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Alimentation et grossesse : vers des conseils plus ciblés et réalistes ?

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Alimentation et grossesse : vers des conseils plus ciblés et réalistes ?

De nombreux travaux ont mis en évidence que l’environnement maternel (incluant l’alimentation) a un impact non négligeable sur le déroulement de la grossesse et ses issues, mais aussi sur la santé de la mère et celle de l’embryon, du foetus, du nourrisson et de l’enfant dans sa vie future. Ainsi, il paraît particulièrement important que les besoins nutritionnels accrus durant cette période soient satisfaits.

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La grossesse s’accompagne d’une augmentation des besoins nutritionnels afin de permettre son bon déroulement et un développement adéquat du foetus tout en maintenant le métabolisme de la mère.

Cependant, dans les pays développés où les régimes observés dans la population adulte sont, le plus souvent, énergétiquement denses, riches en graisses et en sucres et pauvres en vitamines et minéraux, les régimes alimentaires des femmes enceintes sont marqués par les mêmes tendances.

En France, les données existantes sur le statut nutritionnel des femmes enceintes ont notamment montré des profils d’apports en acides gras polyinsaturés inadéquats, une déficience modérée en iode et des apports inadéquats en acides gras saturés, fibres, folates et vitamine D.

Pourtant, lors de la grossesse, les femmes expérimenteraient une prise de conscience des problématiques relatives à l’alimentation et à la nutrition associée à une recherche accrue d’informations à ce sujet.

Les femmes enceintes seraient donc plus enclines à l’adoption de pratiques alimentaires plus saines, comme l’augmentation de la consommation de fruits et légumes ou le choix de collations saines au détriment d’options plus grasses et sucrées.

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Ainsi, il apparaît une fenêtre d’opportunité pour accompagner les femmes enceintes vers des pratiques alimentaires plus saines. L’objectif de différentes études menées était de mieux appréhender le rapport à l’alimentation des femmes enceintes en France et d’identifier l’approche la plus adaptée pour la mise en place effective de pratiques alimentaires plus saines.

Le comportement alimentaire des femmes françaises durant leur grossesse

Le comportement alimentaire est essentiellement affecté par des causes externes, perçues comme très difficilement contrôlables par les femmes enceintes :

  • La première cause externe est relative aux restrictions alimentaires destinées à prévenir le risque infectieux pendant la grossesse (toxoplasmose et listériose, principalement). Ces restrictions génèrent des frustrations car elles portent sur des aliments très fréquemment consommés dans la population française : les charcuteries, les fromages à pâte molle à croûte lavée ou fleurie et les poissons et viandes fumés ou crus.

  • La deuxième cause externe correspond aux modifications physiologiques liées à la grossesse, telles que les nausées, les remontées acides, la perception accrue des odeurs, les dégoûts et les envies, qui contraignent les choix alimentaires des femmes enceintes et affectent leur alimentation au quotidien de manière variable.

  • La troisième et dernière cause externe est relative à la prise de poids, caractéristique la plus visible de la grossesse. En effet, les femmes enceintes s’accordent sur le fait que la prise de poids est inévitable et normale pendant la grossesse, mais elles ont l’impression de la subir et d’en perdre le contrôle en comparaison avec la période précédant la grossesse.

Ainsi, ces trois causes externes engendrent de la frustration et un sentiment de perte de contrôle, aboutissant à des tensions négatives vis-à-vis de l’alimentation pendant la grossesse.

La volonté de reprendre en main leur alimentation.

Dans le même temps, les femmes enceintes cherchent à reprendre la main sur leur alimentation. Pour cela, elles adoptent des pratiques alimentaires plus saines. Elles rapportent notamment consommer davantage d’aliments identifiés comme « sains » (fruits, légumes et poisson), porter davantage attention à la provenance des aliments qu’elles consomment, manger à des heures régulières, ou encore limiter la consommation d’aliments gras et sucrés.

Cette internalisation de leur comportement alimentaire leur permet de mieux gérer leur prise de poids mais surtout de contribuer positivement au bien-être de leur futur enfant mais aussi au leur.

Ainsi, l’objectif recherché englobe la santé mais va au-delà puisque la notion de bien-être comprend également l’épanouissement personnel.

A la recherche de sources d'informations

L’adoption de pratiques alimentaires plus saines nécessite que les femmes enceintes disposent d’informations relatives à l’alimentation et à la nutrition. Ces informations peuvent être absorbées de manière passive (c’est-à-dire sans une demande particulière des femmes enceintes) ou cherchées de manière active (c’est-à-dire délibérément pour répondre à une attente particulière).

