Allergènes : les commerçants allergiques à la bonne information des consommateurs

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Allergènes : les commerçants allergiques à la bonne information des consommateurs

Près d’un an après l’entrée en vigueur de l’obligation d’une information écrite sur la présence d’allergènes dans les aliments non emballés [1] et alors que les accidents allergiques ont doublé chez les enfants [2], l’UFC-Que Choisir vient de publier les résultats inquiétants d’une enquête de terrain "client-mystère" exclusive réalisée dans 375 commerces : les traiteurs et restaurants, les boulangeries-pâtisseries et les rayons "à la coupe" de la distribution.

Les allergies et intolérances alimentaires sont des maladies de natures très variées touchant entre 6 et 9 millions de consommateurs en France. La suppression du composé nocif dans toute leur alimentation est le seul moyen pour les consommateurs allergiques ou intolérants de protéger leur santé. Or la connaissance intuitive de la recette de fabrication d’un produit est insuffisante pour s’assurer de l’absence d’un allergène, face à la complexité des recettes de l’industrie, d’autant que beaucoup d’allergènes sont présents de manière masquée sous la forme d’additifs. C’est donc pour garantir la sécurité des consommateurs que les Pouvoirs Publics européens ont rendu obligatoire l’information sur la présence de 14 composés responsables des allergies et intolérances les plus fréquentes en Europe.

Cette information initialement limitée aux seuls aliments emballés est obligatoire depuis décembre 2014 pour les produits non-emballés commercialisés par exemple par les petits commerces spécialisés (boulangeries, pâtisserie, traiteur), la restauration ou les rayons coupe de la grande distribution. Depuis juillet 2015 les autorités françaises exigent en outre que cette information soit consignée par écrit. Près d’un an après l’entrée en vigueur de ces nouvelles obligations, l’UFC-Que choisir publie une enquête mystère destinée à vérifier sa mise en oeuvre dans 375 commerces 81 départements [3].

L’information qui donne des boutons aux commerçants

Au regard de la stricte obligation d’informer sur les allergènes, Seule la restauration rapide respecte la lettre du Décret. Mc Donald’s, Quick et KFC mettent à disposition l’information sur les allergènes dans la totalité des 9 établissements visités.

Pour la grande distribution en revanche, il est inadmissible qu’un quart des 134 magasins visités soit encore hors la loi ! Si aucune enseigne n’est en mesure de réaliser le ‘sans faute’, Monoprix est en tête avec 88 % de magasins visités publiant les allergènes. Géant-Casino est en fin de classement avec seulement 57 % de magasins enquêtés donnant l’information sur les allergènes, soit à peine plus d’un magasin sur deux.

Conformité des enseignes à la réglementation sur les allergènes

Quant aux 232 commerces artisanaux (boulangeries-pâtisseries, traiteurs et restaurants de quartier), ce sont les cancres en matière d’information, 75% d’entre eux ne publiant pas la moindre information sur les allergènes !

Le petit commerce est également dernier de la classe en matière d’accueil : dans près d’un commerce sur cinq, l’attitude des commerçants est peu coopérative, voire franchement hostile ! Pourtant le droit à une information fiable, loin d’être une lubie, est un enjeu de santé pour les consommateurs allergiques ou intolérants.

Les petits commerces, cancres sur les allergènes

Une information trop peu digeste

Si la réglementation française définit le principe d’une obligation d’informer, elle laisse en revanche les modalités de cette information à la discrétion des professionnels. Ceci explique que la lisibilité et la facilité d’emploi par les consommateurs n’aient généralement pas été prises en compte par les professionnels. Les allergènes sont ainsi le plus souvent regroupés pour l’ensemble des produits sur des affichettes de petite taille ou perdus au milieu de centaines de références, ce qui en rend la lecture particulièrement ardue. Il faut cependant saluer l’effort de lisibilité de certaines enseignes –au premier rang desquelles "Auchan" - qui privilégient des étiquettes individuelles placées en relation immédiate avec le produit.

Allergènes sur des étiquettes individuelles

L’étiquetage de précaution protège les commerçants, mais n’informe pas les consommateurs

Outre les allergènes volontairement incorporés dans leurs recettes, nombre de professionnels mentionnent la présence éventuelle de traces d’allergènes du fait de contaminations accidentelles lors de la fabrication. Mais alors que les procédés permettant de limiter ces contaminations n’ont jamais été aussi bien maîtrisés et contrôlés, il est inadmissible que 60% des magasins de la grande distribution et un tiers des petits commerçants en fassent mention. En effet, ces étiquetages de « précaution » qui n’ont comme seul but que de dédouaner la responsabilité légale des professionnels en cas d’accident allergique, ont pour effet collatéral de restreindre encore plus le choix des consommateurs allergiques.

Ces constats sont d’autant plus désolants que l’allergie, loin d’être anodine, figure désormais au 4e rang des maladies chroniques selon l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS). Il ne s’agit donc pas d’un simple problème d’information mais bel et bien d’un enjeu de santé publique. Profondément attachée à garantir aux consommateurs allergiques et intolérants, l’accès à une alimentation présentant toutes les garanties de sécurité, l’UFC-Que Choisir :

  • Demande aux Pouvoirs Publics de contrôler la bonne application de la nouvelle obligation réglementaire et de sanctionner les contrevenants ;
  • Réclame une réécriture du décret pour préciser les modalités d’information des consommateurs, afin que les allergènes soient indiqués par le biais d’étiquettes individuelles placées directement auprès des aliments ;
  • S’oppose à la généralisation de l’étiquetage de précaution et saisit à cet effet l’Anses pour que celle-ci encadre strictement son utilisation.

Pour en savoir plus, voir l'étude complète : "Etiquetage des allergènes sur les aliments non emballés : un an après la Loi, les professionnels toujours allergiques à leurs obligations".

Références

  1. Décret n° 2015-447 du 17 avril 2015 relatif à l'information des consommateurs sur les allergènes et les denrées alimentaires non préemballées, entré en vigueur le 1er juillet 2015
  2. Entre 2005 et 2008, les accidents anaphylactiques ont augmenté de 109 % en France chez les enfants – Source avis n°66 du Conseil National de l’Alimentation – Janvier 2010
  3. Enquête terrain réalisée du 12 au 26 mars 2016 dans 81 départements sur 375 commerces : 134 magasins des grandes enseignes de la distribution (aux rayons traiteurs à la coupe), 112 boulangeries-pâtisseries, 71 restaurants de quartier, 49 traiteurs et 9 établissements de restauration rapide.

SOURCE : UFC-Que Choisir

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