Alimentation et pression artérielle : les données de l’étude française Nutrinet-Santé

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Alimentation et pression artérielle : les données de l’étude française Nutrinet-Santé

L’hypertension artérielle (HTA) est la maladie chronique la plus fréquente dans le monde, touchant 30% de la population adulte mondiale et dont la prévalence est en augmentation [1]. En France, elle concernerait 12 à 15 millions d’individus, dont seulement la moitié serait traitées. De plus seulement 50% des patients traités seraient contrôlés [2].

Cinq mesures comportementales reconnues

De nombreuses études épidémiologiques et expérimentales ont mis en évidence une association entre des facteurs comportementaux, notamment nutritionnels, et l’HTA, maladie d’origine multifactorielle. C’est pourquoi toutes les recommandations pour la prise en charges des patients hypertendus publiées à travers le monde incluent des mesures non-médicamenteuses.

Les cinq mesures comportementales reconnues comme ayant un effet sur le niveau de pression artérielle (PA) sont :

  • de limiter sa consommation de sel,
  • de pratiquer une activité physique régulière,
  • de limiter sa consommation d’alcool à 3 verres par jour chez les hommes et 2 chez les femmes,
  • d’atteindre ou de maintenir un poids « normal » (IMC entre 20 et 25kg/m2 ),
  • d’adopter une alimentation type DASH (dietary approach to stop hypertension) c’est à dire riche en fruits et légumes et produits laitiers non gras et pauvre en graisses saturées [3-4].

De nombreuses campagnes de santé publique, parmi lesquelles le Programme National Nutrition Santé (PNNS) en France, recommandent l’implémentation large de ces mesures en population générale dans le but de prévenir entre autre l’élévation du niveau tensionnel avec les années [5].

L’étude des données de 8670 « nutrinautes »

Notre objectif, dans cette analyse, était d’étudier les relations entre les cinq mesures citées, prises individuellement d’une part puis ensemble, et le niveau de PA dans une population d’adultes non traités pour hypertension.

Nous avons utilisé les données de 8670 « nutrinautes » (participants à l’étude Nutrinet-Santé). En plus de remplir annuellement des questionnaires fournissant des données alimentaires détaillées, des données de santé, des données socio-démographiques et comportementales ces sujets ont été soumis à un examen clinique avec, entre autre, une mesure protocolarisée de la PA [6].

Cet échantillon de nutrinautes comprenait 76% de femmes, l’âge moyen était de 50,9 ± 13,6 ans, la PA systolique (PAS) moyenne de 123,5 ± 15,2 mm Hg, l’IMC moyen de 23,8 ± 4,1 kg/m2, le niveau d’éducation élevé (65,7% des participants ayant fait des études supérieures). Leur consommation en fruits et légumes était élevée, la consommation de sel de 8,2 ± 2,3 g/j (plus élevée chez les hommes 9,6 g/j que chez les femmes 7,8 g/j).

La consommation en fruits et légumes est négativement associée à la PAS dans les deux sexes

Les résultats, lorsque l’on étudie les mesures prises individuellement (avec ajustement sur l’âge), montrent que :

  • la PAS augmente de façon signifi cative avec l’IMC chez l’homme comme chez la femme,
  • la consommation de sel est associée de façon signifi cative à la PAS chez l’homme, mais pas chez la femme,
  • la consommation en fruits et légumes est signifi cativement et négativement associée à la PAS dans les deux sexes,
  • celle d’alcool est associée positivement et signifi cativement à la PAS dans les deux sexes,
  • il n’y a pas d’association signifi cative entre la PAS et le niveau d’activité physique.

L’IMC est le paramètre le plus fortement associé au niveau tensionnel

L’étude de la relation entre les 5 mesures prises ensembles et la PAS - par l’utilisation d’un modèle multivarié (avec ajustement sur l’âge et le niveau d’éducation) - montre que l’IMC est le paramètre le plus fortement associé au niveau tensionnel, avec une augmentation de 1 mm Hg par kg/m2 dans les deux sexes.

Les relations signifi catives entre, consommation de fruits et légumes et PAS d’une part, et consommation d’alcool et PAS d’autre part, restent signifi catives chez la femme mais pas chez l’homme. Enfi n, la consommation de sel et le niveau d’activité physique ne sont pas associés de façon signifi cative à la PAS tant chez l’homme que chez la femme en analyse multivariée.

La lutte contre l’épidémie d’obésité est une priorité Evidemment, le caractère transversal de cette étude limite la portée de ses résultats qui devront être renforcés par l’analyse des données longitudinales, dont nous disposerons grâce au suivi de la cohorte Nutrinet-Santé.

Finalement, parmi les mesures non-médicamenteuses préconisées dans les différentes recommandations destinées à la population générale ou à des individus hypertendus, il semble que l’IMC soit le facteur modifi able le plus fortement associé au niveau de PA. Ce résultat suggère que la lutte contre l’élévation de la pression artérielle avec l’âge en population générale devrait prioritairement passer par la lutte contre l’épidémie d’obésité à laquelle les pays occidentaux, mais également les pays émergents, sont actuellement confrontés.

(D’après : Lelong H, Galan P, Kesse-Guyot E, Fezeu L, Hercberg S, Blacher J. Relationship Between Nutrition and Blood Pressure: A Cross-Sectional Analysis from the NutriNet-Santé Study, a French Web-based Cohort Study. Am J Hypertens. 2015 Mar;28(3):362-71.)

Références

  • [1] World Health Organization. A global brief on Hypertension. WHO/DCO/WHD/2013.2. April, 2013 Available at: apps.who.int. Accessed July 15, 2013.
  • [2] Godet-Madirrossian H, Girerd X, Vernay M, Chamontin B, Castetbon K, de Peretti C. Patterns of hypertension management in France (ENNS 2006-2007). European Journal of Preventive Cardiology. 2012; 19: 213-220.
  • [3] Greenlund KJ, Daviglus ML, Croft JB. Differences in healthy lifestyle characteristics between adults with prehypertension and normal blood pressure. J Hypertens. 2009; 27: 955-962.
  • [4] Mancia G, Fagard R, Narkiewicz K et al. 2013 ESH/ESC Guidelines for the management of arterial hypertension. J Hypertens. 2013; 31:1281–1357.
  • [5] Hercberg S, Chat-Yung S, Chauliac M. The French National Nutrition and Health Program: 2001–2006–2010.Int J Public Health. 2008; 53:68–77.
  • [6) Hercberg S, Castetbon K, Czernichow S, Malon A, Mejean C, Kesse E, Touvier M, Galan P . The Nutrinet-Santé Study: a web-based prospective study on the relationship between nutrition and health and determinants of dietary patterns and nutritional status. BMC Public Health. 2010; 10:242.

SOURCE : APRIFEL

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