Ambitions et espoirs pour l'agriculture française de demain

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Comme l'a rappelé hier Bruno Le Maire, Ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche, lors de l'introduction de son discours donné à l'occasion de la traditionnelle présentation des voeux à la presse, 2009 a été une année calamiteuse pour l'agriculture française, la plus grave crise économique et sociétale depuis 30 ans. C'est donc avec conviction et détermination qu'il a annoncé que le temps était venu de donner un véritable sens politique à l'agriculture en mettant l'alimentation au coeur de l'action.

« Ambitions et espoirs pour l'agriculture française de demain » - Crédit photo : www.agricultureinformation.com Cette année 2009, calamiteuse pour l'agriculture, a donc généré la plus grave crise depuis 30 ans. Une crise économique tout d'abord, qui plonge des milliers de familles dans la détresse. Ensuite, une crise morale et sociétale (Quelle est la place des agriculteurs dans la société ? Qu'est-ce qu'on attend aujourd'hui de l'agriculture ?)... Bruno Le Maire a affirmé qu'il était de sa responsabilité de répondre à cette situation et d'offrir une perspective et des revenus stables à tous les agriculteurs : "il n'y a pas d'agriculture sans agriculteurs", avant d'exposer le détail de l'énorme chantier et moyens mis en oeuvre.

Mettre l'alimentation au coeur des actions est un signal politique fort, soutenu par des arguments tout aussi forts. En effet, la finalité première de l'agriculture et de la pêche, c'est bien l'alimentation de tous les Français et aussi des Européens; c'est également un enjeu géopolitique mondial avec 1 milliard de personnes sous-alimentées; c'est aussi un enjeu de sécurité pour l'Europe; c'est enfin un enjeu social, notamment chez les jeunes et dans les classes sociales défavorisées avec 6,5 millions de personnes obèses et 14,5 millions d'adultes en surpoids en France. C'est la raison pour laquelle va être mis en place un Programme national pour l'alimentation, axé sur trois pilliers :

1 Améliorer l'information et l'éducation

  • Evolution de l'étiquetage des produits alimentaires pour répondre aux attentes des consommateurs.
  • La loi fixera des règles nutritionnelles en restauration scolaire et universitaire. Aujourd'hui ce sont de simples recommandations, (circulaire de 2001) peu connues et non respectées.
  • Plus de présence et communication à travers des manifestations :

    • Exposition « Bon appétit ! » organisée à la Cité des Sciences pour apprendre aux enfants à bien manger.
    • Salon de l'agriculture (du 27 février au 7 mars) avec le choix d'un stand d'un nouveau genre, axé spécifiquement sur l'alimentation.
    • Site Internet du MAAP, un nouveau portail « alimentation.gouv.fr » sera consacré à la politique de l'alimentation pour le grand public. Il ne remplace pas « agriculture.gouv.fr ».
    • Extension à la rentrée 2010 l'opération « Un fruit pour la récré » à 1 millions d'enfants (aujourd'hui 350 000).

2 Faire évoluer l'organisation de la chaîne alimentaire

  • Développement des circuits courts, notamment dans la restauration collective,
  • Développement de l'alimentation bio (20 % d'aliments bio dans la restauration collective publique en 2012).
  • Lutte contre les gaspillages (15 à 30 % de la production alimentaire est perdue en France). Ex : valoriser les invendus dans tous les marchés d'intérêt national et sur les criées (comme déjà à Rungis).

3 Promouvoir le modèle alimentaire français

  • Arrêter les « interdits » alimentaires injustifiés (sur le lait, la viande, etc...) : le modèle français est fondé sur la diversité des produits et l'équilibre des repas.
  • Journées du patrimoine étendues au patrimoine gastronomique
  • Le 9 mai, pour la Journée de l'Europe, nous organiserons des manifestations spécifiques pour valoriser notre patrimoine culinaire et agricole.
  • Salon International de l'Alimentation (SIAL) à l'automne 2010.

