Aliments et médicaments font-ils bon ménage ?

lu 3470 fois

De même que l'âge, les maladies, le poids, la génétique font qu'un même traitement n'a pas toujours des effets identiques, l'alimentation aussi peut jouer un rôle, a indiqué le Pr Bruno Lacarelle (CHU de la Timone, Marseille), lors d'une récente conférence de l'IFN.

« Aliments et médicaments font-ils bon ménage ? » - Crédit photo : www.info-veille-biotech.com Elle peut, selon les cas, améliorer ou diminuer l’efficacité ou la tolérance des médicaments, augmenter ou réduire les risques d’effets secondaires… De leur côté, quelques médicaments peuvent agir sur l’absorption de certains nutriments de notre alimentation.

A l’origine de toutes ces interactions, il peut y avoir des réactions chimiques et la formation de composés insolubles qui vont diminuer l’absorption des médicaments ou des nutriments. Ou encore des actions au niveau cellulaire : l’entrée ou la sortie des médicaments ou des nutriments dans les cellules sera ou non facilitée…

Certains médicaments doivent être pris au cours des repas, car leur absorption va être augmentée par les graisses : c’est le cas du saquinavir, un des produits utilisés dans le traitement du sida, de certains antifongiques… Pour les anti-inflammatoires, c’est la tolérance qui est améliorée lorsqu’on les prend en mangeant. A l’inverse, un repas riche en fibres peut gêner l’absorption de certains médicaments. Tel antipaludéen doit aussi absolument être pris hors repas, pour éviter qu’il ait des effets sur le coeur. D’autres traitements encore doivent être pris à distance des repas pour être efficaces. Avec de l’eau seulement, sans jus de fruit ou sans café…

Le jus de pamplemousse est connu pour augmenter la concentration sanguine de médicaments comme la ciclosporine (utilisée notamment dans les greffes), certaines statines (utilisées dans les hyperlipidémies) ou certains inhibiteurs calciques (prescrits dans l’hypertension artérielle) : d’où le risque d’effets indésirables ou de baisse excessive de la tension artérielle… L’ail pourrait diminuer les concentrations sanguines de saquinavir. Les viandes et les poissons fumés diminuer celle de la théophylline, un médicament de l’asthme. Un apport excessif de vitamine K dans l’alimentation va contrarier l’action des médicaments anti-vitamine K, utilisés comme anticoagulants…

De leur côté, certains médicaments peuvent entraîner des déficiences alimentaires, notamment en vitamines et minéraux. Les antibiotiques, en modifiant la flore intestinale, peuvent diminuer la production de vitamines du groupe B (B1, B2, B6, B12) ou diminuer la disponibilité de la vitamine B9 (acide folique). Les diurétiques ou les inhibiteurs de l’enzyme de conversion peuvent augmenter l’élimination rénale du zinc. Les antipsychotiques augmentent les besoins en vitamine B2. La metformine (un médicament antidiabétique) peut diminuer l’absorption de la vitamine B12…

Pas de panique pourtant ! Toutes ces interactions sont connues. De ce fait, on peut éviter leurs effets défavorables et se servir au contraire de leurs effets bénéfiques. Aux patients de bien lire la notice de leurs médicaments. Aux médecins et aux pharmaciens de bien préciser les conditions de chaque traitement : on n’est jamais trop bien informé !

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

Publicité : accès à votre contenu dans 15 s
Publicité : accès à votre contenu dans 15 s