Améliorer les produits alimentaires pour manger plus équilibré

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Plusieurs industriels de la filière agro-alimentaire ont souscrit des chartes d'engagement volontaire pour améliorer la qualité nutritionnelle de leurs produits et favoriser l'observance des recommandations du Programme national nutrition santé (PNNS) sur les apports en nutriments. L'étude Oqali, menée sous l'égide de l'ANSES et de l'INRA, a évalué l'impact potentiel des nouvelles formulations de ces produits. Eclairage de Julie Gauvreau, responsable Oqali-ANSES.

Cette étude fait suite à une première étude publiée en 2010, qui portait sur 15 chartes d’engagement volontaire. Elle présentait des scénarios de consommation assez éloignés de la réalité. Il a donc été décidé de réaliser une deuxième étude, portant sur les 30 chartes signées fin juin 2012 et intégrant les parts de marché réelles des différents produits impliqués. Sa méthodologie a été affinée pour cibler les actes de consommation réellement concernés par les chartes. L’objectif était d’évaluer l’impact cumulé que toutes les reformulations décrites dans les chartes d’engagement peuvent avoir sur les apports nutritionnels des consommateurs français. Nous avons également souhaité également étudier cet impact sur les forts et faibles consommateurs, ainsi que selon différents critères socio-économiques.

L’étude a donc pris en compte les données de consommation et comparé les apports nutritionnels initiaux aux apports nutritionnels estimés après application des objectifs des chartes. Elle a porté sur 8 nutriments : sodium, sucres, lipides, vitamine D, acides gras saturés, acides gras trans, fibres et calcium. Trois groupes de population ont été étudiés : 570 enfants de 3 à 10 ans, 874 adolescents de 11 à 17 ans et 1918 adultes.

Les principaux résultats d'Oquali

Nous observons une diminution des apports énergétiques journaliers moyens de 0,4 % pour les hommes et 0,6 % pour les femmes. Pour les 8 nutriments étudiés, les variations d’apports moyens journaliers totaux sont statistiquement significatives. Les apports en vitamine D sont augmentés de 2 %. Trois nutriments pointés par le PNNS (le sodium, les sucres et les lipides) retiennent surtout l’attention. Les apports en équivalent sel diminuent de 1,1 % chez les hommes et de 0,9 % chez les femmes. Cette diminution est due notamment à la contribution des charcuteries : tous les acteurs de la filière ont souscrit une charte d’engagement collective visant à améliorer leurs produits. De ce fait, une part de marché très élevée est concernée, d’où un impact important sur les apports nutritionnels.

Les apports en sucres diminuent de 0,4 % chez les hommes et les femmes, notamment via la contribution de deux catégories de produits. L’ultra-frais laitier, pour lequel un distributeur et une grandes enseigne ont pris des engagements. Et les boissons fraîches sans alcool, pour lesquelles plusieurs chartes individuelles ainsi qu’une charte d’engagement collective ont été signées. Enfin pour les lipides, on observe une diminution d’apports de 0,4 % pour les hommes et de 0,3 % pour les femmes, attribuable principalement aux charcuteries.

Ces variations d’apports nutritionnels qui résultent de l’application des chartes contribuent, pour une part variable, à l’atteinte des objectifs fixés par le PNNS 2. Pour le sel, la contribution des améliorations proposées dans le cadre des chartes est de 3 à 5 % de l’objectif du PNNS chez les hommes et de 14 % chez les femmes. Pour les sucres, elle est de 1,6 % de l’objectif pour les hommes comme pour les femmes. Pour les lipides, elle est de 28 % pour les hommes et 5 % pour les femmes. Chez les forts consommateurs, les variations d’apports de ces trois nutriments sont plus élevées que pour le reste de la population. Ce résultat est très positif, puisque c’est ce groupe de consommateurs qui bénéficie le plus de l’évolution des formulations des produits.

Autre résultat intéressant : tous les consommateurs, quel que soit leur niveau socioéconomique, bénéficient des variations d’apports nutritionnels liées à la reformulation des produits. Les objectifs des chartes ont un effet sur les aliments consommés par tous, et pas seulement par les plus favorisés.

Conclusions de l'étude et recommandations pour l'avenir

La mise en œuvre des chartes d’engagement permet d’améliorer modestement, mais néanmoins significativement la qualité nutritionnelle de l’offre alimentaire. Il s’agit d’un dispositif peu onéreux pour la collectivité, avec un rapport bénéfice-coût particulièrement intéressant.

De plus, l’étude ne mesure aujourd’hui que l’impact des reformulations qui font l’objet de chartes. Elle ne prend pas en compte les reformulations réalisées par les professionnels qui n’ont pas signé de charte d’engagement. Donc elle n’évalue que la fourchette basse de l’impact des reformulations mises en œuvre par l’industrie.

La part de marché s’est révélée un facteur déterminant sur l’ampleur des variations d’apports et leur significativité. Donc pour avoir un impact nutritionnel plus important, il faudrait amplifier le mécanisme. D’une part par la mise en place de nouvelles chartes individuelles PNNS. D’autre part, par la mise en place d’accords collectifs, prévus dans le cadre du Programme national pour l’alimentation (PNA) : ils concernent des engagements pris par des filières entières, pour lesquelles les parts de marché seront plus élevées, avec comme conséquence une « efficacité » plus grande. Ces deux perspectives méritent aujourd’hui d’être explorées conjointement.

(*) Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail.

(**) Institut national de la recherche agronomique.

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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