Alimentation : tendances plaisir et santé des consommateurs à l'horizon 2020

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Engouement croissant du public envers les pratiques alimentaires, prise de conscience du lien fort entre alimentation et santé : devenus « experts », les consommateurs abordent leur alimentation avec de plus en plus d’intérêt. Comment notre alimentation va-t-elle évoluer dans les années qui viennent ? Quelles seront les priorités des mangeurs en 2020 ? Et quelle sera la place laissée au plaisir dans un environnement où les considérations pour la santé jouent un rôle de plus en plus déterminant dans les comportements des consommateurs, et où la technologie se banalise ? A l'occasion du 9ème Congrès International Goût-Nutrition-Santé, Ipsos et Vitagora proposent de découvrir les 6 tendances principales qui seront détaillées lors des conférences de ce vendredi 4 avril.

Les tendances alimentaires en 2020 : une méthodologie originale

Pour tenter d’approcher le contenu de notre alimentation en 2020, Ipsos et Vitagora ont choisi d’étudier en profondeur l’évolution présente et à venir de cinq pays témoins: France, Allemagne, Japon, Etats-Unis, et Russie. S’appuyant sur les grandes tendances sociodémographiques qui structureront les modes de vie de ces pays en 2020, il s’agissait d’en identifier les impacts sur les pratiques et les aspirations alimentaires des consommateurs. Vieillissement de la population, boom de la mobilité, usage accru de la technologie, montée des périls environnementaux, augmentation des foyers d’une personne, essor des classes moyennes, urbanisation : telles sont les tendances qui ont servi de point de départ aux analyses.

La spécificité du dispositif d’enquête mis en place réside dans la mixité de ses sources et dans son caractère international. En premier lieu, des experts du secteur alimentaire ont été interrogés pour comprendre l’impact de ces grandes tendances dans les cinq pays témoins. Puis une recherche documentaire internationale a été réalisée pour identifier les concepts émergents dans tous les domaines touchant de près ou de loin à l’alimentation : innovations industrielles, nouveaux concepts de restauration, applications électroniques, déclinaisons médiatiques... Enfin, un grand sondage interrogeant dans chaque pays un échantillon représentatif de la population nationale a été mené pour évaluer l’intérêt des consommateurs. 1000 personnes ont été interrogées sur chacun des cinq marchés.

Au total, quinze tendances « plaisir et santé » ont été identifiées. Certaines tendances sont partagées par les 5 pays étudiés dans l’étude. D’autres n’émergent que sur certains marchés. Toutes seront présentes dans l’esprit des consommateurs en 2020, et représenteront autant d’attentes auxquelles devront répondre les acteurs de la filière alimentaire.

Parmi les tendances qui seront dynamiques en 2020, les deux premières font particulièrement l’unanimité selon l’enquête Ipsos pour Vitagora. Elles témoignent des deux préoccupations majeures du mangeur de demain : la volonté de s’assurer au maximum de l’innocuité et de la qualité de ce qu’il mange, et le plaisir de découvrir de nouveaux horizons en matière alimentaire.

Le retour aux racines : le nouveau Bio ?

Circuits courts, appétence pour les cultures locales, goût pour l’authentique et le naturel : ces tendances vont continuer à s’amplifier au cours des cinq prochaines années. Face aux scandales alimentaires, aux problèmes de pollution, aux effets persistants d’événements dramatiques tels que Fukushima, les consommateurs seront de plus en plus en demande d’un retour à l’essentiel dans leur assiette. Un besoin de proximité déjà visible aujourd’hui va se développer plus amplement. Il sera le signe d’un besoin de mieux maîtriser son alimentation.

Davantage que le bio, c’est la priorité au local qui l’emportera avec tous les bénéfices qui vont avec : produits perçus comme plus goûteux, sentiment d’une plus grande proximité avec les producteurs, soutien au tissu économique local. Dans tous les pays occidentaux, cette tendance est déjà aujourd’hui prégnante : deux tiers des consommateurs achètent déjà, quand ils en ont l’occasion, aux producteurs de leur région. Elle le sera encore plus dans les années qui viennent. Au Japon, les marchés de producteurs locaux se développent également depuis la catastrophe de Fukushima et devraient convaincre de plus en plus de consommateurs nippons à l’horizon 2020.

Le « manger sans complexe »

Produits sucrés, gourmandise, les consommateurs sont loin d’avoir renoncé au plaisir. Même si la santé sera de plus en plus valorisée dans leur alimentation, la recherche de moments et d’occasions de lâcher prise va rester forte au cours des cinq prochaines années. S’écouter, ne pas se priver, se donner du plaisir : aux Etats-Unis comme en France, ces aspirations vont progresser malgré la persistance des problèmes de surpoids. La pression sociale et économique ressentie par de nombreux consommateurs les incite à trouver des sources de réconfort et l’alimentation est un domaine privilégié pour cela.

Surtout, en matière de plaisir, les consommateurs ont le sentiment d’une terra incognita largement ouverte encore à de nouvelles découvertes et expérimentations. C’est une bonne nouvelle pour tous les industriels qui ont fait du plaisir leur cheval de bataille. C’est aussi une opportunité d’explorer de nouveaux territoires et de nouvelles combinaisons, car le désir de surprise autant que le réconfort sont des attentes qui vont rester fortes à l’horizon 2020.

