Aspartame : un avis qui fait taire la rumeur

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L'aspartame, découvert en 1965, a reçu une première autorisation de mise sur le marché (AMM) aux Etats-Unis en 1974. Suspendue après quelques mois, cette AMM a de nouveau été accordée en 1981 après réévaluation. Il est autorisé en France depuis 1988.

L'innocuité de l'aspartame, utilisé comme édulcorant, a été évaluée et reconnue par de nombreux comités d'experts nationaux et internationaux depuis les années 1980. La Dose Journalière Admissible (DJA) pour l'homme a été fixée à 40 mg/kg/jour. Depuis, d'autres études cliniques, en laboratoire et épidémiologiques, ainsi qu'une surveillance post-marketing ont été réalisées. En décembre 2002, le Comité scientifique sur l'alimentation de la Commission européenne a émis un nouvel avis à partir de l'analyse des Articles et Brèves scientifiques publiés entre 1988 et 2001 et du rapport de mai 2002 de l'Agence française de sécurité sanitaire des aliments (AFSSA) quant à la question des effets de l'aspartame sur le système nerveux (tumeurs cérébrales et convulsions), de nouvelles rumeurs mettant en cause l'innocuité de cet additif. Les questions soulevées à propos la toxicité éventuelle de l'aspartame concernaient entre autres ses dérivés métaboliques : le méthanol, la phénylalanine (Phé) et l'acide aspartique (Asp).

Une consommation qui n'excède pas la DJA

D'après les estimations disponibles issues des différents pays européens, l'apport alimentaire en aspartame chez les grands consommateurs de cet édulcorant - incluant les adultes, les enfants et les diabétiques de tous âges - atteint au maximum 10 mg/kg/jour et est loin de dépasser la DJA. Par ailleurs, en comparaison avec les aliments courants, l'aspartame est une source mineure d'Asp, de Phé ou de méthanol. Des études chez des sujets sains et chez ceux dont le métabolisme de la Phé est altéré (hétérozygotes pour la phénylcétonurie) confirment les expertises précédentes, concluant que, malgré ses variations après ingestion d'aspartame, le taux plasmatique en Phé reste dans les limites postprandiales normales.

Génotoxicité et cancérogenèse

En 1996, un article suggéra une relation entre l'augmentation de la fréquence des tumeurs du cerveau chez l'homme et la consommation d'aspartame au Etats-Unis. Cette étude, bien que très controversée, a relancé le débat sur l'innocuité de l'aspartame, polémique largement relayée par les médias et en particulier sur Internet. A ce jour, cette hypothèse n'est pas confirmée par les données expérimentales chez l'animal - l'aspartame n'est pas génotoxique et n'a pas d'effet cancérogène sur le cerveau du rat recevant 4 g/kg/jour - ni par les données épidémiologiques chez l'homme : la commercialisation de cet additif en France ne s'est pas accompagnée d'une augmentation de la fréquence des tumeurs cérébrales ni d'une mortalité accrue liée à cette pathologie dans la population générale.

Effets neurologiques, comportement, cognition et humeur

Du fait de l'élévation du taux plasmatique de la Phé et d'Asp après absorption d'aspartame, un passage accru dans le cerveau pourrait modifier la composition neurochimique du cerveau et altérer la neurotransmission. L'aspartame à des doses élevées (2 g/kg/jour) n'a pas d'effet sur les taux de sérotonine ou de dopamine dans le cerveau du rat ni sur la sévérité des crises chez les rats génétiquement épileptiques, et le rapport de l'AFSSA conclut à l'absence d'évidence permettant d'établir un lien entre la consommation d'aspartame et la survenue de crises d'épilepsie ou d'anomalies électroencéphalographiques. Deux tiers des symptômes imputés à l'aspartame par les consommateurs sont d'ordre neurocomportemental (maux de tête, altération de l'humeur, insomnie, vertiges…). Selon les études effectuées chez des sujets sains et potentiellement sensibles, dont l'enfant, l'administration d'aspartame ne modifie ni le comportement, ni les fonctions cognitives, l'humeur, l'apprentissage et n'induit pas plus qu'un placebo des maux de tête.

Conclusion

Le Comité scientifique sur l'alimentation de la Commission européenne conclut qu'aucun argument ne permet actuellement de remettre en cause l'innocuité de l'aspartame et les conclusions des évaluations précédentes, ni encore de modifier sa DJA.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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