Approche comportementale de l'alimentation

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Tous les spécialistes l'affirment, la problématique de l'obésité est beaucoup plus complexe qu'on ne l'a cru pendant longtemps et il est fondamental d'analyser les différents enjeux avant de prendre en charge un patient en surcharge pondérale. « Parce que manger est le premier mode d'entrée en relation avec le monde, la dimension psycho affective est toujours en jeu dans la question alimentaire », explique Katryn Driffield, psychologue psychanalyste à Reims.

« Approche comportementale de l’alimentation » - Crédit photo : www.afdn.org Dans son expérience, elle constate qu’en matière de régime, et même si cela évolue, la dimension humaine de la personne échappe trop souvent à la compréhension des soignants qui vont se focaliser sur l’équilibre alimentaire. « La culture reste encore une culture comptable », regrette-t-elle. Se contenter de compter les calories consommées ou dépensées est donc une réponse insuffisante parfois même inappropriée. « L’équation nourriture et sport ne répond pas à toute la problématique ce qui explique que de plus en plus l’efficacité des régimes soit remise en cause » poursuit-elle.

Les diététiciens ne comptent plus les calories

Ainsi pour Katryn Driffield, qui soutient et côtoie au quotidien les équipes soignantes du CHU de Reims, « En matière de régime, même si cela évolue, la culture reste encore une culture comptable. La dimension humaine de la personne échappe trop souvent à la compréhension des soignants qui vont se focaliser sur l’équilibre alimentaire ».

Un point de vue que nuance Isabelle Parmentier, présidente de l’AFDN, « Si cela était vrai il y a 25 ans, aujourd’hui les diététiciens ne se contentent plus de compter les calories ». Leur formation a évolué avec celle de la prise en charge et la dimension psychologique est toujours abordée en consultation de diététique. La valeur ajoutée des diététiciens est de maitriser parfaitement les aliments et de pouvoir ainsi accompagner de façon individualisée le patient en surpoids. « Si nous donnons les bases de l’équilibre alimentaire, nous sommes bien conscients que le problème ne se résume pas à un problème d’éducation alimentaire ».

Maigrir n’est pas toujours sans risque

La personnalité humaine est complexe et multiple. Or manger est bien plus que se nourrir et maigrir n’est pas toujours sans risque. La dimension psychoaffective du patient est toujours à prendre en compte. Il est important que le patient réfléchisse aux différents déterminants possibles de sa problématique qui n’est pas toujours de perdre du poids, même si c’est sa demande. Les conseils diététiques doivent être adaptés à chacun. « On ne peut pas dire tout, à tout le monde et de la même manière. Certains patients vont s’emparer des conseils comme de bons élèves mais on ne sait pas s’ils sont réellement entendus », explique Katryn Driffield.

Prodiguer des conseils pertinents et donner des soins adaptés nécessite d’appréhender la psychologie de la personne. Face à la complexité du problème, les soignants se sentent souvent mal à l’aise face à des situations qui ne relèvent plus de leur métier. Selon cette spécialiste, « Sans être psychologue, on peut faire preuve de psychologie ». Des propos que confirme Isabelle Parmentier, « Il faut toujours prendre le temps d’écouter l’histoire du patient pour comprendre sa motivation ». Le diététicien n’hésitera pas à recourir si cela lui semble nécessaire à une prise en charge psychologique adaptée à la situation : entretien individuel avec un psychologue ou thérapies de groupe selon la personnalité du patient.

Il n’existe pas de solution miracle

La personnalité humaine est complexe et multiple. Or manger est bien plus que se nourrir et maigrir n’est pas toujours sans risque. Tous ceux qui prennent en charge des sujets en surpoids, quelque soit leur domaine de compétence, s’accordent sur un point : il n’existe pas de solution miracle au problème de l’obésité. Le défaut d’organisation de la prise en charge, le manque de formation transversale face à un problème de santé publique conduit trop souvent les patients vers un parcours chaotique qui laisse la place à des dérives aux conséquences néfastes dangereuses.

(Katryn Driffield, psychologue, psychanalyste, CHU Reims - Isabelle Parmentier, diététicienne, présidente de l’AFDN - Conférence de presse du 15 mai 2009)

SOURCE : AFDN

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