Alimentation : ceux qui ont besoin d’aide

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Il y a ceux qui ont besoin de conseils nutritionnels simples. Ceux qui ignorent les bases de la pratique culinaire. Ceux qui ont recours à la distribution de denrées par les associations d’aide alimentaire. Ils sont de plus en plus nombreux... Une enquête attire aujourd’hui l’attention sur l’alimentation et l’état de santé des personnes en situation de précarité.

La deuxième édition de l’étude Abena* sur l’alimentation et l’état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire vient d’être publiée. La première, en 2004-2005, portait sur 1164 personnes, tirées au sort dans 4 zones urbaines : Paris, Marseille, Grand-Dijon et Seine-Saint-Denis. La deuxième concerne les années 2011-2012. Elle a été menée chez 2019 participants, recrutés dans les quatre mêmes zones urbaines, auxquelles on a ajouté les Hauts-de-Seine et le Val-de-Marne.

Les populations concernées sont très hétérogènes. Formées en majorité de personnes d’âge moyen. Le pourcentage des plus de 65 ans a cependant doublé depuis 2004-2005, passant de 3 % à plus de 8 %. Les familles monoparentales occupent une place croissante. Tous ont en commun des conditions de vie difficiles. Pour la situation familiale, l’emploi (plus de 40 % sont au chômage), le logement, et souvent le renoncement aux soins.

La nouvelle étude ABENA montre d’abord que l’état de santé des usagers de l’aide alimentaire demeure préoccupant depuis la précédente enquête. Avec beaucoup de maladies liées à la nutrition. L’obésité concerne 29 % des bénéficiaires de l’aide, et notamment 35 % des femmes : soit environ le double de ce qu’on observe dans la population générale. Près de 40 % des femmes et près de 50 % des hommes étudiés ont une hypertension artérielle. A cela s’ajoutent les cas de diabète, les déficits en minéraux et vitamines (D notamment). Seule observation favorable : une petite baisse de l’anémie par carence en fer.

Près de 40 % des participants à l’enquête paraissent manger moins de trois fois par jour. Leur consommation de fruits et légumes est faible. De même que celle de produits laitiers : ils sont à peine 15 % à prendre un produit laitier 3 fois par jour. Soit encore moins que dans l’ensemble de la population française. Une légère amélioration dans les choix d’aliments est néanmoins observée depuis les années 2004-2005.

L’aide alimentaire reste la principale source d’approvisionnement pour de nombreux types d’aliments. Plus de la moitié des usagers y ont recours de manière exclusive pour les produits non périssables (pâtes, riz, farine…), les conserves et le lait UHT. La proportion des personnes qui se fournissent exclusivement dans les associations d’aide pour les produits non périssables a doublé en 7 ans.

Ultime constat préoccupant : lors de la première enquête, ils étaient 34,5 % à avoir recours à l’aide alimentaire depuis plus de deux ans. Ils sont aujourd’hui 51 %.

Le Programme Alimentation et Insertion fête ses 10 ans

Chaque année, plus de 6000 associations d’aide alimentaire participent au Programme Alimentation et Insertion (PAI), créé en 2003. Elles en font bénéficier plus d’un million de personnes qui s’adressent à elles. L’objectif du PAI est d’aider à améliorer l’équilibre alimentaire chez les personnes en situation de précarité et de créer du lien social. Au-delà de la distribution de denrées, il s’agit de faire passer des messages nutritionnels simples et pratiques : « manger ensemble », « boire de l’eau », « des féculents à chaque repas », « 3 produits laitiers par jour », etc… Les messages sont véhiculés par des calendriers de recettes et des affiches. En 2013, plus de 400000 calendriers de recettes revisitées par le chef Gérard Cagna et près de 35000 affiches ont été distribués aux associations d’aide alimentaire. Le programme a même trouvé même un écho sur la blogosphère, sur le site www.750g.com et sur les sites des associations.

(D'après Grange D, et al. Alimentation et état nutritionnel des bénéficiaires de l’aide alimentaire. Etude Abena 2011-2012 et évolutions depuis 2004-2005. Observatoire régional de santé Île-deFrance. Unité de surveillance et d’épidémiologie nutritionnelle (Institut de veille sanitaire – Université Paris 13). Institut national de prévention et d’éducation pour la santé.)

SOURCE : Centre de Recherche et d’Information Nutritionnelles

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