Apports en calcium et santé osseuse chez l'enfant

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L'adolescence est une période cruciale pour l'acquisition de la masse minérale osseuse, et ceci même après la fin de la croissance. Une fraction importante de cette masse osseuse est déterminée génétiquement, à hauteur de 50-80% selon les auteurs. Mais des facteurs environnementaux interviennent également, et parmi eux, l'activité physique, les apports protéiques, les apports en calcium, et le statut en vitamine D.

« Apports en calcium et santé osseuse chez l'enfant » - Crédit photo : www.passeportsante.net Ces quatre facteurs environnementaux sont interdépendants. Ainsi, les apports protéiques doivent être suffisamment élevés pour optimiser l'effet bénéfique de l'activité physique [1]. De même, l'effet positif des protéines du lait est difficile à distinguer de celui du calcium qu'apportent les produits laitiers [2].

Des associations ont également été observées entre besoins en calcium et statut en vitamine D [1]. En effet, l'intestin adapte sa capacité à absorber le calcium en fonction des apports en calcium [3], des paramètres de l'homéostasie phospho-calcique, et, chez l'enfant, de la vitesse de croissance, avec une capacité maximale lorsque les apports calciques sont insuffisants par rapport aux besoins.

Mais cette adaptation dépend de la l,25-(OH)2D, dont la synthèse est contrôlée par ces mêmes facteurs. Elle n'est donc pleinement efficace que lorsque le statut en vitamine D est suffisant. En accord avec ces données, des études récentes de notre groupe suggèrent que le statut en vitamine D intervient peu sur le gain de masse minérale lombaire à l'adolescence lorsque les apports calciques sont suffisants, mais qu'il est crucial lorsque les apports calciques sont faibles, inférieurs à 500-600 mg/jour [4]. Dans ce cas, le niveau circulant de 25-(OH)D, le marqueur des réserves en vitamine D, doit être au moins de 30-40 nmol/l (12-16 ng/ml) pour prévenir un défaut d'acquisition de la masse minérale lombaire [4], ou une déformation en varus/valgus des membres inférieurs [5].

Enfin, une relation a été récemment mise à jour entre les besoins en calcium pendant la croissance et le génotype du récepteur de la vitamine D (VDR). La l,25-(OH)2D augmente en effet l'absorption intestinale du calcium via sa liaison au VDR. Or, un polymorphisme (rs:4516035), a été récemment localisé sur le promoteur du gène codant ce récepteur, et la présence d'un génotype G/G ou G/A sur ce site réduirait l'expression intestinale du VDR.

De façon intéressante, le génotype G/G ou G/A est trouvé chez moins de 3% des populations asiatiques et noires africaines, mais il est observé chez 19-21% des individus d'origine Européenne sous forme homozygote (G/G) et chez 44-48% d'entre eux sous forme hétérozygote (G/A). Les travaux de notre groupe suggèrent que les enfants et adolescents porteurs d'un génotype G/G ou G/A ont une taille plus petite d'environ 0,5 DS, quel que soit l'apport en calcium, et une calcémie plus basse, si leurs apports calciques sont faibles, inférieurs à 500 mg/jour [6].

De plus, la présence d'un G sur un ou deux allèles est associée à des besoins plus élevés en produits laitiers pour une minéralisation lombaire optimale : - cette minéralisation est optimale chez toutes les adolescentes A/A, et ceci même si leur consommation de lait est inférieure à 85 ml/j et leur apport calcique total de l'ordre de 700 mg/jour ; - en revanche, elle n'est optimale qu'en cas d'apport laitier supérieur à 260 ml/jour, et d'apport calcique total de l'ordre de 1000 mg/jour, chez les adolescentes portant un génotype G/G ou G/A [7].

Ainsi, la détermination des besoins en calcium pendant l'adolescence devient chaque jour plus complexe. Des apports calciques inférieurs à 500-600 mg/jour peuvent réduire le gain de masse osseuse et entraîner des déformations osseuses en cas de carence associée en vitamine D. Des apports intermédiaires, de Tordre de 700-1000 mg/jour, ne paraissent suffisants que pour 1/3 des adolescentes d'origine Européenne (celles portant un génotype A/A en -1012 sur le promoteur du VDR), et seuls des apports calciques supérieurs à 1000 mg/jour semblent suffisants pour l'ensemble de la population, quel que soit le statut en vitamine D et le génotype VDR.

Références

  1. Rizzoli R, Bianchi ML, Gorabedian M et al. Bone, 2010, 46 : 294-305.
  2. Esterle L, SabatierJP, GuilIon-Metz F et al. Osteoporos Int, 2009, 20 : 567-75.
  3. Weaver CM, Mccabe LD, McCabe GP et al. J Clin Endocrinol Metab, 2008, 93 : 3907-14.
  4. Esterle L, Nguyen TM, Walrant-Debray O et al. J Bone Miner Res, 2010. May 17(Epub ahead of print)
  5. VolocA, Esterle L, Nguyen TM et al. EurJ Endocrinol, 2010, Aug 25 (Epub ahead of print)
  6. Jehan F, Voloc A, Esterle L et al. J Steroid Biochem Mol Biol, 2010, 121 :117-120.
  7. Esterle L, Jehan F, SabatierJP et al. J Bone Miner Res, 2009, 24 :1389-97. VDRp

(Par le Dr Michèle Garabédian, Inserm U561, Hôpital Saint Vincent de Paul, Paris - XIXème Rencontres Scientifiques de Nutrition organisées par l'Institut Danone)

SOURCE : Institut Danone

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