Aliments, médicaments, alicaments ? Je ne mange pas, je me soigne !

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Le principe est simple : d’un côté, il y a les aliments, dont la vocation première n’est pas de soigner. De l’autre, il y a les médicaments dont c’est précisément la fonction. A priori, donc, pas d’ambiguïté, mais dans les faits, il n’en va pas de même.

Tout le monde le sait depuis longtemps : nos comportements nutritionnels ont un impact direct sur notre santé. Certains aliments ou familles d’aliments ont d’ailleurs des vertus que la science reconnaît formellement. Et que les responsables de santé publique promeuvent avec enthousiasme : nos fameux cinq fruits et légumes à absorber quotidiennement en sont une parfaite illustration.

De là à mélanger les genres, il y a un pas que bon nombre de profiteurs ont voulu franchir un peu trop allègrement en exploitant par exemple le terme « d’alicament », subtil néologisme né de la contraction d’aliment et de médicament. Résultat, on a vu fleurir les « allégations santé », censées nous informer sur les bienfaits supposés de tel ou tel aliment et qui ont largement contribué à nous embrouiller.

Le grand nettoyage de printemps

La vague nutritionnelle était si forte depuis le début des années quatre-vingt-dix que le législateur a eu bien des difficultés à en contrôler l’usage. Il faut dire que le marché des aliments santé, c'est-à-dire ceux qui revendiquent un bénéfice sur une fonction de l'organisme, est estimé à 40 milliards d'euros annuels dans le monde.

Aujourd’hui, la réglementation européenne a opéré un grand ménage dans les étiquettes comme dans la publicité et, parmi les quelque 4.000 allégations encore utilisées ou sollicitées en 2006 - 2007, seules… 222 ont finalement été autorisées par la Commission Européenne en 2013.

Voilà de quoi calmer les ardeurs d’industriels qui, trop longtemps, ont cherché à associer dans leur communication marketing un bénéfice santé à chaque aliment placé en rayon… mais voilà aussi de quoi décourager ceux qui ne peuvent investir les centaines de millions d’euros nécessaires à réunir les preuves scientifiques exigées pour avoir droit à une simple ligne sur un emballage. Chaque médaille a son revers.

La fin de la poudre de Perlimpinpin ?

Globalement, le durcissement de la réglementation a pourtant nettement profité aux consommateurs dont l’information a du coup été simplifiée et « objectivée ». S’il est heureusement toujours possible de savoir que tel ou tel produit est « riche en vitamines » ou « allégé en sucre ». Il n’est cependant plus possible d’en tirer des conclusions sur son bénéfice santé global.

Pourquoi un tel luxe de précautions ? D’abord parce qu’il n’existe aucun aliment miracle susceptible de se substituer seul aux apports d’une alimentation équilibrée sur la journée, voire sur la semaine.

Ensuite parce qu’un aliment peut parfaitement être riche en calcium – un vrai plus - mais regorger de sucres ou de matières grasses – un avantage déjà beaucoup moins évident…

Vous avez dit « allégation » ?

L’Autorité Européenne de Sécurité des Aliments (EFSA) est une agence indépendante financée par le budget communautaire. Elle fonctionne séparément de la Commission européenne, du Parlement européen et des Etats membre de l’UE. C’est elle qui est notamment chargée de vérifier le bienfondé scientifique des demandes d’allégations santé.

Le règlement européen distingue désormais 3 types d’allégations autorisées sur les emballages de produits alimentaires :

  • Les allégations nutritionnelles. Elles mentionnent simplement la présence, l'absence ou le niveau d'un nutriment dans un aliment ( « sans sucre ajouté », « riche en fibres »...)
  • Les allégations fonctionnelles. Elles décrivent ou mentionnent le rôle d'un nutriment. Pour les allégations « génériques », l'existence de preuves scientifiques généralement admises suffit (« Le calcium peut contribuer à améliorer la densité osseuse »).

    Les allégations « nouvelles » doivent au contraire s'appuyer sur des preuves scientifiques récemment établies (« Contient des acides gras essentiels nécessaires pour bien grandir »).
  • Les allégations relatives à la réduction d'un risque de maladie, ou au développement et à la santé des enfants. Elles doivent s'appuyer sur des publications et des preuves solides concernant le produit. Exemple : « Le DHA (oméga 3) contribue au développement visuel des nourrissons.»

La folie de la santé n’est plus de la folie furieuse. En France, le consommateur a le privilège de ne pas être considéré comme un gogo absolu et ce qu’il peut lire sur l’étiquette ne rime pas avec sornette. Alors qu’aux Etats- Unis ou au Japon vous pouvez acheter des boissons censées prévenir le cancer ou des chewing-gums réputés combattre le rhume, vous ne trouverez à l’Hyper de votre coin que des produits présentant des allégations dûment vérifiées et autorisées.

Même s’il y a toujours un peu d’hypocrisie dans l’air et sur les packagings, on n’essayera pas de vous faire acheter des vessies pour des lanternes. Ne pas être pris pour un imbécile est sans doute la première allégation revendiquée par les consommateurs. Qui pourrait être contre ?

Feu vert ou feu rouge ?

Le Pr Serge Hercberg, chantre du désormais célèbre « manger, bouger » qu’on voit [mais qu’on ne remarque plus] sur toutes les publicités alimentaires, voudrait instituer des mesures chocs, dont un code sous forme de feu tricolore, pour permettre au consommateur de faire un choix éclairé des produits qu’il consomme. Le feu vert signifierait ainsi « bon pour la santé », le feu orange inciterait à la vigilance et le feu rouge à l’extrême modération. La proposition est loin de faire l’unanimité dans le milieu de la prévention et suscite évidemment les plus vives critiques dans celui de l’industrie agro-alimentaire.

SOURCE : BIENSÛR Santé

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