"Nous devons donner un sens à l'agriculture française, mais nous devons aussi lui donner des moyens, aux niveaux national et européen", a indiqué également Monsieur Bruno Le Maire. "Pour permettre aux producteurs de vivre de leurs revenus, il n'est pas acceptable que les agriculteurs produisent à perte; il n'est pas acceptable non plus que le producteur soit systématiquement la variable d'ajustement de la filière alimentaire. Cela doit changer" :

1 Stabiliser le revenu des producteurs

  • par des contrats écrits
  • par un système d'assurances plus performant
  • en renforçant l'observatoire de la formation des prix et des marges
  • en renforçant le pouvoir des interprofessions (y compris en modifiant le droit européen de la concurrence)
Il faut mieux répartir la valeur ajoutée au sein des filières

2 Mieux prendre en compte l'impact économique des contraintes environnementales pour le producteur

  • Une agriculture durable, évidemment
  • Bruno Le Maire proposera avec Jean-Louis Borloo une nouvelle méthode de travail dans les prochains jours où, pour toute nouvelle mesure, dans le respect du Grenelle, une étude d'impact devra répondre à 3 questions :
    • Quel est le bénéfice réel pour la société ? Le progrès qu'elle permet d'accomplir ?
    • Quel est l'impact économique pour la filière ?
    • Cette mesure est-elle mise en place au même niveau par nos voisins européens ?

3 Préserver le capital agricole français

  • Observatoire national
  • Dispositions fiscales
Pour limiter la perte de terres agricoles.

4 Encourager la recherche appliquée et l'innovation

Par le Grand Emprunt, qui soutiendra :

  • les liens entre alimentation et santé
  • les biotechnologies (chimie du végétal, biocarburants).
  • les nouvelles technologies de propulsion des navires de pêche
  • les 10 000 PME agroalimentaires

Enfin, concernant le pilier européen et la question de la régulation des marchés agricoles, Bruno Lemaire souligne : "Une chose dont je suis fier depuis 6 mois : nous avons réussi à renverser la perspective de l'Europe agricole".

  • Nous étions partis vers la libéralisation totale des marchés agricoles,
  • Nous sommes revenus vers la régulation avec l'Appel de Paris du 10 décembre,
  • Je ne dis pas que nous avons atteint le but, mais nous avons inversé la perspective.

1 Nous avons respecté les règles européennes

  • J'ai assumé les demandes de remboursement d'aides d'Etat jugées illégales par Bruxelles
  • Le plan d'urgence annoncé par le PR à Poligny a été déclaré conforme aux règles européennes en moins de 3 semaines.
Je m'engage à ce que toutes les décisions qui sortent de ce ministère respectent désormais le cadre européen

2 Nous avons multiplié les démarches diplomatiques

  • En nous appuyant sur l'Allemagne,
  • Puis en ralliant 1 à 1 nos partenaires européens sur le dossier du lait,
  • Avec l'Appel de Paris, nous avons réussi à remettre les objectifs politiques avant les objectifs budgétaires,
  • Maintenant le travail diplomatique se poursuit...

3 Nous avons apporté des arguments convaincants en faveur de la régulation

  • avec la régulation des marchés financiers
  • et la lutte contre le changement climatique
  • la régulation des marchés agricoles est le 3ème grand enjeu mondial aujourd'hui.

Pourquoi cette régulation des marchés agricoles est-elle indispensable ?

  • Pour stabiliser les cours des matières premières dont la volatilité est insupportable pour les agriculteurs européens, et encore plus pour les agriculteurs des PVD.
  • Pour stabiliser les revenus des agriculteurs
  • Pour permettre à chaque région du monde d'assurer son autonomie alimentaire.
  • Quand les Etats-Unis augmentent de 20 Mrds $ leur budget agricole,
  • Quand la Chine double son budget agricole et achète massivement des terres cultivables à travers le monde
  • Il serait absurde de ne pas préserver l'agriculture européenne
    • Nous voulons une PAC forte,
    • Avec un budget conséquent,
    • Nous refusons toute renationalisation de la PAC.

Nous devons faire preuve d'audace et d'imagination. "Je lancerai mi-février un groupe de réflexion sur l'avenir de la PAC avec une quinzaine de personnalités issues de tous horizons", conclu enfin Monsieur Bruno Le Maire.

(Alexandre Glouchkoff, diététicien nutritionniste, d'après le discours de Bruno Le Maire, Ministre de l'Alimentation, de l'Agriculture et de la Pêche - Voeux à la presse - 21 janvier 2010)

SOURCE : MAAP

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