Allergies alimentaires : quoi de neuf ?

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L’allergie alimentaire suscite un intérêt croissant, comme en témoigne le Professeur Denise Anne Moneret-Vautrin à travers quelques questions-réponses sur le sujet. Une des grandes questions est sa fréquence réelle dans la population. Les études anciennes reposaient sur des enquêtes par questionnaires et donnaient des chiffres très élevés, jusqu’à 30%. Lorsque l’allergie est diagnostiquée par des tests cutanés et immunologiques objectifs, les chiffres sont bien inférieurs...

Les vrais chiffres de l’allergie

« Allergies, gingivites... : de nouveaux bénéfices santé pour les probiotiques » - Crédit photo : www.agorasante.fr Beaucoup de gens se croient allergiques alors qu’ils ne le sont pas, certains aliments étant plus souvent mis en cause que d’autres. Par exemple, dans le projet EuroPreval, l’ordre de fréquence des aliments incriminés par les sujets met le lait en première position alors que dans le classement fait sur des tests immunologiques spécifiques, le lait arrive en queue d’une trentaine d’aliments...

Dans la réalité, la prévalence de l’allergie alimentaire en Europe est de 4,7% chez l’enfant et 3,3% chez l’adulte. En France, les allergènes les plus fréquents chez l’enfant de moins de 1 an sont l’oeuf (77,5% des allergies) suivi du lait (29,2%) et de l’arachide (19,7%). Entre 1 et 3 ans, l’oeuf est toujours en tête, suivi de l’arachide. Après 3 ans, l’arachide représente 49% des cas, alors que l’oeuf (24%) et surtout le lait (7%) s’effondrent car ces allergies guérissent.

Chez l’adulte, les principaux allergènes se trouvent dans les fruits et légumes, les prunoïdées (pomme, pêche, poire, cerise... ), céleri, fruits du groupe latex (avocat, kiwi, banane...), fruits à coque (noix, noisette, pistache...). Tous les vrais allergiques vous le diront : l’allergie est difficile à gérer au quotidien car elle impose l’éviction de l’aliment incriminé sous toutes ses formes. Avant de se déclarer allergique et d’éliminer des aliments, il faut être certain du diagnostic : seul un spécialiste peut le faire.

Que sait-on des nouveaux allergènes alimentaires ?

Chaque fois qu’un nouvel aliment devient de consommation courante en France, il faut s’attendre immanquablement à ce qu’on découvre un premier cas d’allergie, qui sera suivi par d’autres... Tout dernier exemple : le fruit du dragon ou pitaya, fruit chinois à la coque hérissée d’épines. Avec l’extension des produits à base de lait de brebis et de chèvre depuis une dizaine d’années, on note une augmentation des accidents allergiques sévères à ces protéines -14 cas rapportés dans notre réseau d’allergovigilance depuis 2003 - alors que pour l’allergie au lait de vache, relativement peu fréquente, il n’y a rien de nouveau depuis 30 ans.

Autre allergène émergent : les isolats de blé, qui sont une fraction de gluten chimiquement modifié, largement utilisés dans les produits alimentaires (11 cas sévères depuis 2004). Enfin, troisième problème important, mais déjà ancien : la noix de cajou. De tous les fruits à coque, c’est celui qui attire aujourd’hui le plus l’attention pour les accidents sévères.

Quoi de nouveau pour les traitements ?

Cela fait plus de dix ans que nous appliquons avec succès des protocoles de tolérance orale à l’oeuf, au lait, à la farine de blé chez les très jeunes enfants, qui guérissent en grande majorité. Aujourd’hui, nous nous intéressons tous, Européens et Américains, à l’allergie à l’arachide, qui ne guérit presque pas naturellement. Les publications sur les protocoles de tolérance orale à l’arachide commencent à apparaître, avec de tout premiers résultats positifs.

Comment évolue la pratique de l’étiquetage des allergènes ?

Tous les deux ans, l’agence européenne doit se saisir de l’examen des nouveaux allergènes qui émergent de par leur fréquence ou leur gravité. L’étiquetage des allergènes est obligatoire pour 14 aliments : 12 allergènes importants ont été listés il y a quelques années, puis deux autres ont été ajoutés il y a deux ans, du fait de la multiplication des publications : le lupin et les mollusques.

Pour les grandes industries alimentaires, l’étiquetage est correct. Le problème qui n’est pas résolu est celui des petits artisans, qui ne sont pas tenus à l’obligation d’étiqueter les ingrédients utilisés. Quant aux repas pris au restau rant, le flou est complet : les personnels de la restauration privée sont très ignorants des risques de l’allergie alimentaire.

Dans la restauration collective, les grandes sociétés ont mis en place des procédures pour limiter les risques et on utilise aussi beaucoup moins d’ingrédients pour des raisons de coût. La situation est donc meilleure, sans être parfaite.

L’étiquetage actuel est un très grand progrès par rapport à la situation d’il y a dix ans, mais il doit être adapté en permanence aux nouveaux allergènes. Concernant les isolats de blé, par exemple, l’étiquetage « farine de blé » est insuffisant car on ignore s’il s’agit de farine ou d’isolat de blé. Or, on peut très bien tolérer la farine de blé mais avoir une allergie aux isolats. Les industriels commencent à indiquer sur les étiquettes « protéines de blé », cette mention signifiant qu’il ne s’agit pas de farine naturelle. Mais elle n’est pas obligatoire.

Le Pr. Denise Anne Moneret-Vautrin a organisé à Nancy les 8 et 9 octobre 2009 le 5e symposium du cercle d’investigations cliniques et biologiques en allergologie alimentaire (CICBAA) consacré aux actualités en allergologie alimentaire. Ce symposium international, qui se tient tous les deux ans, est consacré à tous les aspects nouveaux concernant les allergies alimentaires.

(Trois questions au Pr. Denise Anne Moneret-Vautrin, service de médecine interne, immunologie clinique et allergologie, hôpital universitaire, Nancy)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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