Allons-nous devenir des mangeurs d'insectes ?

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Allons-nous devenir des mangeurs d'insectes ?

Dans beaucoup de régions du monde, parmi les plus pauvres, on mange des insectes. Dans les pays riches, on commence à s’y intéresser de près. Pour l’alimentation animale, mais pas seulement... Pourtant, les connaissances scientifiques sur le sujet sont encore très insuffisantes. Les conditions d’élevage et de commercialisation de ces « nouveaux aliments » sont loin d’être définies. Encore moins leurs bénéfices et leurs risques ! L’ANSES (*) appelle donc à la prudence les amateurs de sensations nouvelles.

Larves de grillons, de criquets, sauterelles, abeilles, guêpes, fourmis, charançons, papillons, punaises d’eau... Grillées, frites, bouillies, et même crues, un total de 2086 espèces d’insectes sont « dégustées » chaque jour par 3071 groupes ethniques dans 130 pays du monde ! En Afrique, en Asie, en Amérique latine. Surtout dans des régions rurales, mais aussi dans des zones périurbaines.

D’après l’Organisation des Nations-Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), il y a 2,5 milliards d’humains qui consomment régulièrement des insectes. Ce nombre est en diminution dans beaucoup d’endroits du monde, suite à l’urbanisation et au changement des habitudes alimentaires. Mais d’ici 2030, la planète devra nourrir 9 milliards de personnes, sans compter les animaux élevés pour l’alimentation, les loisirs ou la compagnie. Ce qui fait que la FAO recommande sans hésitation apparente d’envisager l’élevage d’insectes à grande échelle.

Peu à peu, l’élevage industriel se met en place

En Europe, l’idée de développer une production industrielle d’insectes fait son chemin. Suscite même un certain engouement. L’alimentation animale (pour l’aquaculture, les volailles...) serait la première bénéficiaire. Plusieurs projets industriels et programmes de recherche scientifique sont en cours. L’élevage des insectes comestibles s’implante progressivement.

Du fait de leur forte relation avec certains pays asiatiques, les Pays-Bas ont vu naître des entreprises spécialisées. La Thaïlande et la Chine font figure de pays pionniers et exportateurs. En France même, plusieurs sites industriels se développent. A ce jour, observe l’ANSES, aucun dossier de demande d’autorisation pour utiliser des insectes en alimentation humaine n’a été validé au niveau européen. Il n’empêche! Des insectes séchés sont commercialisés dans l’Union européenne. Soit « entiers, en l’état, pour le snacking ou incorporés dans des préparations de type biscuits », note l’ANSES dans son rapport. Soit « comme ingrédients, sous forme de farine après broyage »... de sorte que « l’insecte n’est plus reconnaissable par le consommateur ».

Des bénéfices nutritionnels à préciser...

Pour l’animal comme pour l’homme, qu’ils soient entiers, en poudre ou en pâte dans des préparations alimentaires, les insectes sont des fournisseurs de calories. Ils sont riches en protéines (parfois plus que certaines viandes), en matières grasses et minérales. Même si, pour le calcium ou le potassium par exemple, 100 g d’insectes comestibles par jour ne semblent pas suffisants pour couvrir les besoins...

En fait, les données nutritionnelles à leur propos sont encore très insuffisantes. Tout comme les données sur l’impact environnemental et le coût énergétique de la production de ces insectes. A ce jour, l’élevage, la préparation, le conditionnement, la conservation ont été étudiés sur un nombre restreint d’espèces. Des recherches complémentaires sont nécessaires et des contrôles rigoureux seront indispensables.

Les espèces sauvages devraient être écartées au profit des insectes d’élevage. Les insectes crus devraient être interdits chez l’homme. La consommation devrait être limitée à certaines espèces. L’étiquetage devrait mentionner la présence d’insectes dans les aliments...

... Sans parler des risques !

Enfin et surtout, si les bénéfices de leur consommation ne sont pas évalués, les risques ne le sont pas plus. Les insectes peuvent être les réservoirs ou les vecteurs de divers agents biologiques, chimiques et physiques susceptibles de nuire à la santé de l’homme ou de l’animal. Porteurs de venins, mais aussi de produits chimiques de l’environnement, parasites, voire bactéries ou virus... Tout cela est impossible à préciser faute de données.

Le risque allergique semble notamment bien réel. Des cas d’allergie respiratoire, cutanée et alimentaire ont été signalés dans le personnel des élevages d’insectes. Avec parfois des chocs sévères. C’est pourquoi l’ANSES recommande la plus grande prudence aux amateurs de sensations gustatives nouvelles, surtout s’ils ont un terrain favorable aux allergies...

(*) Avis de l’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (ANSES) relatif à « la valorisation des insectes dans l’alimentation et l’état des lieux des connaissances scientifiques sur les risques sanitaires en lien avec la consommation des insectes ».

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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