Après la mélamine, le scandale du « lait de cuir »

lu 5909 fois

Depuis des années, les producteurs laitiers chinois se rendent dans les tanneries locales, afin de collecter des débris chimiques provenant du processus de ramollissement du cuir, qu’ils ajoutent au lait, pour augmenter sa teneur en protéines. C’est la même logique que pour les ajouts de mélamine qui ont gravement intoxiqué des dizaines de milliers de bébé. Cette fois, pas de calculs rénaux, les produits chimiques ajoutés - protéines de cuir hydrolysées, dichromate de sodium et de potassium, chrome hexavalent - sont cause de cancer. Ce lait toxique a été surnommé « lait de cuir » et ses premières victimes, les plus vulnérables, sont les nourrissons.

Le problème a été rapporté dès 2005, mais de récents reportages dans les médias chinois, ainsi que les négations claironnées par le Parti communiste – il n’y aurait « aucun problème » – l’ont à nouveau mis en lumière.

Le Zhejiang Metropolitan Daily rapporte par exemple que cinq lots de boissons lactées sur huit provenant de la SARL Laitière Chenyuan de l’agglomération de Jinhua, province de Zhejiang, contiennent des niveaux élevés de protéines hydrolysées provenant du cuir. De plus, six lots de produits vendus sur les marchés de Longyou, Haining et Jaishan contenaient tous des protéines de cuir hydrolysées.

Le journal Wenweipo de Hong Kong rajoute que depuis 2005, au moins 200 usines laitières de la province de Shandong ont ajouté des protéines de cuir hydrolysées à leurs produits.

En juillet 2005, l’agence de presse officielle Xinhua expliquait déjà que dans la province de Shanxi, du lait artificiel était fabriqué à partir d’arômes de synthèse, d’hydrolat de protéines et d’additifs, puis vendu sous des noms de marques célèbres.

Aucune action n'est mise en œuvre pour faire cesser la pratique. En mars 2009, une inspection du site de la SARL Laitière Chenyuan a permis de découvrir 20 kilogrammes de sacs de protéines de cuir hydrolysées, ainsi que 1.300 boîtes de produits laitiers contaminés. Des cas similaires ont été aussi rapportés dans les provinces de Shandong, de Shanxi et de Hebei.

L’Administration de la sécurité alimentaire du Conseil d’État chinois a émis, le 13 février, une notice informant que depuis juillet 2010, avaient été découvertes 40 installations illégales dédiées à la fabrication et à la vente de produits laitiers. Un total de 2.131 tonnes de poudre de lait contaminé a été confisqué.

Wang Xiaofeng, expert de l’inspection alimentaire de Pékin affirme que les protéines de cuir hydrolysées sont plus difficiles à détecter que la mélamine, à cause du type de protéine elle-même. La méthode d’inspection élaborée par le ministère de l'Agriculture vérifie si les produits laitiers contiennent de l’hydroxyproline, un type de collagène animal hydrolysé. Si c’est le cas, on peut en déduire que le produit contient des protéines hydrolysées de cuir.

Un système social brisé

Derrière les additifs divers, des commerçants malhonnêtes rajoutent souvent de l’eau au lait. Celui-ci, ainsi dilué, ne peut passer les tests d’analyses nutritionnels du fait du taux de protéines réduit. Des substances sont alors ajoutées pour s’assurer d’un niveau de protéines acceptable.

L’hebdomadaire Xinmin cite un expert de l’industrie laitière qui affirme qu’une tonne d’hydrolysat de protéines coûte 1.000 yuans. Le coût de production normal d’une tonne de lait en poudre – comprenant le lait frais, le travail, l’eau et l’électricité - est d’au moins 20.000 yuans. Avec l’hydrolysat de protéines, le coût peut descendre jusqu’à 4.000 ou 5.000 yuans, soit 75% d’économies.

Le lait est en Chine principalement consommé par les enfants et constitue la seule source nutritive pour les bébés. Les conséquences dévastatrices du scandale de la mélamine chimique en 2008 sont encore inconnues, des millions d’enfants concernés devant s’attendre à des conséquences à long terme.

