qu’ils diminueront leur consommation de viande dans les deux prochaines années. Les femmes plus que les hommes (41 % contre 28 %). La moitié des plus de 65 ans (51 %) l’envisagent aussi, et 42 % dans la tranche d’âge des 55-64 ans. La moitié aussi (48 %) des plus modestes (ceux qui ont des revenus inférieurs à 750 €/mois) et 38 % de ceux qui gagnent entre 750 et 1200 € mensuels…

48 % des consommateurs contraints à la frugalité

Au total, près de la moitié des consommateurs (48 %) adoptent aujourd’hui des comportements de frugalité contrainte :

  • 14 % sont fortement contraints : ce sont les victimes de la crise. Ils diminuent les dépenses de base et recherchent les premiers prix. Ce sont souvent les personnes à bas revenus.
  • 22 % sont des économes. Ils comparent les prix, achètent à moindre coût, profitent des offres exceptionnelles (promos, rabais, coupons…). On les trouve surtout dans la tranche d’âge des 35-44 ans.
  • 12 % sont des stratèges. Ils multiplient les astuces à la recherche des bonnes affaires. Sollicitent Internet et les premiers prix… Ce sont souvent les plus jeunes (18- 35 ans).

14 % de frugaux militants

Il faut ajouter à ces adeptes de la frugalité 14 % de consommateurs engagés. Ce sont des frugaux par choix. Ils n’ont pas de problèmes d’argent, mais militent pour la naturalité, la simplicité, et la durabilité. Pour l’alimentation, ils privilégient les produits locaux ou équitables, sans additifs, font eux-mêmes la cuisine, etc. Ils réduisent l’utilisation de la voiture, privilégient les transports en commun et la marche : 34 % d’entre eux ont augmenté leur temps de marche à pied depuis 6 mois.

18 % d’habitués au strict nécessaire

A côté de ces 4 catégories de frugaux, par choix ou contrainte, on trouve encore 18 % de « basiques », selon la terminologie du Crédoc : ils ont en tous temps une consommation minimaliste, n’achètent que le strict nécessaire, n’ont pas besoin de faire plus de dépenses et donc ne se posent pas de questions sur la crise. Ce sont surtout des plus de 65 ans, des retraités et des personnes sans enfant.

Et 20 % qui vivent sans restriction

Enfin, il reste encore 20 % de personnes aisées, qui ne cherchent pas à faire des économies et n’adoptent pas de nouvelles stratégies de consommation. Ils sont plutôt satisfaits de ce qu’ils ont et vivent sans restrictions particulières. On trouve dans cette catégorie des personnes financièrement aisées ou à hauts revenus, des couples avec ou sans enfants…

Pour 6 Français sur 10, l’alimentation coûte trop cher

D’après le Sofinscope (2) :

  • 61 % estiment le coût de l’alimentation trop élevé ;
  • 78 % mentionnent le prix comme premier critère de choix des achats alimentaires ;
  • 98 % auraient modifié leur comportement pour diminuer leur budget alimentation ;
  • 87 % disent cuisiner les restes ;
  • 85 % comparent les prix des produits ;
  • 66 % préfèrent les marques distributeurs aux grandes marques ;
  • 81 % utilisent régulièrement des coupons de réduction ;
  • 75 % limitent leurs sorties au restaurant (56 % dans les foyers dont les revenus sont supérieurs à 3500 € mensuels).

La consommation fera-t-elle encore le bonheur ?

Il n’empêche : la tendance est aux restrictions et au strict nécessaire. D’après les chercheurs du Crédoc, l’idée même du bonheur évolue et devient moins consumériste. Plus que la réussite sociale et professionnelle, c’est le temps libre (temps à soi, loisirs, vacances) et la recherche de la sociabilité (enfants, famille, amis, amours) qui prennent le pas. La valeur travail tient bon, mais on préfère réussir sa vie plutôt que réussir. Appliquons cette tendance à l’alimentation : l’hypothèse optimiste serait que l’on finisse par manger moins… mais mieux !

(1) Centre de recherche pour l’étude et l’observation des conditions de vie. Siounandan N, et al. Consommation et modes de vie n° 266. Avril 2014

(2) *« Le Sofinscope – Baromètre Opinion Way pour SOFINCO ». Enquête réalisée auprès d’un échantillon de 1002 adultes de plus de 18 ans.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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