Antioxydants et compléments alimentaires

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Les compléments alimentaires sont à la mode, pas de revue grand public ou de revue scientifique qui n'aborde cette question à travers le thé vert, le sélénium, le resvératrol... la liste est longue. Quelle réalité scientifique derrière toutes les affirmations concernant l'intérêt voir l'efficacité pour ne pas dire les promesses revendiquées par ces composés ?

« Antioxydants et compléments alimentaires » Un rapide tour d’horizon avec « Google search » propose 37200 références pour le terme antioxydants, « Medline » n’en propose que 61 ?? Pourquoi une telle différence ? Tout dépend de l’approche faite par les équipes de recherche. Soit l’approche est de type épidémiologique et dans les 61 références de Medline 31 sont en rapport avec !’étude SUVIMAX, soit l’approche est de type mécanistique et seul l’impact des produits sur des fonctions physiologiques ou des pathologies est pris en compte et le mot antioxydant n’est pas un mot clé.

Pour s’en convaincre notez que le mot caroténoïdes génère 53797 références et le mot resvératrol 2480 !! Cet engouement pour les antioxydants s’inscrit surement dans le cadre du besoin qu’ont les consommateurs de s’assurer que leur vie sera longue et qu’ils souhaitent profiter de cette longévité en "pleine forme". Ce créneau à été largement repris par l’industrie agro-alimentaire et par celle des compléments alimentaires.

Nous touchons là au noeud de notre questionnement, faut-il avoir un apport d’antioxydants et si oui sous quelle forme ? Sous forme alimentaire ou sous forme de compléments alimentaires ?

Les tenants de telle ou telle forme s’affrontent parfois avec une certaine violence. Ainsi l’association de consommateurs CLCV publiait les résultats d’une enquête en février 2007 sous le titre "compléments alimentaires : le marché de la poudre aux yeux et des pilules pipeau". Plus récemment le journal Que choisir titrait : "Compléments alimentaires Bidon !" (N° 464 novembre 2008).

Si l’on abandonne la polémique pour retourner à la science l’on constate que peu d’études cliniques sont consacrées à l’impact de la consommation d’antioxydants sur la santé humaine. Les quelques études contrôlées ou essais d’intervention ont été réalisés en fait avec des apports de substances antioxydantes, vitamines et minéraux, ou phyto-constituants, sous forme de capsules ou de gélules contenant des doses plus ou moins élevées de substances actives et au mieux des doses dites nutritionnelles.

Ces doses et ces formes galéniques répondent à la définition des compléments alimentaires telle que proposée par la directive européenne 2002/46/CE. Cette approche a été utilisée dans les études américaines (CARET, Physicians’Health Study), finlandaise (ATBC) ou française (SUVIMAX). Par contre il n’existe pas d’étude d’intervention assurant un apport contrôlé d’antioxydants par l’alimentation (on conçoit la difficulté de réalisation de telles études).

Seules sont disponibles des données épidémiologiques sur l’effet d’un régime riche en fruits et légumes de type méditerranéen, ce qui ne permet pas d’établir un lien de causalité et quelques études d’intervention avec des régimes riches en fruits et légumes comme MEDI-RIVAGE. Ces études portent sur des effectifs modestes de 70 à 200 sujets et se déroulent sur des périodes assez courtes de 1 à 24 mois. L’impact est mesuré au niveau des paramètres biologiques seulement.

Qu’en est-il des résultats des études ?

Les études CARET et ATBC ont confirmé l’effet délétère d’apports élevés d’antioxydant (béta carotène) pour le risque de cancer du poumon chez les fumeurs. Par contre l’étude SUVIMAX, utilisant des doses dites nutritionnelles, retrouve dans une population générale une réduction de 31% de risque de cancer toutes localisations confondues et une diminution de 37% du risque de décès chez les hommes. Cette étude ne retrouve pas de bénéfice en termes de prévention des maladies cardio-vasculaires(1-2). Dans la Physicians’ Health Study l’apport de doses élevées de vitamine E (400mg1 ou de vitamine C (500mg) ne réduit pas le risque d’accident cardio-vasculaires chez des hommes de plus de 50 ans(3). La récente méta-analyse conduite par Francesco Sofi (4) analysant les études relatives aux populations suivant un régime de type méditerranéen, retrouve en fonction de l’adhésion à un tel régime, une diminution de la mortalité cardiovasculaire, une diminution pour la mortalité par cancer et un abaissement de l’incidence de deux affections neurodégénératives que sont la maladie de Parkinson et la maladie d’Alzheimer.