Les trois types de sources d’informations utilisées par les femmes enceintes sont : les professionnels de santé, leur environnement social et les médias. Les professionnels de santé sont perçus comme la source la plus crédible mais les informations qu’ils leur proposent sont souvent succinctes et incomplètes. Cela pousse les femmes enceintes à chercher des informations par elle-smêmes. Elles se tournent alors vers leurs mères ou d’autres femmes ayant été enceintes dans leur environnement social.

Il convient également de noter que d’autres personnes de leur entourage n’hésitent pas à émettre des avis ou conseils sur l’alimentation pendant la grossesse, ce qui est perçu comme une intrusion.

Enfin, parmi les différents médias existants, les femmes enceintes privilégient Internet, pour sa praticité et la disponibilité immédiate des informations, même si elles s’accordent sur le fait qu’elles sont alors confrontées à une multiplicité d’informations, souvent contradictoires et dont il n’est pas possible d’identifier l’émetteur. Les informations concernant l’alimentation et la grossesse, qu’elles soient obtenues passivement ou activement, sont majoritairement perçues comme contradictoires.

Les femmes enceintes rapportent des contradictions entre les types de sources et au sein même d’un type de source, ce qui crée une cacophonie majeure limitant l’adoption de pratiques alimentaires plus saines, favorables à leur bien-être et à celui de l’enfant qu’elles attendent.

Mieux aider les femmes enceintes à résoudre les tensions vis-à-vis de l’alimentation pendant la grossesse

En France, les femmes enceintes perçoivent des tensions vis-à-vis de l’alimentation, qui sont engendrées par trois causes externes identifiées comme difficilement contrôlables : les restrictions alimentaires, les modifications physiologiques et la prise de poids. Elles tentent de reprendre le contrôle sur leur alimentation par l’adoption de pratiques alimentaires plus saines qui leur permettent à la fois de mieux gérer leur prise de poids et de contribuer positivement à leur motivation principale : leur bien-être et celui de leur enfant. Cependant, les informations conflictuelles qu’elles obtiennent auprès de différentes sources créent une cacophonie qui limite l’adoption de pratiques alimentaires plus saines.

Lors de groupes de discussion, les femmes enceintes ont pu décrire l’approche qui, selon elles, serait idéale afin de les aider à résoudre les tensions vis-à-vis de l’alimentation pendant la grossesse, précédemment identifiées. Ainsi, elles insistent sur le caractère personnalisé de cette approche, c’est-à- dire qu’elle soit adaptée à chaque femme enceinte pour lui proposer des choix alimentaires plus sains correspondant à ses habitudes mais aussi à d’autres spécificités individuelles (volonté de limiter la prise de poids, immunisation ou non contre la toxoplasmose, etc.).

Concernant le contenu, les femmes enceintes aimeraient bénéficier d’informations claires et précises sur les aliments à éviter et sur les aliments à privilégier (riches en certains vitamines et minéraux par exemple). Ensuite, l’approche devrait proposer un accompagnement permanent, à la fois simple et déculpabilisant. Les femmes enceintes aimeraient que cela puisse prendre la forme d’une application téléchargeable sur leur téléphone mobile, car elles l’auraient toujours à disposition et pourraient le consulter quand elles en ressentiraient le besoin.

Enfin, elles insistent sur la crédibilité de la source qui proposerait une telle approche, car elles ne souhaitent pas que la cacophonie soit amplifiée mais plutôt qu’elle soit atténuée. C’est pourquoi, il faudrait que cette approche soit élaborée et validée par des professionnels de santé dans les domaines de la nutrition et de la grossesse.

Les femmes enceintes souhaiteraient ainsi bénéficier de conseils alimentaires positifs, personnalisés, faciles à comprendre et provenant d’une source crédible pour les accompagner sur le plan alimentaire pendant leur grossesse. Ainsi, l’approche personnalisée basée sur l’amélioration de la qualité nutritionnelle de l’alimentation des régimes observés paraît pertinente pour les femmes enceintes. Cependant, il est nécessaire de prendre en compte la notion d’acceptabilité des conseils par les femmes pour permettre qu’ils soient mis en place de manière effective dans leurs régimes.

Pour améliorer le suivi des recommandations nutritionnelles chez les femmes, les messages de prévention devraient être également davantage ciblés et adaptés aux femmes jeunes et aux femmes ayant un faible niveau socio-économique.

(Par Clélia Bianchi, Doctorante, UMR Physiologie de la Nutrition et du Comportement Alimentaire, AgroParisTech, INRA, Université Paris-Saclay - D'après la conférence "Alimentation de la femme enceinte : constats et recommandations pour la santé de la mère et de l'enfant", 27 juin 2017 - Fonds Français Alimentation & Santé )

SOURCE : FFAS

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