Alimentation et Cancer : Parlons-en !

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Pour traverser au mieux les traitements contre le cancer, il est important de bien s’alimenter. Or, ces mêmes traitements ont des effets indésirables qui coupent parfois l’appétit ! Pour sortir du cercle vicieux, les diététiciens apportent leurs conseils personnalisés et les Comités départementaux de la Ligue contre le cancer proposent leur aide précieuse.

« Alimentation et Cancer : Parlons-en ! » - Crédit photo : Vivre n°343 Dégoût alimentaire, perte d’appétit, nausées, difficultés à déglutir… Les traitements contre le cancer ont souvent des effets secondaires indésirables qui font que le malade ne parvient plus à se nourrir comme avant. Résultat, celui-ci risque la dénutrition, laquelle augmente la fatigue, entraîne une perte de poids, qui peuvent obliger à ralentir le rythme du traitement et accroître sa durée. A l’inverse, c’est en mangeant bien qu’on permet de se maintenir en forme pour mieux affronter les traitements.

Autrement dit, « l’enjeu est d’éviter de tomber dans un cercle vicieux, mais au contraire de s’inscrire dans un cercle vertueux, souligne Ginette Rossignol, diététicienne à l’Institut Gustave-Roussy de Villejuif. Bien se nourrir compte d’autant plus que le patient peut y participer activement. Gérer son alimentation devient alors une façon de garder une maîtrise sur sa propre santé. Or on sait combien le bien-être psychologique et le bien-être physique sont indissociables dans une telle épreuve ».

Une prise de conscience des équipes médicales

Aujourd’hui, les équipes de soins en cancérologie ont pleinement conscience de l’enjeu : l’alimentation est au coeur de leurs attentions. « Pour prévenir la dénutrition, nous sensibilisons les infirmières pour qu’elles détectent les problèmes le plus tôt possible, note Ginette Rossignol. C’est également vrai dans le cadre de l’hôpital de jour : en cas de souci, je leur demande de me laisser un mot pour que je puisse voir le patient lors de sa prochaine cure de traitement. » Chaque service a son diététicien référent. Son rôle est d’informer les malades le plus tôt possible sur les éventuelles conséquences des traitements et leur proposer des solutions dans le cadre d’une « consultation diététique ». « Chaque cas est particulier, remarque Ginette Rossignol. Par exemple, pour les personnes en radiothérapie ORL qui ont de sérieux problèmes de déglutition, l’équipe propose des recettes d’alimentation mixée et leur remet un livret conseil à ce sujet. Les personnes sous chimiothérapie, quant à elles, ont souvent le goût qui se modifie et une sensibilité accrue aux odeurs qui risquent de les écoeurer et de leur donner des nausées.

Nous leur préconisons notamment de ne pas rester dans la cuisine et de s’orienter plutôt vers des repas froids. Nous leur expliquons aussi que pendant les traitements, elles ont un besoin accru en énergie et en protéines, c’est pourquoi nous leur donnons des conseils pour enrichir leur alimentation habituelle, les orientons dans le choix des aliments à consommer, de préférence les plus riches, comme les viandes blanches ou les poissons. » Le diététicien tient parfois à rencontrer également le conjoint ou la personne qui a l’habitude de préparer les repas. « Certes, le patient doit se forcer à manger, mais cela doit venir de lui-même et non des autres. Il arrive qu’il n’apprécie plus les bons petits plats qu’il aimait tant auparavant. Ce n’est pas dû à une mauvaise volonté mais à une modification du goût. Il n’y a pas lieu de s’en offusquer. Au contraire, c’est l’occasion d’explorer de nouvelles saveurs, de nouvelles recettes. »

Des Comités très actifs

A chaque patient correspond-il une alimentation idéale ? « L’important est plutôt de la rendre réelle en l’adaptant à ses besoins, ses goûts, ses envies du moment, mais aussi à ses habitudes et ses moyens financiers, souligne Guillaume Lehéricey, diététicien à l’hôpital la Pitié-Salpêtrière. L’alimentation répond aussi à une dimension hygiénique – prendre soin de son corps – et psychologique – se faire du bien, l’identification à ce qu’on mange. Bien manger passe par la considération de tous ces points. » Pour aider les patients à bien s’alimenter, de nombreux Comités départementaux de la Ligue contre le cancer organisent des rencontres, voire des ateliers cuisine. Le Comité de la Ligue contre le cancer de Loire-Atlantique a même récemment embauché une coordinatrice en économie sociale et familiale (CESF) spécialement formée à la gestion du budget alimentation. « Nous sommes partis du constat que pour bien manger, il fallait d’abord pouvoir choisir et acheter les bons aliments et ensuite savoir les préparer, raconte Sophie Poiroux, directrice du Comité.

C’est pourquoi nous venons de mettre en place un atelier scindé en deux temps : le premier consiste à accompagner les personnes au supermarché pour les aider à faire leurs achats. Le second à préparer avec eux les aliments dans un coin cuisine spécialement aménagé. Ces rencontres nous permettent de maintenir le lien social, en jouant sur le fait qu’en France la cuisine est une culture forte partagée par le plus grand nombre. Ce n’est pas parce qu’on est malade qu’il faut la délaisser, bien au contraire. » Un avis que partage Chrystelle Largillière, responsable de l’Espace rencontres information (ERI) de l’Institut Gustave-Roussy. Depuis plusieurs années, l’ERI organise des rencontres et édite des fiches recettes en collaboration avec les diététiciens de l’hôpital. Chrystelle Largillière se voit aussi comme une « passeuse » de bons conseils : « Les gens viennent souvent me voir pour ces questions, reconnaît-elle. Je discute avec tellement de personnes que j’accumule les trucs et astuces. » A défaut de toujours bien se nourrir, l’alimentation fait souvent causer, et c’est déjà un bienfait en soi.

Compléments nutritionnels

Les compléments nutritionnels, riches en nutriments, permettent de pallier efficacement aux problèmes d’alimentation. Vendus en pharmacie, ils sont de plus en plus variés : boissons lactées, crèmes desserts, potages, jus de fruit. Ces produits peuvent être remboursés s’ils sont prescrits par un médecin. En cas de besoin, il est conseillé d’en parler au diététicien de l’hôpital, lequel en parlera au médecin.

Pour de plus amples informations, consulter le magazine trimestriel de la Ligue nationale contre le cancer, "Vivre et Agir contre le Cancer" n°343, disponible en kiosque à partir du 05 octobre 2009.

Le calendrier 2010 (*) de la Ligue nationale contre le cancer réserve une bonne surprise : chaque mois de l’année sera illustré par une recette choisie spécialement par Guillaume Lehéricey, diététicien à l’hôpital la Pitié-Salpêtrière. Grâce aux douze recettes appétissantes illustrées gracieusement par le photographe Marc Robin, la Ligue vous aide à adopter une alimentation saine et équilibrée en cuisinant en toute simplicité. Guillaume Lehéricey, coordinateur du réseau de proximité en cancérologie de l’Est parisien est également l’auteur de l’ouvrage « J’ai un cancer, comment bien m’alimenter », aux éditions Gisserot (5 euros).

(*) Disponible auprès de votre Comité départemental au 0810 111 101 (prix d’un appel local), au prix de 5 € TTC (hors frais de port) ou sur le site www.ligue-cancer.net. D’autres informations p. 34.

(Par Yves Lusson, Dossier : "Actions pour les malades - Alimentation : parlons-en !" - Vivre : Ligue contre le cancer)

SOURCE : Ligue contre le cancer

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