Alimentation du jeune enfant de moins de 3 ans

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Quels sont les apports nutritionnels en protéines, lipides, glucides, vitamines et minéraux du jeune enfant de moins de 3 ans ? C'est ce à quoi les dernières données du volet « Consommation, analyse des données nutritionnelles » de la grande étude nutritionnelle et comportementale menée tous les 8 ans auprès des moins de 3 ans par le Syndicat Français des Aliments de l'Enfance (SFAE) permettent de répondre...

« Alimentation du jeune enfant de moins de 3 ans » - Crédit photo : © Arpad Nagy-Bagoly - Fotolia.com Pour la 4ème fois en 25 ans, le Syndicat Français des Aliments de l’Enfance a fait réaliser une étude nationale sur le comportement et la consommation alimentaire des nourrissons et des enfants en bas-âge de moins de 3 ans. Le volet « consommation alimentaire » [1] a été analysé par le Professeur Marc Fantino (Université de Bourgogne). Réalisée selon la même méthodologie tous les 8 ans (en 1981, 1989, 1997 et 2005) [2], cette étude permet de suivre l’évolution des consommations des nourrissons et enfants en bas âge français désormais sur près d’1/4 de siècle.

Une évolution indéniable

En 2005, les apports nutritionnels du jeune enfant jusqu’à 1 an sont satisfaisants et sont de mieux en mieux couverts grâce à l’usage prolongé des laits infantiles et des aliments spécifiques destinés au bébé (petits pots, petits plats, soupes et céréales bébé...). Cependant, ni les parents ni les médecins ne doivent « baisser la garde » car des déficits (Acides Gras Essentiels - AGE, fer, vitamines) et des excès (protéines) persistent.

Les apports énergétiques

En 2005, à partir de 6 mois, les apports énergétiques sont en baisse par rapport à ceux observés en 1997 alors qu’ils n’avaient pas évolué entre 1989 et 1997. Ils sont désormais proches des recommandations puis inférieurs à partir de 24 mois. Entre 1-3 mois et 5 mois, ils sont identiques à ceux observés dans les 3 enquêtes précédentes.

Entre 1997 et 2005, la contribution des préparations infantiles aux apports énergétiques a nettement progressé, ce qui témoigne d’un passage moins précoce au lait de vache. Alors qu’en 1981, la contribution des laits infantiles était marquée jusqu’à 5 mois, elle s’est étendue, de 1981 à 1987, aux nourrissons de 6 mois puis de 1987 à 1997, aux nourrissons de 8-9 mois. En 2005, la contribution des préparations infantiles à progressée jusqu’à 10-12 mois.

Les apports en protéines

Grâce au développement de la consommation des laits infantiles (lait 1er âge, lait 2ème âge, lait de croissance), les apports en protéines sont en diminution par rapport à ceux constatés en 1997. Ils se rapprochent ainsi des recommandations nutritionnelles !

Les apports en lipides

En 2005, les apports en lipides sont proches des fourchettes basses des recommandations. Jusqu’à 1 an, les besoins en Acides Gras Essentiels (AGE) du jeune enfant sont globalement couverts par les laits infantiles, à raison d’environ 500 ml/jour. Leur composition est en effet spécifiquement élaborée pour assurer un apport lipidique adapté en quantité et en qualité (en oméga 6, acide linoléique et en oméga 3, alpha linolénique). Dans le lait infantile, les matières grasses lactiques sont remplacées par des matières grasses végétales pour une meilleure digestibilité.

Les petits pots ou petits plats pour bébé contenant des lipides, soigneusement élaborés par des nutritionnistes, ont eux aussi l’avantage d’apporter la juste quantité de lipides conformément à la réglementation.

Les apports en fer

En 2005, les apports en fer sont satisfaisants jusqu’à 13-18 mois grâce à la plus grande utilisation des laits infantiles.

Les apports en calcium

Les apports sont satisfaisants et majoritairement assurés par les aliments infantiles jusqu’à 12 mois.

Les apports en vitamine D

Les apports alimentaires en vitamine D ne sont pas satisfaisants et justifient la nécessité de maintenir la supplémentation médicale.

L’âge du début de la diversification suit de plus en plus les recommandations au fil des années : on note un recul de 2 mois en 24 ans

En 2005, le début de la diversification ne s’effectue pas avant 5 mois pour la plupart des enfants, alors qu’en 1997 elle était déjà réalisée à 4 mois. Pour ce moment-clé dans la vie du bébé, le Dr Alain Bocquet conseille : « il faut respecter les goûts et l’appétit de l’enfant, et apprendre à résister aux pressions de l’entourage et aux effets de mode ».