À cette époque, les autorités du Parti communiste avaient dissimulé les empoisonnements jusqu’à ce que les Jeux olympiques soient terminés. Le professeur Guo Yuhua du département de sociologie de l’université de Tsinghua affirme qu’il s’agit d’un problème du système social chinois, où chacun recherche son propre intérêt. « Nous vivons dans une société où les gens s’empoisonnent les uns les autres », a déclaré Monsieur Guo à Ming Pao de Hong Kong.

Monsieur Guo a précisé que l’environnement social en Chine se détériore rapidement, la dégradation débutant par le sommet avec différentes professions ayant chacune leurs moyens propres d’obtenir des bénéfices en blessant les autres. « Il n’y a aucune confiance dans la société, et les gens honnêtes sont habituellement désavantagés », assène Monsieur Guo. Wang Dingmin, ancien responsable de l’Association de l’industrie laitière de Guangdong, a déclaré à l’hebdomadaire Xinmin: «La technologie utilisée pour les faux produits ne peut venir que des experts. De nombreuses personnes recherchent et développent spécialement cette sorte de technologie et la vendent à d’autres. Finalement, elle se diffuse partout».

Des parents découragés

Certaines victimes du lait en poudre contaminé à la mélamine affirment avoir entendu parler auparavant du «lait de cuir». Pour eux, le Parti communiste ne crée des règles d’inspection qu’après les scandales et ne prend pas les mesures appropriées afin de protéger les intérêts des consommateurs. Les victimes se plaignent aussi du manque de transparence. L’enfant de Jiang Yalin est tombé malade après avoir ingéré du lait en poudre contaminé à la mélamine. Maintenant, elle veut savoir comment les inspections sont réellement menées.

« Ils ne parlent que des inspections, mais ne nous disent pas combien de "lait de cuir" a été découvert. Ils ne veulent pas nous dire quels pourraient être les dommages et leur gravité. Et lorsque les problèmes sont trop importants pour les dissimuler, ils mettent alors sur pied une nouvelle politique », affirme Mme Jiang. Au cours des onze premiers mois de 2010, les importations de lait en poudre en Chine ont atteint 370.000 tonnes. Les médias de Hong Kong affirment que les touristes de Chine continentale recherchent en priorité du lait en poudre lors de leurs déplacements dans l’île. Certaines grandes marques de lait en poudre pour nourrissons et bébés sont très demandées et les touristes se jettent rapidement dessus. Même constat à Macao, où les médias indiquent que les voyageurs venant de Chine continentale font de l’achat de lait en poudre un thème clé de leur visite - ne laissant souvent plus rien pour les résidents locaux.

La source du problème

Le docteur David Gao est l’ancien doyen de l’université de l’industrie légère et des sciences de l’alimentation à l’université de technologie du sud de la Chine, de Guangzhou, province de Guangdong. Il dirige actuellement une équipe de recherche sur l’alimentation dans une société de produits naturels aux États-Unis. Dans un courriel à The Epoch Times, il explique que pour le Parti communiste chinois, les gens ne comptent pas.

« Les produits alimentaires faux et toxiques inondent le marché chinois et le taux de cancer en Chine est très élevé. Le Parti communiste chinois (PCC) traite ces questions seulement en surface, comme faire des exemples avec quelques individus, généralement simplement pour sauver la face », affirme-t-il. « Le régime est la véritable cause de la destruction de la société civile en Chine. Il ne se soucie pas du bien-être des gens, mais prône un système de survie pour le plus apte. Son point de départ a toujours été d’utiliser les gens pour s’enrichir. »

D’après lui, les efforts du PCC au cours des années pour avilir et détruire les valeurs morales traditionnelles, ainsi que les persécutions actuelles des personnes ayant foi et conviction, ont également contribué à cette tendance à la baisse.

« Tout ceci a eu pour effet de terroriser et de déshumaniser la société civile. Les Chinois paient un prix très lourd », a-t-il affirmé. « La corruption systématique du haut vers le bas est généralisée. Les gens feraient n'importe quoi pour de l'argent s’ils pensent pouvoir s'en tirer. Peu leur importe que cela nuise à quelqu’un. »

(Écrit par Yiran Feng et Gisela Sommer)

SOURCE : La Grande Epoque

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s