Aspartame : l'EFSA reconfirme son innocuité

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L'aspartame, un édulcorant utilisé dans plus de 6000 aliments, boissons et médicaments, et qui est autorisé pour son utilisation depuis plus de 20 ans dans de très nombreux pays à travers le monde, soulève régulièrement des polémiques sur ses dangers potentiels sur la santé. Les experts de l'Agence Européenne de Sécurité Alimentaire (EFSA) viennent de juger non probants les résultats à charge de deux études récentes. L'EFSA estime donc une nouvelle fois que l'aspartame ne présente aucun risque pour la santé, ce qui a provoqué une vive réaction de protestation de la part du Réseau Santé Environnement (RES).

Dans une déclaration publiée le 28 février 2011, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) conclut donc que les deux études récemment publiées sur la sécurité des édulcorants artificiels - à savoir une étude portant sur le potentiel carcinogène chez la souris (Soffritti et al., 2010 [1]) et une étude épidémiologique examinant l’association entre la consommation de boissons non alcoolisées contenant des édulcorants artificiels et le risque accru d’accouchement prématuré (Halldorsson et al., 2010 [2]) - ne justifient pas une révision des évaluations précédentes de l’aspartame ou d’autres édulcorants actuellement autorisés dans l’Union européenne. L’EFSA a réalisé l’examen de ces études en collaboration avec l’Agence nationale française de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses [3])

L'EFSA a évalué cette étude de cancérogénicité et a conclu que, sur la base des informations disponibles dans la publication, la validité de l'étude et son approche statistique ne peuvent être évalués et que ses résultats ne peuvent être non plus être interprétés. En outre, compte tenu de l'absence de pertinence généralement reconnus pour l'évaluation des risques pour l'homme du type de tumeurs observées chez des souris quand elles sont induites par des composés non génotoxiques, l'EFSA a conclu que les résultats présentés de l'étude Soffritti et al. (2010) ne fournissent pas une base suffisante pour revoir les évaluations précédentes de l'EFSA sur l'aspartame.

Concernant l'étude Halldorsson et al. (2010), une enquête concernant les accouchements prématurés dans une cohorte de 59 334 femmes enceintes, les auteurs avaient conclus que leurs résultats montraient une association entre la consommation de boissons gazeuses sucrées artificiellement et des évènements d'accouchement prématuré dans la cohorte. L'EFSA a évalué cette étude et a conclu qu'il n'y a aucune preuve pour soutenir une relation de causalité entre la consommation de boissons gazeuses sucrées artificiellement et l'accouchement prématuré, et que des études supplémentaires sont nécessaires pour rejeter ou confirmer une telle association.

Dans l'ensemble, l'EFSA a conclu que les informations disponibles fournies par les publications des études Soffritti et al. (2010) et Halldorsson et al. (2010) ne donnent pas de raison de revenir sur les évaluations précédentes de l'aspartame ou autres édulcorants ou additifs alimentaires autorisés dans l'Union européenne.

L’EFSA continuera par ailleurs de suivre attentivement les publications scientifiques dans ce domaine afin d’identifier toute nouvelle preuve scientifique concernant les édulcorants qui pourrait indiquer un risque éventuel pour la santé humaine ou qui serait susceptible d’affecter, d’une manière ou d’une autre, l’évaluation de la sécurité de ces additifs alimentaires. En effet, l’EFSA réexamine régulièrement la question de la sécurité des édulcorants et de l’aspartame. En mars 2009, le groupe scientifique ANS avait conclu que, sur la base de l’ensemble des preuves disponibles, y compris l’étude de l’ERF publiée en 2007, rien n’indiquait un potentiel génotoxique [4] ou carcinogène de l’aspartame et qu’il n’y avait pas de raison de réviser la dose journalière acceptable établie antérieurement pour l’aspartame à 40 mg/kg de poids corporel. Un avis antérieur, faisant suite à la première étude sur l’aspartame réalisée par la Fondation européenne Ramazzini, avait été adopté par l’ancien groupe scientifique AFC en 2006.

Protestation du Réseau Environnement Santé (RES)

Le Réseau Environnement Santé, qui rassemble notamment des scientifiques et des médecins, a estimé de son côté que cette annonce était "une nouvelle démonstration des faiblesses de la déontologie de cette agence".

"L'Efsa continue de nier l'évidence des faits scientifiques et recourt à des artifices pour ne toujours pas changer sa position", a estimé le RES dans sont communiqué, en précisant "Il est stupéfiant que l’EFSA continue de repousser pour la 3ème fois une étude de cancérogénicité positive, mais ne remette pas en cause sa DJA fondée sur 2 études datant de 1973 et 1974 qui n’ont JAMAIS été publiées. Le RES demande que toutes les études soient évaluées avec la même grille d’analyse".

Enfin, le RES estime que "L’EFSA confirme une fois encore ses déficiences du point de vue de la déontologie de l’expertise et qu'elle aurait du conclure que ces résultats sont suffisamment cohérents pour qu’un comportement de prudence soit recommandé aux femmes enceintes. L’EFSA ne remplit pas sa fonction de protection de la santé des Européens". Une accusation grave qui sera reprise par le représentant du RES à l’audition publique du 16 mars sur l’aspartame qui aura lieu au Parlement Européen à Bruxelles afin que les experts de l'EFSA prennent individuellement leur responsabilité.

Références :

  1. Soffritti M. et al., Aspartame administered in feed, beginning prenatally through life span, induces cancers of the liver and lung in male Swiss mice. Am. J. Ind. Med. 2010, 53, 1197-1206.
  2. Halldorsson T.I. et al., Intake of artificially sweetened soft drinks and risk of preterm delivery: a prospective cohort study in 59,334 Danish pregnant women. Am. J. Clin. Nutr. 2010, 92: 626-33.
  3. Informations complémentaires sur les travaux entrepris par l’Anses
  4. Les substances génotoxiques sont des substances qui peuvent endommager l’ADN, le matériel génétique des cellules.
  5. Communiqué du 1er mars 2011 du Reseau Santé Environnement

Source : Alexandre Glouchkoff

SOURCE : Toute la diététique !

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