Alimentation : 314 enfants sous l'oeil des chercheurs du programme OPALINE

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En collectant des données concernant leur consommation alimentaire et en essayant d'évaluer leur réactivités sensorielle aux odeurs et aux saveurs, tout en s'intéressant à leur milieu psychosocial, la vingtaine de chercheurs impliqués dans l'Observatoire des Préférences Alimentaires du Nourrisson et de l'Enfant (OPALINE), un programme unique au monde à ce jour, labellisé par le pôle de compétitivité Vitagora et financé notamment par l'Agence Nationale pour la Recherche (ANR) et la région Bourgogne, aura alors permis d'améliorer la connaissance des facteurs expliquant la variabilité des préférences alimentaires à l'âge de deux ans.

« Alimentation : 314 enfants sous l'oeil des chercheurs du programme OPALINE » - Crédit photo : www.eatrightontario.ca Mi-2011, plus de 300 enfants de la région de Dijon auront été suivis depuis leur naissance jusqu'à l'âge 2 ans, et au-delà pour certains d'entre eux. La coordinatrice du programme OPALINE, Sophie Nicklaus, chargée de recherche à l'Inra, au sein du Centre des Sciences du Goût et de l'Alimentation (CSGA) de Dijon, nous présente plusieurs résultats marquants déjà obtenus.

OPALINE, une véritable aventure

La chercheuse de l'Inra rappelle d'emblée que le mot "observatoire" revêt une grande importance. "Il indique en effet que nos travaux ne sont pas expérimentaux mais se limitent à observer le comportement d'enfants à différents âge de développement afin d'essayer de comprendre comment se forment les préférences alimentaires", précise-t-elle. C'est en 2005 que toute cette aventure a commencé, car on peut parler d'aventure dans le cadre d'OPALINE. Imaginez en effet ce que peut représenter la constitution d'une cohorte de plus de 300 enfants, dont les parents acceptent de jouer le jeu pendant deux ans, sachant que le dispositif mis en place durant ces deux premières années est assez lourd et génère un énorme travail d'analyse fines et détaillées pour les chercheurs.

"Quand nous avons lancé OPALINE, nous envisagions de travailler avec un groupe de 120 enfants au regard de nos moyens. Mais un financement supplémentaire nous a permis de procéder à une nouvelle phase de recrutement qui s'est achevée mi-2009. A ce jour, OPALINE compte 314 enfants", indique-t-elle.

Les premiers enfants de la cohorte OPALINE ayant été recrutés dès 2005, aujourd'hui certains d'entre eux sont âgés de près 5 ans et sont toujours suivis par les chercheurs. "Au démarrage du programme, notre première préoccupation était d'observer ce qui se passe avant deux ans et dans quelle mesure les expériences alimentaires des deux premières années d'un enfant vont former son goût. Mais évidemment, tout n'est pas joué à deux ans, l'enfant étant loin d'avoir atteint sa maturité alimentaire", explique la chercheuse dijonnaise. D'où l'idée de poursuivre le suivi des enfants de cette cohorte au-delà de l'âge de deux ans, mais avec un dispositif beaucoup plus léger.

Ainsi, une fois par ans, à peu près à la date d'anniversaire de chaque enfant, les chercheurs interrogent leurs parents sur certains aspects de leur comportement et de leurs préférences alimentaires. L'objectif est de poursuivre ce suivi des enfants au moins jusqu'à l'âge de 6 ans, d'autant plus que les parents, qui se sont engagés dans l'aventure et s'y sont beaucoup investis, souhaitent poursuivre l'expérience. "Là encore, l'âge de 2 ans que nous avions retenu au démarrage d'OPALINE correspondait aux moyens dont nous disposions alors".

Des résultats qui intéressent les industriels mécènes

Ce n'est qu'au second semestre 2011 que l'ensemble des résultats du programme OPALINE sera disponible. Pour autant, des résultats préliminaires marquants obtenus notamment dans le cadre de la thèse de Camille Schwartz sur la "Dynamique des préférences gustatives", soutenue en juillet 2009, ou des travaux sur les pratiques éducatives des parents menés par Sandrine Monnery Patris, du CSGA, et Nathalie Rigal, de l'Université de Paris X-Nanterre, ont déjà fait ou feront l'objet prochainement de publications scientifiques.

Ainsi les chercheurs ont pu observer que la préférence pour le goût salé chez l'enfant apparaît dès l'âge de 6 mois et se poursuit jusqu'à 12 mois. "C'est une étape qui va probablement guider l'enfant dans son approche des aliments", souligne Sophie Nicklaus. Autre constat : au même âge, les enfants ne paraissent pas dérangés par l'acidité de certains fruits. Celle-ci semble même leur plaire. Enfin, les chercheurs ont découvert qu'il existe une relation entre la durée de l'allaitement exclusif et l'appréciation du goût umami, autrement dit du glutamate de sodium, à l'âge de six mois. "Il y a donc une continuité dans la formation du goût", déclare-t-elle.

Tels sont quelques-uns des premiers résultats d'OPALINE qui intéressent tout particulièrement les industriels. Financé notamment par l'Agence Nationale de la Recherche (ANR) et la région Bourgogne, OPALINE l'est également par des industriels, mais dans le cadre du mécénat. En effet, dès le démarrage de ce projet, ses porteurs ont souhaité ouvrir son financement au mécénat d'entreprises, afin que ces dernières apportent leur soutien mais n'exigent aucune contrepartie au niveau de la définition du programme scientifique.

Plusieurs industriels ont donc accepté de se lancer, eux aussi, dans cette aventure, parmi lesquels le CEDUS (Centre d'Etudes et de Documentation du Sucre), Nestlé, via son centre de recherche de Lausanne, en Suisse, et Danone, via sa filiale Blédina. "Chaque année, nous organisons une réunion de restitution des résultats pour ces mécènes. La dernière s'est déroulée à l'automne dernier. Nous y discutons très librement de nos problématiques et je pense que ces industriels sont très intéressés par les résultats qu'engrangent progressivement OPALINE", estime Sophie Nicklaus.

Pour de plus amples informations, consulter : "Les préférences alimentaires chez l'enfant".

(Par Jean-François Desessard, d'après CSGA - Sophie Nicklaus - BE France numéro 241 (21/04/2010) - ADIT / ADIT)

SOURCE : ADIT

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