Alimentation : la tendance est au plaisir...

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Les comportements alimentaires connaissent, depuis la crise, quelques évolutions significatives. En effet, les Français se recentrent sur le repas. Dans une ambiance morose, le premier réconfort se trouve souvent autour d'une table. En témoigne le succès de « Masterchef », « Un dîner presque parfait » ou encore « Top chef », toutes ces émissions qui mettent la cuisine à l'honneur. Et de manière plus générale, « nous pouvons observer de nouvelles tendances : du tout light nous sommes passés au tout santé puis, aujourd'hui, au tout plaisir, en maintenant toutefois la valeur bien-être » explique Pascale Hébel, sociologue et directrice Consommation du Crédoc. Le retour à une alimentation plus traditionnelle est en marche.

Les produits bruts à l'honneur

Les Français reprennent goût aux produits frais tels que la carotte, le navet, le poireau ou le céleri. La priorité est donnée aux produits du marché, aux produits « bruts » les moins chers, à ceux qui arrivent directement de chez le producteur. Le beurre, la crème fraîche, les fruits, les viandes de volaille ont également le vent en poupe. Les Français privilégient clairement le plaisir en période de crise.

Retour aux fourneaux : une évolution conjoncturelle ou naturelle ?

« Aujourd'hui, nous constatons que les ventes de plats préparés diminuent tandis que celles de la volaille, du poisson et même de la viande rouge augmentent » indique Pascale Hébel. Le « fait maison » est valorisé, une façon également de prendre soin de soi et des autres. D'autant que, rigueur oblige, le budget restaurant est souvent revu à la baisse : « on reçoit donc plus chez soi sa propre famille, les plus jeunes reviennent manger chez les parents » explique Pascale Hébel.

Dans le contexte anxiogène de la crise, l'alimentation apparaît comme une valeur refuge. Faire la cuisine rassure et permet de partager des moments de convivialité. Tout un commerce s'est développé autour de ce phénomène, celui des livres et des cours de cuisine. Les blogs sur Internet se multiplient. Toutefois, il semblerait que ce « retour aux fourneaux » ne concernerait finalement qu'une minorité de la population.

Place aux aliments plaisir : le réconfort !

Surprises ou pas ?! Les marchés d'allégés, d'enrichis, d'aliments santé et de compléments alimentaires perdent du terrain. Alors que les marchés gourmands et festifs, plutôt sucrés, sont en forte hausse, celui du chocolat particulièrement, aliment typiquement réconfort. Les valeurs de quiétude et de douceur sont de mise avec les ventes de produits laitiers en augmentation. La notion de convivialité, elle, s'exprime par la consommation des alcools forts.

Les Français se sont-ils lassés des discours consistant à valoriser l'aliment minceur ou santé, à prôner des normes, délivrer des messages de prévention...?

Les Français aspirent à une consommation responsable et durable

Le consommateur tend aujourd'hui vers plus de sobriété et de mesure. Aux verrines sophistiquées, il préfère la cocotte posée au centre de la table. Après l'air du jetable, est venu celui du durable. Selon l'étude Ethicity « les Français et la consommation responsable » menée en 2010, trois quart des Français considèrent le développement durable comme une nécessité, et 60% déclarent avoir changé leur comportement en 2009. Depuis le Grenelle de l'Environnement, ils ont pris conscience que le « trop consommer » a des conséquences néfastes sur le développement durable.

La crise a renforcé la méfiance vis-à-vis de la société d'hyperconsommation. Le consommateur veut acheter différemment, intelligemment et de manière responsable.

En privilégiant des circuits de distribution « à taille humaine », simples et authentiques comme les marchés ou les AMAP (Associations pour le Maintien d'une Agriculture Paysanne), il affiche ses valeurs : priorité aux producteurs locaux, pour préserver l'emploi en France, et priorité aux produits de saison, pour éviter le coût carbone. D'après l'enquête Ethicity 2010, 26% des Français pensent qu'un produit permettant de consommer de manière responsable doit être fabriqué localement afin de favoriser le développement de l'emploi au niveau local. Les Français s'intéressent un peu moins aux produits bio, qui restent chers et qui ne représentent que 20% du marché en France.

Le repas : un moment de convivialité

Une enquête sur l'alimentation et la santé menée dans six pays (Enquête Ocha/Sofres, Repas en famille, 2002) a montré que les anglophones surtout, Britanniques et Américains, ont une relation beaucoup plus individualisée à l'alimentation que les Français.

Pour nous, plaisir de la table rime forcément avec convivialité et partage : en famille ou entre amis, tout est meilleur. Un met est, par ailleurs, plus apprécié autour d'une table bien dressée avec de jolis couverts. Les Français aiment prendre leur temps, attachent beaucoup d'importance à ce qu'ils mangent. « Ce que nous partageons autour d'une table, ce ne sont pas seulement des plats, ce sont aussi des émotions, des idées. Et surtout beaucoup de plaisir! » précise Pascale Hébel.

Le repas de fête des Français mis à l'honneur par l'UNESCO

En France, un repas, surtout de fête, est toute une affaire, avec une préparation et des us et coutumes, inscrits dans la culture populaire. C'est ce qu'a reconnu en novembre dernier l'Unesco en classant le "repas gastronomique des Français" au patrimoine immatériel de l'humanité. Malgré son appellation, cette reconnaissance va bien au-delà de la gastronomie, et englobe le rituel social qui accompagne le repas de fête chez nous, cette succession de plats, cette façon de mettre la table, de marier les mets et les vins, mais aussi d'en parler, et même de mener la conversation pendant le repas.

Les Français attachés à leurs habitudes alimentaires (source : Crédoc)

  • A 12h30, 51% des Français sont à table
  • 3 repas journaliers rythment leur quotidien
  • Les valeurs de partage et de convivialité sont essentielles : un repas se fait à plusieurs, le midi avec ses collègues et le soir en famille
  • Le repas est commun à tous : tout le monde mange la même chose
  • Les Français aiment varier les repas, il est rare de manger plusieurs jours de suite la même chose
  • Les saveurs sucrées et salées sont rarement mélangées, les plats salés sont suivis du sucré. Les boissons à connotations sucrées sont réservées à la fin du repas
  • Les Français préfèrent le salé au sucré

(Pascale Hébel, Sociologue, directrice du département Consommation du Crédoc - Conférence de presse Oh my Food! du 17 mars 2011)

SOURCE : Oh my Food!

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