Vers une alimentation « connectée » aux États-Unis

Cette tendance encore très minoritaire devrait compter de plus en plus d’adeptes d‘ici à 2020. La multiplication des appareils connectés et l’apparition de capteurs destinés au corps humain stimulera le besoin de contrôler certains paramètres de sa santé et de son alimentation. Balances connectées, applications de suivi de son alimentation pour smartphone ou tablette, services en ligne qui recommandent des plats adaptés à votre régime, accessoires électroniques de contrôle… Grâce à ces outils, les consommateurs pourront quantifier précisément et vérifier l’impact de leurs apports alimentaires sur leur état de santé.

Un pays symbolise cette tendance : les États-Unis. Les chiffres de l’enquête Ipsos réalisée pour Vitagora montrent que 23% des Américains ont déjà utilisé des applications pour suivre leur alimentation. Et près d’un sur deux (46%) est intéressé à le faire dans le futur. C’est nettement plus que l’Allemagne (36%), le Japon (32%) ou la France (21%). Les consommateurs américains seront ainsi les premiers à entrer dans ce monde inédit où l’électronique deviendra l’allié de la plus ancienne fonction de l’être humain.

La fascination pour le cru en Allemagne

L’intérêt croissant pour les options « crues » traduit le rêve de retrouver un contact avec les goûts originels et le souci de consommer des aliments les moins transformés possibles. Dans tous les pays couvertes par l’étude, les adeptes du cru recherchent des aliments n’ayant pas subi d’altération durant la cuisson, ce qui garantit à leurs yeux leurs qualités nutritionnelles.

De fait, le cru fait de plus en plus recette et devrait continuer à progresser dans les esprits d’ici à 2020. Une proportion croissante de consommateurs (un tiers en moyenne dans l’enquête) commence à privilégier les aliments crus dans leur alimentation. Parti du nord de l’Europe, le mouvement « cook it raw », lancé par certains chefs, fait la promotion du cru comme garantie du goût « vrai ». Les Allemands figurent parmi les pays leaders : multiplication des groupes et des associations sur la « Rohkost », ouverture de nombreux restaurants et cafés crudivores, ateliers de cuisine, livres de recettes… 48% d’entre eux disent déjà privilégier les aliments crus, et 69% au total devraient le faire dans les années qui viennent, le chiffre le plus élevé de l’enquête Ipsos pour Vitagora.

Être beau grâce à son alimentation : un fantasme japonais ?

Le lien entre alimentation, forme et apparence intéresse de plus en plus dans une société où l’image de soi est importante aussi bien pour réussir sa vie privée que sa vie professionnelle. A l’avenir, un produit alimentaire devra ainsi répondre à trois exigences : santé, bien-être et beauté. Les consommateurs rechercheront des aliments savoureux parce qu’ils sentent qu’ils leur feront du bien à l’intérieur, et les rendront plus beaux. Cette tendance encore minoritaire et aux expressions industrielles peu convaincantes (échec du concept de « cosméto-food » dans plusieurs pays occidentaux) conserve néanmoins un potentiel de développement dans certains pays, notamment au Japon.

De fait, dans l’archipel, les produits et menus riches en collagènes ont le vent en poupe. Ces produits à la croisée de la cosmétique et de l’agro-alimentaire (boissons Shiseido, Kanebo) mais aussi de la restauration (soupe « collagen hot pot ») se multiplient. Les personnes intéressées à consommer des produits qui améliorent leur apparence physique (teint, peau, ongles, cheveux) sont nombreuses également en Allemagne ou aux Etats-Unis. Le potentiel est là, mais il faudra lever encore certains freins, notamment celui de la crédibilité, avant de développer des offres pertinentes. Aux Etats-Unis, émergent de nouvelles méthodes de bien-être pour améliorer son apparence physique, mais elles sont associées à des exercices physiques. La voie du succès réside peut-être dans cette combinaison.

Les Français sont-ils conservateurs ?

L’enquête Ipsos pour Vitagora montre que les Français obtiennent systématiquement des scores plus faibles que leurs homologues à la plupart des tendances nouvelles qui leur sont soumises. Ce retrait français traduit en partie la résilience d’une culture alimentaire traditionnelle forte. Les consommateurs français sont exigeants en matière alimentaire et privilégient leurs traditions. Règle des trois repas, produits locaux, importance du naturel, réticence face aux produits enrichis ou fonctionnels… Si le retour aux racines est sensiblement plus fort en France que partout ailleurs, bien des pratiques y sont boudées : la tendance « crue », l’alimentation connectée, les menus personnalisés, la cosmeto-food, etc.

L’enquête confirme que si l’alimentation est fortement valorisée en France, l’innovation, elle, est perçue plus difficilement, notamment quand elle sort des cadres consacrés par l’histoire. Le mangeur français fait de la résistance.

Beau défi lancé à tous ceux qui veulent introduire de nouvelles pratiques dans l’hexagone…

Pour de plus amples informations, consulter le site du Congrès Goût-Nutrition-Santé

SOURCE : VITAGORA®

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