Association entre la maladie de Crohn et le niveau de consommation de fruits et légumes

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La maladie de Crohn (MdC) est une maladie chronique récidivante, provoquée par l'inflammation du tube digestif. D'étiologie inconnue, elle serait la résultante d'interactions complexes entre des facteurs génétiques, environnementaux et immunologiques. Les résultats de deux études tendent à suggérer que la consommation de fruits et légumes protégerait contre des maladies chroniques comme la MdC.

« Association entre la maladie de Crohn et le niveau de consommation de fruits et légumes » - Crédit photo : naturalwish.tripod.com Une prédisposition génétique est bien démontrée et de nombreux gènes associés à cette maladie ont été identifiés.

L’identification de facteurs potentiels environnementaux, comme l’alimentation, a été plus difficile et a connu moins de succès. Malgré d’importantes recherches menées depuis 30 ans, les preuves de liens entre les aliments/nutriments et la MdC restent controversées. Compte tenu de la rareté relative de cette maladie, ces associations ont été évaluées le plus souvent par des études cas-contrôle. Or, appliquer cette méthode dans la MdC est un véritable défi à cause des délais importants entre l’apparition et le diagnostic de la maladie. En outre, il est probable que les patients modifient leur alimentation après l’apparition de la maladie, d’où la difficulté de déterminer si les informations nutritionnelles recueillies proviennent de la période « pré- » ou « post-maladie ».

Il n’est donc pas surprenant que la mise en évidence d’associations entre certains composants alimentaires (comme les légumes, les fruits, les matières grasses) et la MdC soit inconstante.

Un plus grand risque avec une moindre consommation de fruits et légumes

Le risque de développer une MdC augmente progressivement chez les enfants. Au Canada, l’incidence infantile est de 8,3/105, un chiffre proche de l’incidence chez les adultes (13,4/105) [1]. Les enfants touchés par la MdC durant l’adolescence posent un problème de santé publique car la maladie perturbe leur croissance. En nous basant sur l’hypothèse que les enfants Canadiens ne consomment pas les quantités recommandées de fruits et légumes [2,3], nous avons examiné si ces déséquilibres pourraient prédisposer à la MdC. Pour ce faire, nous avons examiné [4] l’association entre l’alimentation durant les 12 mois précédant le diagnostic et la maladie de Crohn.

Nous avons utilisé la méthode cas-contrôle, en incluant les nouveaux cas diagnostiqués et en excluant les patients signalant un changement d’alimentation avant le diagnostic de la maladie. Nous avons ensuite étudié leur alimentation au cours du mois précédant le diagnostic. Leur consommation alimentaire a été évaluée grâce à un questionnaire de fréquence de prise d’aliments, spécifiquement validé chez les enfants. Après contrôle des possibles variables confondantes, nous avons observé que la consommation de fruits et légumes en grande quantité était associée à un plus faible risque de MdC. Une relation dose-réponse a été mise en évidence, indiquant une tendance à un plus grand risque avec une moindre consommation.

Deux types d’habitudes alimentaires chez les garçons et les filles :

Il y a des avantages et des inconvénients à évaluer des associations entre des aliments et/ou des nutriments spécifiques et un risque de maladie. D’un coté, les composants alimentaires ayant un éventuel effet protecteur ou aggravant peuvent être déterminés. Cependant, évaluer les habitudes alimentaires serait plus approprié car les personnes ont tendance à combiner des aliments, dont les interactions peuvent contribuer à l’étiopathogénèse de la maladie.

Dans une seconde étude plus récente, nous avons décrit les habitudes alimentaires d’une cohorte plus étendue d’enfants Canadiens. Ensuite nous avons déterminé si une habitude alimentaire particulière était associée au développement de MdC [5].

Nous avons pu mettre en évidence que deux habitudes alimentaires étaient fréquentes chez les garçons et les filles :

  • une alimentation occidentale classique, caractérisée par de la viande, des frites, de la restauration rapide, des collations et des desserts
  • une alimentation dite "prudente" caractérisée par des légumes, des fruits, des produits laitiers, des œufs, de l’huile d’olive, du pain complet, des céréales, du poisson et des noix.
Chez les filles comme les garçons, l’alimentation dite "prudente" a été associée à une diminution significative du risque de MdC, tandis que l’alimentation occidentale était associée - surtout chez les filles - à un risque significativement plus élevé. Grâce à un modèle de régression multi variée, nous avons ensuite testé l’hypothèse d’un effet protecteur de l’alimentation prudente reposant sur la consommation de fruits et légumes.

Chez les filles, nous avons pu observer que la majorité de l’effet protecteur de l’alimentation prudente provenait de la consommation de légumes et non pas des fruits. Chez les garçons, en revanche, ni les légumes ni les fruits, n’ont contribué aux effets protecteurs associés à cette alimentation. Ces données sont très intéressantes car elles soulignent la complexité des interactions entre l’alimentation et la pathogénèse de la MdC.

Faciliter l’élimination des métabolites toxiques ?

Les résultats de ces deux études tendent à suggérer que les fruits et légumes seuls ou une alimentation prudente, englobant une grande quantité de légumes, protégeraient contre des maladies chroniques comme la MdC. Nous avons évoqué des mécanismes d’action pour la protection par les légumes [6]. Certains composants des légumes modifient les taux et l’activité des enzymes de détoxication. Ainsi, une plus forte consommation augmenterait et faciliterait l’élimination des métabolites toxiques (par ex. : espèces réactives de l’oxygène) générés quotidiennement dans les tissus de l’organisme comme l’intestin. Ce dernier mécanisme pourrait prévenir les lésions intestinales récidivantes et modifier les processus inflammatoires caractérisant la MdC.

Des études supplémentaires, intégrant des données nutritionnelles prospectives validées, sont nécessaires pour faire toute la lumière sur les associations entre les fruits et légumes et l’étiopathogénèse de la MdC.

Sources et références :

  1. Bernstein CN, Wajda A, Svenson LW et al. The epidemiology of inflammatory bowel disease in Canada: a population-based study. Am J Gastroenterol. 2006;101(7)1559-68.
  2. Starkey fj, Johnson-Down L, Gray-Donald K. Food habits of Canadians, comparison of intakes in adults and adolescents to Canada’s food guide to healthy eating. Can J Diet Pract Res. 2001;62(2):61-69.
  3. Veugelers PJ, Fitzgerald AL, Johnston E. Dietary Intake and Risk Factors for Poor Diet Quality among children in Nova Scotia. Can J Pub Health. 2005;96:212-216.
  4. Amre DK, D’Souza S, Mack D et al. Imbalances in dietary consumption of fatty acids, vegetables and fruits are associated with risk for Crohn’s disease in children. Am J Gastroenterol. 2007;102(9):2016-2025.
  5. D’Souza S, Levy E, Mack D et al. Dietary patterns and risk for Crohn’s disease in children. Inflamm Bowel Dis 2007 (Epub ahead of print).
  6. Amre DK, Seidman EG. Etiopathogenesis of pediatric Crohn’s disease. Biologic pathways based on interactions between genetic and environmental factors. Med Hypotheses 2003; 60(3):344-350.

(Devendra K Amre, Centre de Recherche, Hôpital Ste-Justine, Montréal, Québec, Canada - Equation Nutrition n°76 - Avril 2008)

SOURCE : APRIFEL

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