Face à un certain flou en matière d’utilité, peut-on dire sans distinction que tous les compléments alimentaires sont dangereux pour la santé ?

Pour mesurer ce risque nous avons repris l’ensemble des avis relatifs aux antioxydants publiés sur le site de l’Afssa (6). Nous avons retrouvé ainsi 23 avis sur les polyphénols, 20 avis sur les caroténoïdes et 16 avis sur les vitamines et minéraux antioxydants. Globalement la presque totalité des avis n’évoquent aucun risque pour le consommateur pour les doses apportées par les compléments alimentaires, les seules réserves concernent le béta-carotène sachant que les doses utilisées sont très inférieures aux doses utilisées dans tes études CARET ou ATBC. L’Afssa attire malgré tout l’attention sur le risque de cumul de doses chez les fumeurs.

Quelles recommandations pour la population tant en ce qui concerne l’origine que la dose d’antioxydants ?

L’origine :

Si l’on ouvre le résumé scientifique du rapport du World Cancer Research Fund (WCRF) page 13 (7), la recommandation n°8 concerne les compléments alimentaires :

  • Chercher à satisfaire les besoins nutritionnels uniquement par l’alimentation
  • Maximiser la proportion de La population parvenant à un statut nutritionnel adéquat sans recours aux compléments alimentaires
  • Les compléments alimentaires ne sont pas recommandés pour la prévention du cancer. Les principales sources d’antioxydants sont les fruits et légumes, leur consommation semble au mieux stable voir diminue comme le confirme les données économiques et les résultats de L’étude INCA 2 en France (8). Les freins à la consommation sont d’ordre économique, mais interviennent également les perceptions et attitudes des consommateurs tels que les déterminants sensoriels (goût, odeur) ou la disponibilité, ou bien encore le temps de préparation (9).

Pour ce qui est de la prévention du cancer c’est le seul domaine dans lequel les essais d’intervention réalisés avec des compléments alimentaires montrent un bénéfice alors que rien n’apparait dans le domaine cardiovasculaire.

La conclusion qui s’impose est qu’il faut changer le comportement alimentaire des populations, or F. Bellisle (10) écrivait en 2006 (certes il s’agissait de sujets obèses) modifier le comportement alimentaire : mission impossible ? R parait tout aussi difficile de modifier les comportements alimentaires de la population générale. Les chiffres comparés de la consommation de fruits et de légumes mesurée dans les enquêtes INCA 1 et INCA 2 ne sont pas spectaculaires en regard des très gros efforts d’information dans le cadre des campagnes du PNNS. Malgré ce constat certains auteurs considèrent que conseiller l’usage de compléments alimentaires aggraverait la situation, en l’absence de données objectives on peut considérer qu’il ne s’agit là que d’une hypothèse d’école.

La dose :

Quelle dose d’antioxydants recommander ? Les apports alimentaires peuvent être très variables en fonction du régime mais également du contenu en antioxydants des aliments. Cette teneur dépend du mode de culture, de l’espèce cultivée, des conditions climatiques, des conditions de stockage. En regard de ces variables la recommandation qui prévaut est d’avoir une alimentation variée et équilibrée !H Ce n’est pas très nouveau, ni très précis. Pour Les compléments alimentaires, du fait de l’encadrement réglementaire européen des doses de vitamines et minéraux antioxydants seront prochainement fixées par la commission. La publication récente de la directive 2008/100/CE du 28 octobre 2008 concernant les apports journaliers recommandés est une bonne base de discussion.

Pour les autres substances revendiquant te statut d’antioxydant seules des études cliniques bien conduites permettront de préciser les doses efficaces et sans danger pour le consommateur.

Le règlement CE 1924/2006 imposant d’apporter la preuve scientifique des allégations de santé va pousser les acteurs de la filière à développer des études de ce type.