A partir de 12 mois, l’étude note que l’alimentation du jeune enfant comporte des insuffisances (AGE, vitamines et minéraux), en même temps que des excès (protéines, sel)

A partir du moment où l’enfant abandonne l’alimentation spécifique bébé pour des plats adultes, on relève :

Un déficit en AGE (Acides Gras Essentiels)

Pas de « lipidophobie » ou de « régime maigre » avant l’âge de 3 ans ! En effet, les besoins du tout petit sont largement supérieurs à ceux d’un adulte [3]. Les lipides sont indispensables au bon développement du petit enfant : cerveau, oeil, peau et phanères...

Pour donner une alimentation équilibrée à l’enfant, il est important de ne pas limiter sans raison les apports en lipides. Pour lui apporter la bonne quantité et qualité de lipides, le Dr Bocquet recommande « d’éviter les graisses cuites et fritures », et de penser au lait de croissance. 500 ml de lait de croissance par jour apportent 6 fois plus d’acides gras essentiels, pour le cerveau, que le lait de vache.

Des apports insuffisants en fer

A partir de 19 mois, les apports en fer sont inférieurs aux recommandations. Or le fer est un oligoélément indispensable dans les acquisitions psychomotrices ou la résistance aux infections. Une carence en fer chez le jeune enfant peut entraîner notamment des infections ORL à répétition. Comme le souligne le Pr Marc Fantino, « En relais du lait 2e âge, le lait de croissance a toute son importance pour améliorer les apports en fer des jeunes enfants car il apporte 25 fois plus de fer que le lait de vache ».

Le lait de toute la famille ne correspond pas aux besoins précis du jeune enfant : il est indispensable de maintenir des quantités suffisantes de produits laitiers adaptés aux moins de 3 ans.

Un manque de vitamines

  • Les apports en vitamine C baissent à partir de 19 mois et sont inférieurs aux ANC [4] dès 2 ans...
  • Les apports en vitamine E sont inférieurs aux recommandations dès 13 mois
  • Les apports en vitamine D sont très largement inférieurs aux recommandations. Il est donc important de continuer le lait de croissance et de maintenir la supplémentation médicale.

Une alimentation trop salée

La consommation de sodium augmente assez brusquement à partir de 13 mois. En moyenne, les apports sont supérieurs aux apports adéquats. A partir de 18 mois, lorsque les aliments non-spécifiques prennent le relais du spécifique, les apports sont encore trop importants. A savoir : le lait de croissance contient 2 à 3 fois moins de sodium que le lait de vache !

Une consommation trop importante de protéines

Les apports en protéines du petit enfant sont supérieurs à 15% des AET (Apports Energétiques Totaux). L’organisme du jeune enfant a besoin de taux de protéines modérés pour ne pas être surchargé. Il est important de veiller à la taille des portions et aux rations : de la viande 1 seule fois par jour suffit car le jeune enfant ne retire aucun bénéfice d’un apport protéique élevé.

Comment calculer la juste quantité de protéines pour le jeune enfant entre 1 et 3 ans ?
=
10 g / année d’âge + 10 g par jour !

Comme le souligne le Dr Alain Bocquet, « Si l’on utilise des aliments industriels, préférer les produits spécifiques bébé : ils apportent des garanties :

  • nutritionnelles : juste dose en protéines, lipides, sucres et sodium
  • de naturalité : pas de colorants, de conservateurs, d’édulcorant. »

Enfin, il rappelle que les bonnes habitudes se prennent dès le plus jeune âge :

  • Habitudes alimentaires... : éviter le grignotage, développer la convivialité des repas, ne pas forcer l’enfant à finir son assiette, lui apprendre le nom des fruits et des légumes,
  • ... mais aussi habitudes de comportement : proposer à l’enfant des activités qui le font bouger tous les jours (marcher à 4 pattes, favoriser la marche plutôt que la poussette, promenade au square...), limiter la télévision...

Le grand constat de l’étude TNS-Sofrès/SFAE sur les apports nutritionnels des moins de 3 ans :

Jusqu’à 12 mois, les apports nutritionnels du bébé s’améliorent depuis 20 ans grâce à une utilisation prolongée des laits infantiles... Mais à partir d’1 an, trop de protéines, pas assez de fer...

Restons vigilants ! le jeune enfant a encore des besoins spécifiques.

Notes :

  1. Etude TNS-SOFRES 2005 / Université de Bourgogne – Pr Marc Fantino pour le Syndicat Français des Aliments de l’Enfance - Volet « Consommation, analyse des données nutritionnelles »
  2. Les enfants allaités ou gardés en collectivité, au moment de l’enquête, étaient exclus de cette étude
  3. soit 35 à 45% de ses apports nutritionnels, alors qu’il ne sont que de 30 à 35% pour un adulte (source ANC 2001)
  4. ANC : Apports Nutritionnels Conseillés

SOURCE : Syndicat Français des Aliments de l’Enfance

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