Alimentation : quel impact sur l’environnement ?

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Au nom du développement durable, la production agricole, la transformation industrielle des aliments, l’emballage, le stockage, le transport, et jusqu’aux modes de conservation et de consommation domestiques sont régulièrement mis en cause pour leur effet sur l’environnement. Qu’en est-il exactement et que peut-on y faire ?

On estime que l’alimentation entre pour environ 15 à 30 % dans l’impact carbone des pays développés. Avec le transport et l’habitat, celle-ci est un de trois secteurs qui ont le plus d’effets sur l’environnement. Toutefois, l’impact environnemental du secteur alimentaire est difficile à déterminer, car il a des effets à la fois négatifs et positifs. Des effets négatifs sur l’air et sur l’eau. Des effets positifs comme la préservation de la biodiversité et de la qualité des sols.

Ces deux types d’effets demandent à être évalués et pondérés. Les émissions de gaz à effet de serre ne sont qu’un élément du problème, mais représentent un critère relativement aisé à prendre en compte. Les produits animaux, dont certains suggèrent de diminuer la consommation pour réduire l'impact carbone, sont des sources uniques de nutriments spécifiques et essentiels. Il semble en tout cas important d’étudier les relations entre la qualité nutritionnelle de notre alimentation et son impact carbone.

Une étude française pour en savoir plus

Nous nous sommes basés sur les consommations alimentaires spontanées des Français, à partir des données de l’enquête INCA 2, menée dans un échantillon représentatif de près de 2000 adultes, et sur les valeurs d’émission de gaz à effet de serre d’une sélection de 400 aliments les plus consommés en France.

Dans un premier travail [1], nous avons tout d'abord analysé la contribution des différentes catégories d'aliments à l’impact carbone total de l’alimentation et simulé l'impact d'une diminution de la consommation de viande. Puis, dans une seconde analyse [2] , nous avons classé les consommations individuelles en fonction de leur densité énergétique et de leur teneur en nutriments. Cela nous a permis de définir 4 classes de consommation alimentaire individuelle, de qualité nutritionnelle croissante.

Nous avons ainsi confirmé que la famille des viandes et charcuteries est la plus forte contributrice à l'impact carbone total de l'alimentation (pour 27 %), immédiatement suivie des fruits et légumes (pour 9%), à égalité avec le fromage, le lait et les produits laitiers frais y contribuant pour 5,5 %, à égalité avec les féculents.

Globalement, nous nous sommes aperçus qu’une alimentation généralement considérée comme « saine » était associée à un impact carbone légèrement plus élevé. Cela s'explique en partie par le fait que les produits sucrés et snacks salés sont des sources de calories trois fois moins impactantes que les fruits et légumes. Une alimentation bonne pour la santé ne serait donc pas automatiquement bonne pour la planète...

Comment résoudre cette contradiction et concevoir un modèle nutritionnel favorable à l’environnement ?

On s’aperçoit en effet avec notre étude que les objectifs environnementaux ne sont pas en plein accord avec les objectifs nutritionnels. La solution ne saurait être simpliste. Une étude théorique [3] basée sur la modélisation de rations, réalisée au Royaume Uni, propose d’augmenter la part des produits végétaux, notamment les féculents, dans la consommation alimentaire et de diminuer celle de la viande, sans modifier celle des produits laitiers, pour réduire d’environ un tiers l’impact carbone tout en respectant une liste de contraintes nutritionnelles. Nous avons récemment conduit une modélisation en tous points similaire, mais à partir de données françaises [4] et nous arrivons à des conclusions semblables.

Références

  1. Vieux F, et al. Ecological Economics 2012;75:91-101.
  2. Vieux F, et al. Am J Clin Nutr 2013 ;97 :569-583.
  3. Macdiarmid JI, et al. Am J Clin Nutr 2012;96:632-9.
  4. Thompson S, et al. WWF report,2013.

(Interview de Nicole Darmon, Directrice de Recherche INRA, UMR NORT (Nutrition, Obésité et Risque Thrombotique), Faculté de médecine de la Timone, Marseille)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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