Allégations et santé : l'angoisse est au fond de l'assiette

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La multiplication des allégations nutritionnelles et de santé peut troubler la relation de confiance qui, en France, unit le consommateur à son alimentation. Une tendance marketing qui, à terme, risque de nuire aux comportements alimentaires... et de se retourner contre les marques qui l'exploitent à outrance...

« Allégations et santé : l’angoisse est au fond de l’assiette » - Crédit Photo : www.planet.fr « Riches en fibres », « sans matières grasses », « pauvre en sodium », « allégé en sucre », « accélère le transit », « prévient l’ostéoporose »... Quand l’argument nutrition-santé devient un slogan marketing, les promesses fleurissent par centaines aux frontons des linéaires. Certes, la tentation d’attribuer des vertus quasi-miraculeuses aux aliments est une ancienne manie - à l’exemple des carottes qui « rendent aimable » ou « donnent les cuisses roses ». Mais force est de constater qu’aujourd’hui, les produits alimentaires acceptant de se présenter au consommateur sans abonder au sacro-saint « capital santé » se font rares.

Au strict plan de la légalité, les allégations figurant sur les emballages et publicités n’ont, pour la plupart, rien à se reprocher à l’échelle nationale... Quitte à profiter d’un territoire juridique européen encore en jachère. En effet, depuis le 1er juillet 2007, une réglementation européenne classe les allégations en trois catégories : allégations nutritionnelles, associées à la notion de quantité (« riche/pauvre en... ») ; allégations de santé génériques, fonctionnelles ou comportementales (par exemple « fibres et transit ») et allégations de santé annonçant un réduction du risque de maladie ou portant sur la santé infantile (« diminue le risque d’ostéoporose »).

La Commission européenne a missionné l’Autorité européenne de sécurité alimentaire (Aesa) sur deux points délicats : valider scientifiquement le bien-fondé d’une allégation de santé - plus de 4000 demandes d’allégations de santé génériques, en théorie les plus simples à vérifier, ont déjà été déposées par les États-membres - et, plus compliqué, établir des profils nutritionnels auxquels devront répondre les aliments pour être autorisés à alléguer.

Objectif louable de l’Europe, le texte sur les allégations envisage désormais qu’aucune allégation ne pourra être utilisée si elle n’a pas reçu un avis favorable de l’Aesa (en avril 2009, les premiers avis négatifs sont tombés, et les fabricants concernés doivent revoir leur copie). Mais en attendant la publication des listes d’allégations et des profils, c’est au consommateur qu’il revient d’estimer le bien fondé des promesses qui lui sont faites. Hélas, ils sont peu nombreux à faire leurs courses avec une calculette en bandoulière et un manuel de physiologie en poche !

De l’expectative à l’anxiété

User et abuser des allégations santé pour mettre le marketing au goût du jour n’est pas sans impact sur les consommateurs. De l’incompréhension à la méfiance, de l’hésitation à la déception, la relation de confiance entre la marque et le consommateur - qui est pourtant à la base des lois du commerce - s’effiloche progressivement. Au-delà des risques encourus par les marques elles-mêmes, cette cacophonie contribue à affecter les comportements alimentaires. « Cette soudaine exposition de vertus signifie-t-elle que l’offre alimentaire en général, et les produits "non allégants" en particulier, ne sont pas sains ? » « Suis-je vraiment capable de nourrir mes enfants sans commettre d’erreurs nutritionnelles ? » « Mes parents avaient-ils tort de sucrer leurs crêpes ou de manger une tartine beurrée au petit déjeuner ? » Telles sont les questions que peuvent se poser les consommateurs qui, déjà échaudés par les crises sanitaires (vache folle, légionellose, grippe porcine...), voient leur assiette se transformer en source d’anxiété.

Bien sûr, la question de la minceur focalise, à elle seule, une bonne partie des angoisses. Pour caresser le consommateur dans le sens du poids, les allégations ne manquent pas. C’est pourtant dans ce registre que se nichent le plus d’ambiguïtés, voire d’assertions douteuses. Notamment autour des sucres, paramètre particulièrement complexe à décoder par le consommateur qui ignore souvent la distinction entre glucides (simples et complexes), sucres (totaux, naturellement présents et ajoutés) et sucre (saccharose).

« L’allégement en sucre n’est pas une garantie d’allégement en calories, commente Philippe Reiser, directeur des Affaires scientifiques du Cedus, et les calories, mieux, la densité calorique sont des critères bien plus importants dans la balance énergétique. » En outre la réduction ou la suppression du sucre implique, en dehors des boissons, des formulations complexes où les ingrédients de substitution (matières grasses, édulcorants de charge, voire amidon...) ont un poids calorique équivalent ou supérieur au sucre enlevé. C’est ainsi que revendiquer abusivement un allégement en sucre produit un double effet : stigmatiser un aliment qui, bien connu des consommateurs, occupe une place légitime dans une alimentation équilibrée ; contribuer à saper la confiance en son alimentation et en la capacité de construire, par soi-même, un équilibre alimentaire. Sans oublier qu’au final, les chercheurs ont montré qu’un produit avec une allégation nutritionnelle ou de santé est un produit que l’on consomme souvent en plus grande quantité...

Article publié avec l’aimable autorisation du Cedus (Centre d’études et de documentation du sucre) d’après le Magazine Grain de Sucre N°19 d’octobre 2009.

SOURCE : CEDUS

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