Ail et cancer, une évaluation fondée sur les preuves

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De plus en plus d'informations sont disponibles sur les effets bénéfiques des aliments pour la santé. Pour les consommateurs, les allégations santé deviennent un facteur important pour les choix d'achat des aliments. De ce fait, l'étiquetage et la publicité ne doivent pas induire en erreur.

Une élaboration de réglementations sur les allégations santé

« Ail et cancer, une évaluation fondée sur les preuves » - Crédit photo : www.miam.fr La nécessité de protéger le consommateur, et de préserver son droit à une information fiable sur les propriétés des aliments, a conduit à l'élaboration de réglementations sur les allégations santé. Aux Etats-Unis, ces allégations ont d'abord été autorisées par la FDA, en application de la loi de 1990 sur l'Etiquetage Alimentaire et l'Education (Nutrition Labeling and Education Act) [1]. Le comité du Codex pour la Nutrition et les Aliments à usages nutritionnels spécifiques a émis récemment de nouvelles recommandations sur la validation scientifique des allégations santé [2].

En Corée, la loi sur les aliments pour la santé/fonctionnels (Health/Functional Food Act) a été promulguée en 2002 et une nouvelle procédure réglementaire pour les allégations de santé a vu le jour en 2004 [3]. Afin de protéger le consommateur d'allégations fausses ou trompeuses, les pays utilisent en majorité une méthode d'évaluation basée sur les preuves pour évaluer les allégations de santé [4].

Une forte teneur en composés organo-soufrés et flavonoïdes

L'ail, un condiment très souvent con­sommé en Corée, fait partie des végétaux du genre Allium, caractérisés par leur forte teneur en composés organo-soufrés et en flavonoïdes. De multiples composés, y compris des composés non-soufrés, agissent en synergie pour offrir des effets bénéfiques pour la santé [5]. Dans l'Ail, les composants majeurs, reconnus pour leurs effets pharmacologiques, sont les composés soufrés, comme les sulfures d'allyle [6]. Actuellement, il n'existe pas d'allégation concernant la consommation d'ail et la prévention du cancer autorisée sur les étiquettes alimentaires. Nous avons donc évalué les données scientifiques sur la consommation d'ail selon la méthode d'évaluation basée sur les preuves de la FDA américaine pour l'évaluation scientifique des allégations de santé [7].

Un lien entre consommation d'ail et diminution de certains cancers

De nombreuses études, animales et in vitro, apportent des preuves en faveur d'un lien entre la consommation d'ail et la réduction du risque de cancer. Plusieurs études ont également rapporté une relation inverse chez l'homme. Dix-neuf études réalisées chez l'homme ont été évaluées pour analyser la puissance de la relation entre la consommation d'ail et la réduction du risque de différents cancers, dans une perspective d'étiquetage des aliments. Suite à cette évaluation, il a été conclu qu'il n'existait aucune preuve tangible d'une relation entre la consommation d'ail et la réduction du risque des cancers : de l'estomac, du sein, du poumon et de l'endomètre. Il existerait quelques preuves limitées en faveur d'un lien entre la consommation de l'ail et la diminution du risque des cancers : du colon, de la prostate, de l'oesophage, du larynx, de la cavité buccale, des ovaires et/ou des cellules rénales.

Plusieurs autres revues de la littérature existent à ce sujet. En 2000, l'Agence pour la Qualité de la Recherche sur la Santé (the Agency for Health Research Quality AHRQ) a souligné que la consommation de suppléments d'ail serait associée à un moindre risque de multiples cancers. Cependant, l'interprétation des données existantes a été limitée par la grande diversité des préparations d'ail étudiées et par les définitions inadéquates des composants actifs qu'elles contiennent [8]. Récemment, la revue de littérature de l'Institut Américain pour la Recherche sur le Cancer (the American Institute for Cancer Research AICR) sur le lien entre les aliments, la nutrition, l'activité physique et la prévention du cancer a été publiée [9]. Selon celle-ci, une consommation accrue d'ail est associée à un moindre risque de cancer du colon. Ces résultats sont très similaires à nos conclusions.

Des études plus systématisées doivent être menées

L'ail est généralement utilisé en petites quantités comme assaisonnement et il est donc difficile de quantifier la consomma­tion d'ail avec un questionnaire standard de fréquence de prise d'aliments. De plus, de nombreuses variables peuvent affecter la composition chimique de l'ail, comme le type de préparation (cru ou cuit, extrait ou ail entier) et les conditions de culture. C'est pour toutes ces raisons que les résultats des revues systématiques retrouvent un effet limité de l'ail dans la réduction du risque de cancer. Si l'on tient compte du large éventail des publications scientifiques sur ce sujet, l'ail doit avoir de nombreux effets bénéfiques sur la santé. Cependant, avant de communiquer ces informations aux consommateurs, des études plus systématisées doivent être menées. Nous pouvons dores et déjà anticiper que ces recherches pourront rapporter des effets bénéfiques de l'ail sur la santé.

Références :

  1. US Public law. The nutrition labeling and education act of 1990, Pub. L. No. 101-535 (Nov. 1990).
  2. Codex Alimentarius Commission. Report of the 29th session of the codex committee on nutrition and food for special dietary uses. 2007. Internet: http://www.codexalimenta rius.net/web/archives.jsp?lang=en (accessed 11 March 2008).
  3. Kim JY et al. Toxicology 2006;221:112-8.
  4. US Food and Drug Administration. Qualified health claims.
  5. Amagase H. J Nutr 2006;136:712S-25S.
  6. Milner JA. J Nutr 2006;136:827S-31S.
  7. Kim JY & Kwon 0. Am J Clin Nutr 2009;89(1):257-64.
  8. Mulrow C et al. Evidence Report/Technology Assessment. Rockville, MD: Agency for Healthcare Research and Quality, 2000. (AHRQ Publication no. 01-E023).
  9. World Cancer Research Fund / American Institute for Cancer Research. Food, Nutrition, Physical Activity, and the Prevention of Cancer: a Global Perspective. Washington, DC: AICR, 2007.

(Par Par Ji Yeon Kim and Oran Kwon - Department of Nutritional Science and Food Management, Ewha Womans University, Seoul, Korea - Aprifel - Equation Nutrition N°92 - Novembre 2009)

SOURCE : APRIFEL

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