Comme bien souvent dans te domaine de la nutrition il faut se garder des conclusions hâtives, on ne peut certes que souhaiter que l’ensemble de La population consomme une alimentation variée et équilibrée lui apportant, tous les éléments y compris les antioxydants, qui lui permettent de rester longtemps en bonne santé. Hélas les déséquilibres ou les insuffisances d’apports existent, l’usage des compléments alimentaires n’est donc pas à rejeter systématiquement, sachons les utiliser à la juste dose, sans excès et parallèlement aux apports alimentaires.

Mon maître Jean Trémolières se plaisait à dire : sachons raison garder, je vous invite à le suivre dans cette voie, tous les compléments alimentaires ne sont pas forcément inutiles puisque nos concitoyens rechignent à acheter et a consommer des fruits et légumes. Si par ailleurs votre foi dans les antioxydants vacille sachez que pour F Orallo (11) de Compostelle (Espagne) le trans-resvératrol est : "a magical elixir of eternal youth".

Résumé

Les antioxydants font l’objet de nombreux travaux expérimentaux comme en témoignent les publications qui leur sont consacrées. Les tenants de l’apport d’antioxydants sous forme alimentaire ou sous forme de compléments alimentaires s’affrontent. Comment les départager ? Les données des enquêtes épidémiologiques ne permettent pas d’établir des liens de causalité entre antioxydants et réduction du risque de maladie. Par contre les essais d’intervention qui montrent une réduction du risque de cancer sont réalisés avec des compléments alimentaires. A noter qu’il n’y a pas d’effet sur le risque de maladies cardio-vasculaires.

En termes de risque pour le consommateur, de l’analyse des avis de l’Afssa relatifs aux compléments alimentaires contenant des antioxydants il ressort qu’aucun avis ne relève un risque pour les doses habituellement utilisées.

Quoi qu’il en soit le nouveau règlement allégation (CE 1924/2006) qui exige d’apporter la preuve scientifique de l’allégation, va conduire à développer les études cliniques de qualité.

Dans l’état actuel des connaissances l’apport d’antioxydants par l’alimentation peut être considéré comme favorable à la santé, les compléments alimentaires peuvent également être utiles pour des populations dont le statut en antioxydants est médiocre. Ces produits doivent apporter des doses nutritionnelles.

Références :

  1. Hercberg S et coll. The SUVIMAX study: a randomized, placebo-controlled trial of the heatth effects of antioxidants and minerais. Arch Intern Med 2005 Feb 14; 165 [3]; 286
  2. Hercberg S et coll. Antioxidant vitamins and minerais in prevention of cancers: tesson from the SUVIMAX study.BrJ Nutr 2007 Nov 98 [5) 1092-1093.
  3. Howard D et coll. Vitamins E and C in the Prevention of Cardiovascular Disease in Men. JAMA 2008; 300 (18) 2123-2133.
  4. Sofi F et coll.Adherence to Mediterranean diet and health status: meta-analysis. BMJ 2008 sept 11 337-344.
  5. Lecerf JM. Régime méditerranéen et risque cardiovascutaire. Réalités en Nutrition N°12 Sept 2008
  6. Site Internet Afssa : www.afssa.fr
  7. Résumé Scientifique du Rapport Alimentation, Nutrition, Activité physique et Prévention du Cancer : une Perspective Mondiale. Fond Mondial de Recherche contre le Cancer 2007
  8. Volatier J-C. Enquête individuelle et nationale sur les consommations alimentaires. Editions Tec et Doc 2000
  9. Expertise Scientifique de l’INRA Novembre 2007. Les fruits et légumes dans l’alimentation.
  10. Bellisle F, Dalix A-M. Modifier les comportements alimentaires : mission impossible ? Cah Nutr Diet 2006,41; 3.
  11. Orallo F. Trans-resveratrol : a magical elixir of eternal youth. Curr Med Chem 2008, 15 (19) 1887-1898.

(Jean-Louis Berta, Pharmanager Development, Anger - 49ème JAND - 30 janvier 2009)

SOURCE : Journée Annuelle de Nutrition et de Diététique

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